Qu’est ce qui prouve que le sommeil profond rompt les ablutions ?

Louanges à Allah

Quant à ce qui prouve que
le sommeil rompt les ablutions, il  a été rapporté de façon sûre à travers
un hadith de Safwan ibn Assal (P.A.a) cité dans les Sunan en ces termes : « 
Le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) nous ordonnait, quand
nous étions en voyage, de garder nos bottes pendant trois jours et trois nuits,
sauf en cas de souillure majeure , mais même après la défécation, l’urination
et le sommeil. » (Rapporté par at-Tirmidhi,89) et déclaré bon par
al-Albani. Ici, le sommeil est cité parmi les causes de rupture des ablutions.

Il y a une divergence de
vues  au sein des ulémas à propos de
savoir si le sommeil rompt les ablutions ou pas. On est en présence de
plusieurs opinions :

La première dit que le
sommeil, profond ou pas, rompt les ablutions, quelque soient les circonstances.
C’est l’opinion d’Isaac, de Muzani, d’Assane ak-Basri, d’Ibn Moundhir, compte
tenu du hadith de Safwan ibn Assal (P .A.a) déjà cité. Car il y dit que le
sommeil fait partie des causes de rupture des ablutions , sans d’autres
restrictions.

La deuxième opinion est que
le sommeil ne rompt absolument pas les ablutions , compte tenu du hadith d’Anas
ibn Malick selon lequel les compagnons du Prophète (Bénédiction et salut soient
sur lui) attendaient la prière d’isha, du vivant du Messager (Bénédiction et
salut soient sur lui) jusqu’à ce que leurs têtes chancelassent puis ils
priaient sans renouveler leurs ablutions. » (Rapporté par Mouslim, 376)
Une version rapportée par al-Bazzar dit : « Ils se couchaient. »
Cette opinion est celle d’Abou Moussa al-Achari (P.A.a) et de Said ibn
al-Moussayyib.

Ces deux opinions sont
diamétralement opposées. Les partisans de chacune se réfèrent à des arguments.
La majorité des ulémas ont essayé de concilier les arguments en disant que le
sommeil rompt les ablutions dans des cas déterminés et ne le rompt pas dans
d’autres cas. Cependant leurs méthodes de conciliation divergent.

Le troisième opinion est
que si on dort en posant bien son derrière sur le sol, ses ablutions  ne sont pas rompues. Si le derrière n’est pas
bien posé au sol, les ablutions sont rompues. C’est ce qui est conforme aux enseignements
des doctrines chaffiites et hanafite. » Voir al-Moughni (2/14)

La quatrième est le que le
sommeil rompt les ablutions sauf celui léger d’une personne assise ou debout.
C’est la doctrine officielle des hanbalites. Voir al-Insaf (2/20-25) Le
fondement de l’exception concernant les personnes assises ou debout est que
l’issue des souillures est dans ces cas serrée de manière à ce qu’on peut
croire que rien ne puisse en échapper.

La cinquième opinion
est  ce que disent certains , à savoir
que le sommeil prolongé rompt les ablutions contrairement au sommeil court. C’est  l’opinion de Malick. Elle est aussi rapportée
d’Ahmad.

La différence entre le sommeil
long et le sommeil bref est que le premier peut être profond de sorte que le
dormeur perd conscience de ce qui lui arrive alors que le second n’entraîne pas
une perte de conscience, et le dormeur peut savoir si ses ablutions sont
rompues par le pet ou pas. C’est cette opinion que Cheikh al-Islam, Ibn
Taymiyya (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde ) a choisi. C’est aussi le
choix de certains  de  nos ulémas tels cheikh Ibn Baz, cheikh Ibn
Outhaymine et les ulémas de la Commission Permanente. C’est ce qui est juste.
Il permet de concilier les arguments . En effet, le hadith de Safwan ibn Assal
indique que le sommeil rompt les ablutions alors que le hadith d’Anas dit le
contraire. Il faut alors  comprendre que ce
dernier renvoie au sommeil bref ou léger qui n’empêche pas le dormeur d’être
conscient de la rupture de ses ablutions, si cela lui arrivait. Il faut encore
comprendre que le hadith de Safwan renvoie au sommeil profond entraînant la
perte de conscience. Cette conciliation des hadith est étayée par la parole du
Prophète (Bénédiction et salut soie t sur lui) : « L’œil est le fil
qui selle le derrière. Quand le premier s’endort, le second se libère. »
(Rapporté par Ahmas(4/97) et jugé authentique par al-Albani dans Sahih
al-Djami’
(4148).

Le terme wikaa
signifie fil ou corde qui permet de fermer un outre. Le terme sahi signifie
derrière.

Cela veut dire que l’état
de veille ferme le derrière et l’empêche de laisser échapper des éléments.
Quand on est éveillé, on est conscient de ce qui s’échappe de nous. Quand on
s’endort, on perd conscience de cela.

At-Tayyibi dit :
« Celui qui est éveillé garde ce qui est dans son ventre . Quand on
s’endort on perd le choix et se relaxe. » Extrait d’Awn al-Maaboud.

Si on est tel qu’on ne
maîtrise plus son derrière  et qu’on peut
perdre ses ablutions inconsciemment , son sommeil entraîne la rupture des
ablutions. Si tel n’est pas le cas, les ablutions restent intactes. Voir ach-charh
al-Moumti’
(1/275).

Dans Souboul as-salam
(1/97) Sana’ni dit : « Le plus acceptable  des opinions consiste à dire que le sommeil
rompt les ablutions, compte tenu du hadith de Safwan… Mais le terme «sommeil«
est utilisé dans ce hadith sans restriction. Quant au hadith d’Anas, il parle
du sommeil des compagnons et affirme qu’ils ne refaisaient pas  leurs ablutions, même quand leur sommeil
s’accompagnait de ronflements et même quand ils se couchaient et étaient
réveillés. En principe, vu leur statut religieux important, ils ne pouvaient
pas ignorer la nature du sommeil qui entraîne la rupture des ablutions. Ceci
est d’autant plus vrai qu’Anas parle des compagnons en général y compris donc
les ulémas qui maîtrisaient les pratiques religieuses, notamment la prière qui
constitue le plus grand pilier de l’Islam. C’est encore plus vrai pour ceux qui
attendaient le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui)  pour prier avec lui. Ceux-là étaient les plus
éminents compagnons . S’ils s’étaient comportés comme indiqué, cela constitue
une restriction à la généralité de la portée du hadith de Safwan et la limite
au sommeil profond qui entraîne la perte de conscience. Il faut alors
interpréter les ronflements, le fait de se coucher et le fait de les éveiller
en disant  qu’ils ne traduisent pas la
profondeur du sommeil. Car on peut ronfler même dès le début du sommeil. On
peut aussi se coucher sans sombrer dans un sommeil profond.

Cheikh Ibn Outhaymine
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit dans Madjmou’ al –Fatawa
où il énumère les facteurs de rupture des ablutions:« Si le sommeil est si
intense que le dormeur peut perdre ses ablutions inconsciemment, il est
considéré comme une cause de rupture des ablutions. Si, en revanche, il est si
léger que le dormeur reste conscient de ce qui se passe autour de lui, il
n’entraîne pas la rupture des ablutions. Il n’ y a en cela aucune différence
entre les dormeurs assis, couchés ou appuyés, l’important étant l’état de
conscience. Si le dormeur reste tel qu’il peut avoir conscience de provoquer la
rupture de ses ablutions, au cas où cela lui arrivait, les ablutions restent
intactes. Si le dormeur s’est retrouvé dans un état d’inconscience, il doit
reprendre ses ablutions. Le sommeil en soi n’est pas un facteur de rupture des
ablutions, mais il laisse entrevoir la possibilité de leur rupture. Si le
dormeur sait qu’il n’ y a pas eu de rupture puisqu’il était conscient, il n’ a pas
à reprendre ses ablutions. La preuve que le sommeil n’est pas en soi un facteur
de rupture des ablutions est que le sommeil léger n’entraîne pas leur rupture.
Si le sommeil en tant que tel l’était, il n’ y aurait aucune différence entre
un sommeil léger et un sommeil prolongé. C’est comme l’effet de l’urine qui ne  diffère  en fonction de la quantité. »

On trouve des propos
similaires dans la fatwa d’Ibn Baz (10/144) où il dit: « Le sommeil rompt les
ablutions quand il est profond et entraîne la perte de conscience, en vertu de
ce que l’éminent compagnon Safwan ibn Assal (P.A.a) a rapporté en ces termes: «Le
Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) nous ordonnait  quand nous étions en voyage de maintenir nos
bottes trois jours et trois nuits, sauf en cas de souillure majeure, mais même
après la défécation , l’urination et le sommeil.« (Cité par an-Nassai’, par
at-Tirmidhi, auteur de la présente version et jugé authentique par Ibn
Khouzayma) ]Cette opinion est étayée aussi [ par  ce hadith
rapporté par Mu’awia (P.A.a) d’après le Prophète (Bénédiction et salut sur lui)
en ces termes: « L’œil est le fil qui selle le derrière. Quand le premier
s’endort, le second se libère.  » ( Rapporté par Ahmad et par at-Tabarani ) grâce à une chaîne faible, mais
corroborée par d’autres versions telles le 
précité hadith de Safwan. Ce qui rend le hadith bon.

Quant à la somnolence, elle
n’entraîne pas la rupture des ablutions puisqu’elle ne fait pas perdre
conscience. Voilà une approche qui est de nature à concilier les hadith
traitant de ce chapitre. »

Les ulémas de la Commission
Permanente ont dit: «Le sommeil profond est susceptible de rompre les
ablutions. Quiconque sombre dans un sommeil profond dans une mosquée ou
ailleurs, doit reprendre ses ablutions, qu’il soit assis, debout ou couché, ou
qu’il tienne un chapelait ou pas. Si le sommeil n’est pas profond, comme la
somnolence  qui n’entraîne pas la perte
de conscience, il ne nécessite pas la reprise des ablutions en raison de ce qui
est dit dans le hadith authentique rapporté du Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui) et contenant la différenciation susmentionnée. » Voir la fatwa de la Commission Permanente (5/262). Ils ont dit encore: «
Certes, le sommeil léger qui n’entraîne pas la perte de conscience ne rompt pas
les ablutions. En effet, il a été rapporté de façon sûre que le Prophète
(Bénédiction et  salut soient sur lui)
retardait la prière d’isha au point que ses compagnons somnolaient. Puis ils
priaient sans renouveler leurs ablutions.« Fatwa de la Commission Permanente
(5/263). Voir al-Moughni (2/14-24; Mawahib al-Djalil,1/312; ach-charh
al-moumt’i
, 2/189-191).