Si une personne égorge deux bêtes pour célébrer un baptême ou en faire des sacrifices, lui est-il permis de manger toute la viande de  l’une des bêtes et de faire aumône de toute la viande de l’autre ou ne faut-il faire une aumône que d’une partie de la viande?

Louanges à Allah

Premièrement,
les textes religieux indiquent la nécessité de donner une partie, si petite soit elle, de la viande du sacrifice en aumône. Le
Très-haut a dit:« mangez-en, et nourrissez-en le
besogneux discret et le mendiant. Ainsi Nous vous les avons assujettis afin que
vous soyez reconnaissants.» (Coran,22:36).

Le terme qaani désigne le pauvre qui, par décence, ne
sollicite personne. Le terme mou’tarr désigne
le pauvre qui sollicite les gens. Ces pauvres ont droit au sacrifice;
qu’il s’agisse d’un acte fait dans le cadre du pèlerinage ou ailleurs, les deux
sacrifices relevant du même chapitre. Extrait de l’encyclopédie juridique
(6/115).

Le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:«Mangez-en,
conservez -en et faites en une aumône.» (Rapporté par Mouslim,1971).
Les doctrines chafiite et hanbalites soutiennent  la nécessité d’en donner une partie en
aumône. C’est l’avis juste que les textes confirment apparemment.

An-Nawawi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit: «Il faut en prélever une partie qui puisse justement
considérée comme une aumône car il s’agit de soulager les pauvres. Cela étant,
si on mange toute la viande, on est tenu de trouver de quoi faire une aumône
juste.» Extrait de rawdhatou Talibiine wa oumdatoul
mouftine
(3/223).

Al-Mourdawi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit:«S’il (l’auteur du sacrifice)
en mange toute la viande, il sera tenu de donner en aumône le minimum qui
puisse appelé ainsi.» Extrait d’al-Insaaf (6/491).

Al-Bahouti (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «S’il
ne consacre aucune partie de la viande à l’aumône, il sera tenu de donner le
minimum qui puisse appelé ainsi, comme une once.» Extrait de kashaf al-quinaa
(7/444).

Cheikh Ibn Outhaymine a été interrogé à propos du cas de celui qui
cuit toute la viande des sacrifices et la mange avec ses proches sans en donner
une partie en aumône pour savoir s’il a agi justement?
Voici sa réponse:« C’est une erreur car Allah
Très-haut a dit:« pour participer aux avantages qui leur ont été accordés et
pour invoquer le nom d’Allah aux jours fixés, sur la bête de cheptel qu’Il leur
a attribuée, « Mangez-en vous-mêmes et faites-en manger le besogneux
misérable.» (Coran,22:28).

Cela étant, les
intéressés doivent assurer la compensation de ce qu’ils ont mangé en donnnt en aumône , pour chaque
mouton consommé , un quartier de viande à acheter.» Extrait de Madjmou fatawa Ibn Outhaymine (25/132).

Deuxièmement, la
nécessité de manger une partie de la viande du sacrifice est l’objet d’une
divergence au sein des ulémas. La majorité de ceux-ci soutient qu’il est
recommandé mais pas obligatoire d’en manger. C’est conforme aux doctrines des
Quatre Imams.

Une partie des
ulémas soutient la nécessité d’en manger une partie, si minime soit elle, compte tenu du sens apparent des textes
religieux qui véhiculent l’ordre d’en manger.

An-Nawawi (Puisse Allah lui accorder sa miséricorde) a dit:« En manger est recommandé pas obligatoire. Voilà notre
doctrine et celle de tous les ulémas, exception faite de ce qui a été raconté
de certains ancêtres pieux qui défendaient la nécessité d’en manger sur la base
du sens apparent du hadith qui véhicule l’ordre d’en manger et compte tenu de
la parole du Très-haut:« Mangez-en.» La majorité des ulémas interprètent cet
ordre comme une recommandation ou une permission, d’autant plus qu’il vient
après une interdiction.» Extrait de Charh Salih Mouslim (13/131).

Ibn Qoudama (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit: «Si on faisait de la plus grande partie voire de toute
la viande une aumône, ce serait permis.» Extrait d’al-Moughni
(13/380). Voir la réponse donnée à la question
146159.

Troisièmement,
s’agissant du baptême, rein dans les textes religieux n’indique la répartition
de la viande du sacrifice fait lors de sa célébration ni l’obligation d’en
manger une partie ni de faire aumône d’une partie. C’est pourquoi il est permis
à l’intéresser d’agir comme bon lui semble; il peur donner toute la viande en aumône ou la manger
entièrement. Il est toutefois préférable qu’il en fasse comme il fait  de la viande du
sacrifice (habituel).

L’imam Ahmad fut
interrogé à propos du baptême pour savoir comment l’organiser?
Il  répondit:
comme vous voulez. Ibn Sirine ,lui, disait :«faites ce que vous voulez.» Extrait de Touhfatoul mawdoud bi ahkaam al-mawloud,p.55. Voir
la réponse donnée à la question n° 8423 et
la réponse donnée à la question n° 90029.

Quatrièmement,
la disposition selon laquelle on doit donner une partie de la viande du
sacrifice en aumône et qu’il est recommandé  ou obligatoire d’en manger  une partie s’applique à tout mouton pris à part.
Si on égorgeait dix moutons, on devrait prélever de chacun une portion à donner
en aumône et un morceau à  manger. Il ne suffirait pas de faire de
l’une des dix bêtes une aumône à la place des portions à prélever de chaque
mouton car chaque bête constitue un sacrifice indépendant des autres.

C’est ce qui
explique que quand le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) égorgea
ses sacrifices, il donna l’ordre de prélever de chaque bête une portion et de
mettre le tout dans une écuelle. Djaber ibn Abdoullah
(P.A.a) dit: «Il se rendit à
l’abattoir où il égorgea soixante trois chamelles de
sa propre main avant de donner à Ali l’ordre d’égorger le reste des bêtes à
sacrifier. Puis il donna l’ordre de prélever de chaque bête un quartier et les
différents morceaux furent placés dans une écuelle et cuits. Ils (Muhammad et
Ali) mangèrent de la viande et burent de la sauce.» (Rapporté par Mouslim,1218). Ceci indique que chaque sacrifice  est régi par une disposition à part.
C’est pourquoi il (le Prophète) donna l’ordre de prélever un morceau de chaque
chamelle.

An-Nawawi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit: «le terme badh’aa
désigne un morceau de viande. Le hadith implique la recommandation de manger du
sacrifice fait à titre 
surérogatoire et du sacrifice (habituel). Les ulémas ont dit: «Etant donné que la Sunna  recommande qu’on mange de chaque sacrifice et
qu’il soit difficile de manger les morceaux prélevés de chacun des cent
sacrifices, on a mis les morceaux dans une écuelle afin que celui qui consomme
la sauce ait mangé une partie de chaque sacrifice.» Extrait de charh Sahih Mouslim (8/192).

An-Nawawi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit encore:« Il n’a prélevé un morceau de chaque chamelle et bu
de la sauce pour avoir gouté à l’ensemble devenu comme une seule viande.»
Extrait d’al-Madjmou, charh
al-mouhadhdahb
(8/414).

En somme, pour
le sacrifice que vous avez mangé entièrement, sans en avoir donné une partie  en aumône,
vous devez acheter de la viande, ne serait-ce que pour l’équivalent d’une once,
et en faire une aumône au profit des pauvres à titre compensatoire. Quant au
sacrifice dont vous avez fait une aumône, il a justement rempli sa fonction,
selon tous les ulémas. S’agissant de la bête sacrifiée dans le cadre de la
célébration d’un baptême, il n’y a aucun inconvénient d’agir comme vous l’avez
fait.

Allah le sait mieux.