Comment juger le fait de péter délibérément en public?

Louanges à Allah

Nul doute qu’avoir honte de ce que les gens réprouvent ordinairement est bien exigé de tous. Le respect
des us et coutumes communément admis relève des bonnes mœurs. Ce que les us et
coutumes désapprouvent est condamnable et mauvais, à moins que la charia
n’enseigne le contraire.

Al-Bokhari (3484) a rapporté d’après Ibn Massoud (P.A.a) que le Prophète (bénédiction et salut soient sur
lui) a dit: «une tradition prophétique transmise par les gens dit: «si tu n’a
pas honte, fais ce que tu veux.»

Al-Hafiz (Ibn Hadjar) dit: «fais ce que
tu veux» est un impératif qui véhicule une information ou une menace puisqu’il
sous entend: comporte toi comme tu veux, Allah te sanctionnera. L’expression
peut aussi signifier: regarde bien ce que tu va faire; s’il s’agit d’un acte
dont on n’a pas l’habitude d’avoir honte , fais le.
S’il s’agit d’un acte qui inspire la 
honte, abstiens toi-en.

Un bédouin s’adressa à Omar et lui dit: «ô commandeur des
croyants! Apprend moi la religion.» Il lui dit: «c’est que tu attestes qu’il n’
y a pas de dieu en dehors d’Allah, que Muhammad est son messager , que tu
observes la prière, que tu t’acquittes de la zakat, que tu fasses le pèlerinage
et observe le jeûne du Ramadan. Agis ouvertement et méfis toi de la
clandestinité, notamment de tout acte honteux.» Voir Charh  oussoul al-itiqaadi ahli as-sunna de Lalakay (1/333) chouab al-iman
(3976).

At.-Tabarani a rapporté dans al-Mou’djam
al-Kabir
(312) que Saad ibn Abi
Waqqas (P.A.a) avait dit à
sur l’article de la mort: «fiston! Tu ne trouveras aucun conseiller plus
sincère envers toi que moi-même. Quand tu veux prier, fais bien tes ablutions
puis prie comme si tu le faisais pour la dernière fois. Méfis toi de l’avidité
car c’est une pauvreté écrasante. Ne te laisse pas désespérer car c’est la
vraie richesse(?) Evite tout acte ou parole dont on
s’excuse et fais ce qui te parais juste.»

Un sage dit: «Evite tout ce dont on s’excuse et tout ce
dont l’évocation inspire la honte. En fait, on s’excuse pour avoir commis un
péché et l’on a honte que de ce qui est mauvais.» Voir Makarim
al-akhlaaq
(1/484).

Nul doute que le fait de péter délibérément en public , sans aucune excuse, est contraire à la pudeur et au
sens de l’honneur. C’est une manifestation de mauvaises mœurs  qui n’émane que des débiles d’esprit. L’on a
rapporté d’un des ancêtres pieux que ce comportement fait partie des actes
condamnables qui étaient reprochés au peuple de Loth (paix sur lui). A ce
propos le très Hait dit:« Et Lot, quand il dit à son peuple : « Vraiment,
vous commettez la turpitude où nul dans l’univers ne vous a précédés.
Aurez-vous commerce charnel avec des mâles? Pratiquerez-vous le brigandage?
Commettrez-vous le blâmable dans votre assemblée?  » Mais son peuple ne fit
d’autre réponse que : « Fait que le châtiment d’Allah nous vienne, si tu es
du nombre des véridiques.» (Coran,29:28-29).

Dans Fateh al-Quadir (4/285) ach-Chawkani
dit: «il y a divergence à propos de l’acte condamnable qu’ils perpétraient.
Certains disent qu’ils avaient l’habitude de lancer des pierres aux gens
(inconnus), d’autres disent qu’ils avaient un mépris pour l’étranger. On dit
encore que c’est le fait de péter dans leurs assemblées. On dit enfin que rien
n’empêche qu’ils faisaient tout ces actes condamnables  à la fois.»

Az-Zadjdjadj dit: «on nous informe par là qu’il ne faut pas que les
gens s’habituent à commettre ensemble des actes condamnables et à se moquer des
choses interdites.»

D’après Yazid ibn Baker al-Laythi, al-Quasim ibn Muhammad
fut interrogé à propos de la parole d’Allah : «Commettrez-vous
le blâmable dans votre assemblée?» pour
savoir de quel acte condamnable il s’agissait. Il répondit que les uns pétaient
après les autres dans leurs rassemblements. Nadi
signifie assemblée. Voir Tafsir Ibn Abi Hatim (11/425). Un hadith
abondant dans le même sens a été rapporté d’après Aicha, Ibn Abbas,al-Quaasim
et d’autres. Voir Tafsir ibn Kathir (6/276); Tafsir at.-Tabari (20/29); Djami’ li-Ahkam
al-Qour’an
(13/342).

Fait partie des éléments qui montrent que le pet est un
acte honteux ce hadith rapporté par Abou Daoud (1114)
d’après Aicha (P.A.a) que le Prophète (bénédiction et
salut soient sur lui) a dit: «quand l’un d’entre vous pète, qu’il se bouche le
nez et s’en aille.» (jugé authentique par al-Albani dans Shahi Abou Daoud).

L’auteur de Awn al-Maaboud (3/326) dit à propos de «qu’il se bouche le
nez»: «selon al-Khattabi, l’ordre qui lui est donné
de se boucher le nez vise à faire croire aux autres qu’on est en butte à une hémorragie.
Ce chapitre véhicule la pratique d’une règle visant à dissimuler  une source de honte, un mauvais acte à faire
passer pour un autre meilleur. Ça n’a rien à voir avec l’hypocrisie et
le mensonge. C’est une manière de bien se comporter pudiquement pour se mettre
à l’abri (des critiques) des gens.» C’est un usage communément observé.

D’après al-Madaini, Acha’abi s’assit un jours aux côtés de Marwan
ibn Aban ibn Outmane lorsque
Marwan fit un pet audible. Acha’ab
se retira pour faire croire aux gens que c’est lui qui était l’auteur du pet.
Quand Marwan rentra chez lui, Ach-Chaab
se rendit auprès de lui et lui dit: « rachète toi! »- «pourquoi? »- «Pour le
pet que je me suis attribué à ta place. Si tu ne te rachètes pas, je vais en
informer le public.. » Il se mit à faire pression sur
lui au point de lui arracher un compromis en contrepartie d’un don.» Voir Nihayat al-arab fii founoun alèadab
(p.393). Le fait de ne pas avoir honte d’un tel acte est chose courante chez
les nations non musulmanes.

Ar-Raghib dit dans al-mouhadharat
al-oudabaa
(1/445): «Les indiens pensent que
l’inhibition du pet est malsain, que son lâchage est salutaire et constitue la
meilleur manière de se soigner. C’est pourquoi ils n’inhibent pas leurs pets au
cours de leurs rassemblements; ils les libèrent 
sans considérer cela comme un défaut ni un motif de rire.»

Al-Bokhari (4942) et Mouslim (2855) ont
rapporté d’après Abdoullah ibn Zam’ah
(P.A.a) que le Prophète (bénédiction et salut soient
sur lui) les sermonna en raison de leur rire occasionné par le pet en disant:
pourquoi l’un d’entre vous rit il pour un acte qu’il
fait lui-même?

An-Nawawi (puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «ce
hadith véhicule l’interdiction de rire pour un pet émis par autrui  car il vaut mieux faire semblant de n’avoir rien
entendu et de poursuivre la conversation et de s’occuper de son activité sans
se détourner ni faire autre chose. C’est un bon comportement dans la
cohabitation avec les autres.

Les ulémas de la Commission Permanente pour la Consultance
ont été interrogés en ces termes: «de nos jours, on trouve malheureusement des
gens qui pètent dans leurs rassemblements et se marrent comme pour admirer ce
comportement. Quand on leur dit d’abandonner cet odieux comportement, ils
disent : c’est préférable au bâillement et à d’autres actes pareils. En plus , aucun argument ne permet de l’interdire..Comment
leur répondre? Puisse Allah vous récompenser.»

Voici leur réponse: «il ne convient pas de rivaliser dans
le pet ni d’en rire puisque c’est contraire à la dignité et aux bonnes mœurs . Ce n’est pas comparable au bâillement car celui-ci
se fait habituellement en toute spontanéité et ne suscite pas le rire. Il n’ y
a pas de gêne à péter naturellement et il n’est pas permis d’en rire, compte
tenu de ce qui a été rapporté d’après Abdoullah ibn Zam’ah selon lequel le Prophète (bénédiction et salut
soient sur lui) a interdit de rire à cause des vents lâchés.» (rapporté par al-Bokhari) Extrait
de Fatwa de la Commission Permanente (26/111).

S’agissant du lâchage de vents accompagné d’un son et
sans excuse, comme c’est le cas de celui qui le subit et ne peut pas s’y
opposer, cela n’entraîne rien. Il n’est pas permis d’en rire, compte tenu du
hadith déjà mentionné. Ce qui est grave c’est de péter délibérément pour  rire et faire rire ses compagnons sans se
soucier des autres et sans avoir honte. Voilà ce qui est condamnable.

Allah le sait mieux.