Allah Très Haut a dit dans la sourate de la Vache : «Point de contrainte en matière de religion», ce qui constitue une règle religieuse bien connue. Mais nous trouvons dans la sourate des Fourmis que Salomon, le Prophète d’Allah (Paix sur lui) envoie un message à Belquis pour menacer de la forcer à se convertir à l’islam, ce qui semble en contradiction avec la règle générale. Comment expliquer cela?

Louanges à Allah

La parole du Très Haut: «Point de contrainte en matière
de religion, la droiture s’étant nettement distinguée de l’égarement.» (Coran,2:256) ne s’oppose pas à l’ordre de combattre les
polythéistes qui détournent les autres de la religion d’Allah et sèment la
corruption sur la terre et y propagent la mécréance, le polythéisme et la décadence.
Le combat qu’on leur livre relève des œuvres les plus importantes qui
permettent  de mettre la terre en valeur
et de permettre à ses occupants de jouir de la sécurité et de la stabilité. A
ce propos, le Très haut dit: «Et combattez-les jusqu’à ce qu’il
ne subsiste plus d’association, et que la religion
soit entièrement à Allah. Puis, s’ils cessent (ils seront pardonnés
car) Allah observe bien ce qu’ils œuvrent.» (Coran,8:39).

La Charia vise la réalisation d’avantages et le
bannissement d’ inconvénients. Le verset signifie: la
religion étant parfaitement claire dans ses aspects essentiels, ses signes
phares et ses preuves irréfutables, la contrainte n’est plus nécessaire. Celui
qui en saisit la vérité, ne s’ y  opposera
pas par orgueil, mais y adhère spontanément. La contrainte ne s’applique qu’à
celui qui s’entête et ne se satisfait pas d’Allah comme Maître, ni de Son
messager comme prophète ni de Son livre comme guide. C’est pourquoi le combat
est livré à des polythéistes à cause de la fausse religion à laquelle ils
s’accrochaient, inspirés comme ils l’étaient par l’orgueil et la volonté de
perpétuer la mécréance et la corruption sur la terre.

Rien ne le prouve mieux que la conversion massive à
l’islam alors  naissant de gens dont les
pères, les proches et amis avaient été tués en son nom. En effet, bon nombre
des compagnons ne se convertirent qu’après avoir combattu l’islam en tant que
mécréants. Ce fut le cas de Khalid ibn al-Walid, d’Amer ibn al-As,
d’Abou Soufyan ibn Harb, de
son fils Muavia ibn Abi Soufyan et de nombreux autres (P.A.a).
Ils n’adhérèrent à l’islam que lorsque se distingua clairement pour eux la
droiture de l’égarement et que les points saillants de la religion et ses
preuves éclatantes leur firent établis. C’est seulement alors qu’ils se
convertirent volontairement et devinrent des soldats d’Allah après avoir
appartenu au parti de Satan et de ses soldats.

Cela s’atteste dans la parole du Très haut: «Si ton
Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont
sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre
les gens à devenir croyants?» (Coran,10:99). C’est-à-dire tu
ne le peux pas. Ce n’est pas en ton pouvoir. Nul autre qu’Allah n’est en mesure
de le faire.» Extrait du Tafsir de Saadi,
p.374.

Ibn Djarir (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a
dit: «Point de contrainte en matière de religion» signifie que l’islam est
tellement claire et les preuves de son authenticité tellement évidentes qu’on
n’a pas besoin de contraindre qui que ce soit à l’embrasser. Bien au contraire,
toute personne raisonnable l’accepte spontanément sans  contrainte. Ceci s’atteste dans cette parole
d’Allah: «la droiture s’est clairement distinguée de l’égarement.» C’est -à-dire qu’il est devenu clair que l’islam représente la
droiture et la mécréance l’égarement. Dès lors, sa clarté ne laisse subsister
aucun besoin d’user de la contrainte.» Extrait du Tassehiil,p.135.

Saadi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit:
«C’est une explication de la perfection de la religion musulmane. La perfection
de ses preuves, la clarté de ses signes, son statut de religion de la raison et
du savoir, de religion adaptée à la 
nature humaine, donc à la sagesse, religion de  bonté ouverte à la réforme, religion du vrai
et de la droiture. Sa perfection et son acception par la nature (humaine) font
qu’il n’est pas nécessaire d’user de la contrainte (à son profit) car on
recourt à la contrainte pour imposer une chose désagréable parce que contraire
au vrai et à la vérité ou pour imposer une idée fondée sur des preuves peu
claires.

Celui qui découvre cette religion et la rejette
définitivement, ne le ferait que par entêtement. En effet, la droiture s’est
nettement distinguée de l’égarement. Nul ne dispose plus de la moindre excuse
ou preuve pour la rejeter. Ce sens n’est pas en conflit avec les nombreux
versets prescrivant la guerre religieuse. En effet, Allah a donné (aux
musulmans) l’ordre de se battre pour que le culte soit exclusivement  voué à Allah et pour repousser les agressions
dirigées contre la religion.

Les musulmans sont tous d’avis que le djihad se
poursuivra sous la conduite du chef (suprême) qu’il soit pieux ou pervers  et que le djihad fait partie des
prescriptions pérennes. Il revêt une forme verbale et une forme active. Celui
d’entre les exégètes qui croit que ce verset (2:256) contredit les versets
relatifs au djihad, et soutient catégoriquement son abrogation, celui-là a
adopté un avis faible dans son fond comme dans sa forme. Ceci est clair pour
celui qui réfléchit profondément au noble verset. Nous avons déjà attiré
l’attention sur cet aspect.» Extrait du Tafsir
de Saadi, p.954.

Le même auteur poursuit: «La droiture s’est nettement
distinguée de l’égarement» C’est-à-dire: cela étant clair, nul besoin d’user de
la contrainte car celle-ci s’applique dans une affaire qui véhicule un intérêt
peu évident. Quand il est clairement prouvé qu’une affaire porte les intérêts
et le bonheur d’ici-bas et dans l’au-delà, qu’est-ce qui justifierait l’usage
de la contrainte pour l’imposer? C’est comme la parole du Très haut: «Et dis: « La vérité émane de votre Seigneur ». Quiconque le veut, qu’il croie, quiconque
le veut qu’il mécroie.» (Coran:
18:29). C’est-à-dire voilà la vérité fondée sur les preuves les plus évidentes:
croit qui veut et mécroit qui veut.» Extrait de al-Qawaid
al-hissan
,p.119.

Az-Zarqani
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: « S’agissant du recours à
l’épée et de la légitimité du djihad en islam, ils ne visent pas à imposer la
foi ni à contraindre une personne ou un groupe à adopter un culte. C’est plutôt
pour empêcher des gens armés d’épées de l’abaisser et persécuter. C’est encore
pour les amener à laisser l’appel au vrai se propager librement afin d’écarter
toute tentation et de rendre le culte à Allah.» Extrait de Manahil
al-Irfaan
(2/406).

Un groupe d’ulémas soutient que ce verset (2:256)
concerne exclusivement les gens du livre et ceux qui leur sont assimilables
comme les Mages. Ceux-là ne doivent pas être contraints à embrasser l’islam,
compte tenu de la parole d’Allah le Puissant et Majestueux: «Combattez ceux qui
ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et
Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité,
parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par
leurs propres mains, après s’être humiliés.» (Coran,9:29).

Ibn Qoudamah (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) dit: «Si on oblige à accepter l’islam quelqu’un qu’il
n’est pas permis de traiter de la sorte comme un dhimmi
(citoyen non musulman d’un Etat musulman) ou un protégé (un non musulman
résidant légalement dans un Etat musulman), si l’obligé se soumet et embrasse
l’islam, il n’aura le statut de musulman jusqu’à ce qu’ il
l’accepte de gaité de cœur.» Extrait de al-Moughni (10/96).

Cheikh al-Islam, Ibn Taymiyah (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit:
«N’est pas mécréant celui qui est forcé injustement à se présenter comme tel ni
croyant celui qui est injustement forcé à se déclarer comme tel. C’est  par exemple le cas du dhimmi
qui respecte les clauses de son statuts en application de al parole du Très
Haut: «Point de contrainte en matière de religion , la
droiture s’étant nettement distinguée de l’aberration.» Ceci est tout à fait le
contraire de celui qui subit une contrainte juste comme ceux en guerre contre
les musulmans qu’il faut combattre jusqu’à ce qu’ils se convertissent à
l’islam, si tel est l’objectif visé, ou jusqu’à ce qu’ils versent la dime, si on les combat pour l’un ou l’autre objectif.»
Extrait de al-isltiqmah (2/320). Voir la
réponse donnée à la  question n°
165408.

En somme, ce verset (2:256) ne signifie pas qu’il faut
obliger les gens à embrasser la religion d’Allah. Il signifie plutôt que
l’islam est facile et clair et qu’on ne contraint personne à l’embrasser. Celui
qui s’y convertit en devient un membre à part entier. Celui qui ne s’y
convertit pas se trouve dans l’un de ces deux cas; ou bien il est un dhimmi, au quel cas on doit respecter son statut,
pourvu qu’il paie la dime, ou bien il fait partie
d’un groupe en guerre contre les musulmans, dans ce cas il faut le combattre
pour l’empêcher  de semer la corruption
sur terre et y répandre la mécréance.

Deuxièmement, les propos du Très haut relayant ce
discours prononcé par Son prophète, Salomon (psl): «Retourne vers eux. Nous
viendrons avec des armées contre lesquelles ils n’auront aucune
résistance, et nous les en expulserons
tout humiliés et méprisés» (Coran,27:37) ne contredit pas ce qui vient d’être dit ci-dessus.
En effet, le Prophète d’Allah, Salomon (psl) avait
dominé la terre. D’après Moudjahid (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde):
Quatre personne étendirent leur domination sur la terre ,
de l’est à l’ouest; deux d’entre eux furent de croyants, deux autres des
mécréants. Les premiers sont Salomon fils de Dawid et
Dhoul Qarnayn. Les deux
derniers sont Boukhtanasser et Namroud
fils de Kanaan. Nul en dehors de ceux-là ne put dominer toute la terre.» Tafsir
de Tabari (5/433).

Le roi doit être obéi en particulier quand il donne un
ordre dans le sens du bien public comme un ordre dans lequel on demande aux
gens de croire en Allah et de rejeter la mécréance car il n’est permis à
personne de lui désobéir dans ce cas. Celui qui le fait doit être combattu
parce qu’il porte atteinte au royaume, 
propage la mécréance et la corruption sur terre et y entraîne les autres.

En outre, rien dans le verset (27:37) ne prouve que Belquis ou un autre furent
contraints à se convertir à l’islam. Il n’évoque que le combat à lui livrer à
elle et à ses soldats. Elle se convertit volontairement quand elle découvrit
les immenses signes apparus grâce à Salomon. Elle n’agit pas par peur de la
guerre et de l’épée. A ce propos, le Très haut dit: «On lui dit: « Entre dans le palais ».
Puis, quand elle le vit, elle
le prit pour de l’eau profonde et elle
se découvrit les jambes. Alors, (Salomon) lui dit: « Ceci est un palais
pavé de cristal ». –
Elle dit: « Seigneur, je
me suis fait du tort à moi-même: Je
me soumets avec Salomon à
Allah, Seigneur de l’univers ».» (Coran,27:44) On en déduit que
donner l’ordre d’engager un combat ne signifie pas qu’il faut contraindre les
gens à se convertir à l’islam.

Troisièmement, à supposer que cette histoire (27:37)
implique le recours de Salomon (psl) à la contrainte
pour amener la reine de Saba et ses partisans à accepter la loi dont Allah
l’avait doté, ce serait une spécificité de la loi de Salomon (psl) qui la différencie de 
notre loi. Allah Très Haut dit: «A chacun
de vous Nous avons assigné une
législation et un plan à suivre. » (Coran,5:48).

As-Saadi
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit : «Les législations susceptibles
de  varier en fonction des communautés
destinataires sont celles pouvant évoluer selon le temps et l’espace pour
s’adapter à ce qui est juste en leur temps.» Extrait de Tafsir
de Saadi, p.234.

S’y ajoute que la disposition selon laquelle le dhimmi doit être confirmé dans sa foi et son statut,
et ne doit pas être obligé à embrasser la religion d’Allah, sera modifiée à la
fin des temps, à la décente de Jésus (psl) qui mettra
fin au paiement de la dime et n’acceptera que la
conversion à l’islam. Ce sera un moment où le bien prédominera et la terre
baignera dans l’abondance. Ce qui indique que le combat livré aux polythéistes
qui détournent les gens de la religion d’Allah est un des plus importants
moyens de faire prévaloir le bien et l’abondance au profit de tous, gens du
commun comme l’élite.

Al-Bokhari
(2222) et Mouslim (155) ont rapporté d’après Abou Hourayrah (P.A.a) que le Messager
d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «Au nom de Celui qui tien
mon âme en sa main! Il s’en faut de peu pour que Jésus fils de Marie descende
parmi vous pour agir en arbitre équitable et casser la croix, tuer les porcs,
mettre fin au paiement de la dîme de sorte à faire apparaître une abondance
telle à rendre les gens indifférents aux biens.»

An-Nawawi
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «La juste signification des
propos du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) «mettre fin au
paiement de la dîme» est qu’il ne l’acceptera plus de personne et n’acceptera
des mécréants que la conversion à l’islam. Si l’un d’entre eux veut continuer à
payer la dîme , il ne le lui accordera pas, puisqu’il
n’acceptera que la conversion à l’islam ou l’exécution. Voilà ce que dit l’imam
Abou Soulayman al-Khattabi
et d’autres ulémas (Puisse Allah Très haut leur accorder Sa miséricorde).

Cela étant, on peut se dire que c’est contraire aux
dispositions de la loi en cours de nos jours. Car, selon elles quand un membre
des gens du Livre accepte le paiement de la dîme, on doit l’accepter de sa part
et il ne sera plus permis ni de le combattre ni de le contraindre à se
convertir à l’islam.

La réponse est que la disposition susmentionnée ne sera
pas applicable jusqu’au jour de la Résurrection car la fin de son applicabilité
est liée à la venue de Jésus (psl). Le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) nous a informé dans ces hadiths
authentiques qu’elle ne sera pas abrogée par Jésus mais par notre Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) qui en a révélé la future abrogation.
Jésus ne fera qu’appliquer notre loi. Ce qui revient à dire que la cessation du
paiement de la dîme en ce temps (l’avènement de Jésus) relève de la législation
de notre Prophète , Muhammad (Bénédiction et salut
soient sur lui).» Se référer pour davantage d’informations à la réponse donnée
à la question n° 34770.

Allah Très haut le
sait mieux.