Je voudrais savoir connaître le consensus, ses formes et conditions.

Louanges à Allah

Cheikh Ibn Outhaymine
a dit:

Définition: linguistiquement ,
le terme idjmaa renvoie à la détermination et
à l’accord. Son sens conventionnel est: l’accord des moudjtahid
(les plus hautes autorités scientifiques) de la Umma
après le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) sur une disposition
légale.

Le terme «accord» que nous avons utilisé exclut
l’existence d’une divergence, fût elle suscitée par une seule personne. Elle
empêcherait la conclusion de l’accord.

Le terme «moudjtahid»
exclut le commun, les imitateurs car leur accords et leur désaccord ne comptent
pas.

L’expression de la Umma
que nous avons utilisée exclut les accords conclus en dehors d’elle car ils ne
comptent pas.

L’expression «après le Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui)» exclut un accord conclu de son vivant. Il ne constitue
pas un consensus pouvant servir d’argument , les arguments devant être tirés du
Coran et de la Sunna; que celle-ci consiste en des paroles, en des actes ou en
des confirmations. Voilà pourquoi quand un Compagnon dit : nous faisions
ou ils faisaient du vivant du Messager d’Allah (Bénédiction et salut
soient sur lui) cela revient à attribuer implicitement l’acte au Prophète et
non l’évocation d’un consensus.

L’expression «sur une disposition légale» exclut
un jugement rationnel ou fondé sur la coutume. Ce qui est hors propos ici car
nos recherches portent sur le consensus comme un des argument
de la loi religieuse. Le consensus constitue une preuve selon les arguments
dont voici quelques uns:

1. La parole du Très haut: «Et aussi Nous avons
fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens.»
(Coran,2:143). Ses propos « témoins sur les gens» implique le témoignage qui porte sur leurs œuvres et sur les
dispositions qui les régissent. Or la déposition du témoin est reçue.

2. La parole du Très haut : «si vous vous
disputez en quoi que ce soit…» (Coran,4:59 ) signifie
que  ce qu’ils admettent à l’unanimité
est vrai.

3. La parole du Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui): «Ma Umma ne fonde pas son consensus
sur une aberration.»

4. Nous disons: le consensus qui se dégage au
sein de la Umma ne peut être que juste ou injuste.
Dans le premier cas, il constitue un argument. A supposer qu’il soit injuste,
comment cette Umma qui reste la plus noble auprès
d’Allah depuis l’époque de Son prophète et jusqu’à la fin du monde pourrait
elle se mettre d’accord sur une fausse affaire qui ne satisfait pas Allah?
C’est tout simplement impossible.

Les formes du consensus

Le consensus se présente sous deux formes:
décisive et conjecturelle

1. La décisive porte sur ce qui est
nécessairement attendu de la Umma comme le consensus
sur le caractère obligatoire des cinq prières et sur l’interdiction de la
fornication. Personne ne conteste ni la réalisation de cette forme de consensus
ni son statut d’argument. Celui qui le viole en connaissance de cause devient
mécréant.

2. La conjecturelle porte sur ce qui ne peut
être connu que par le recensement et l’investigation. Une divergence oppose les
ulémas sur la possibilité de sa réalisation. L’avis le mieux argumenté émis sur
le sujet est celui de Cheikh al-islam ibn Taymiyyah qui dit dans 
al-aquiidah al-wassitiyya:«le
consensus fiable est celui réalisé par les ancêtres pieux. Après eux, les
divergences se sont multipliées et la Umma s’est
dispersée..»

Sachez que la Umma ne
peut établir un consensus qui  se heurte
à un argument juste, clair et non abrogé. Elle n’établit son consensus que sur
la vérité. Si tu trouves un consensus qui échappe à cette règle, examine le. Ou
bien l’argument n’est pas clair, ou bien encore il n’est pas authentique ou bien
il est abrogé  ou enfin la question fait
l’objet d’une divergence.

Les conditions du consensus

Le consensus repose sur des conditions dont les
suivantes:

1. Etre rapporté par une voie authentique parce
que répandue au sein des ulémas et transmis par des gens sûrs et bien informés.

2.Ne
pas être précédé par une divergence sur son objet. Quant tel est le cas, il n’
y a pas de consensus car les avis ne s’invalident pas pour la mort de leurs
auteurs. Un consensus ne met pas fin à une divergence qui lui est antérieure,
mais il peut prévenir l’émergence d’une nouvelle divergence. Voilà l’avis le
mieux argumenté pour la force de sa source. On dit que cela ne constitue pas
une condition et que le consensus peut se réaliser dans le siècle suivant
autour de l’un des avis ayant fait précédemment l’objet d’une divergence non
tranchée. Dans ce cas le consensus trouvé vaudra pour le futur.

Pour la majorité des jurisconsultes,
l’écoulement de la génération des auteurs d’un consensus n’en est pas une
condition de validité. Le consensus réalisé par des gens aptes à le faire se
maintient dès l’accord des intéressés. A partir de là, il ne sera permis ni à
eux-mêmes ni à d’autres d’y revenir puisque les arguments qui confèrent au
consensus le statut d’argument ne  soumet
pas sa validité à l’écoulement du temps de ses auteurs. Il s’y ajoute que le
consensus devient effectif dès sa conclusion.. Qui
est-ce qui y met fin?

Si l’un des mudjtahidiin
 (hautes autorité scientifique musulmane)
émet un avis ou fait un geste qui se répand au sein des gens aptes à pratiquer
l’idjtihad sans qu’aucun d’entre eux ne les
conteste, bien qu’étant en mesure de le faire, on dit que cela a la valeur d’un
consensus. On dit encore que cela ne relève pas du consensus mais peut
constituer une preuve. Pour d’autre, cela n’est ni consensus ni preuve. D’autres
disent : s’ils disparaissent tous sans contester l’avis ou geste, ceux-ci sont
censés être l’objet d’un consensus puisque leur silence  maintenu jusqu’à leur disparition doublé de
leur capacité de contester traduit leur approbation. Cette opinion est la plus
proche de la vérité.» Voir al-oussol min ilm al- oussol (62-64).

Allah
le sait mieux.