La conclusion d’un mariage au cours du mois Muharram est-il réprouvé comme je l’ai entendu de certaines personnes ?
Louanges à Allah
Il n’ y a aucun inconvénient à se marier ou à initier des fiançailles au
cours du mois sacré d’Allah (Muharram) qui ouvre l’année lunaire. Cela ne fait
partie ni des choses réprouvées ni des choses prohibées pour de nombreux
arguments dont les suivants :
Premièrement, la licéité originelle que rien n’est venu changer.
Une règle légale communément admise par les ulémas stipule qu’en
principe les habitudes et actes humains restent licites jusqu’à preuve de
leur interdiction (par la religion). Etant donné que rien dans le Livre, la
Sunna, le consensus, le raisonnement par analogie et les traditions
(islamiques) n’interdit la conclusion d’un mariage au cours du mois Muharram,
la pratique et la fatwa ne peuvent être fondées que sur la licéité originelle.
Deuxièmement, la licéité fondée sur le consensus, ne serait-ce
qu’implicite, des ulémas.
En effet, nous n’avons pas trouvé parmi les ulémas anciens et leurs
successeurs depuis les compagnons, la génération qui les a suivis immédiatement
et les imams agréés et leurs adeptes, un seul qui ait interdit ou réprouvé la
conclusion du mariage ou l’initiation de fiançailles au cours du mois Muharram.
Celui qui l’interdit suit un avis dont la fausseté découle de l’absence d’un
argument reconnu par l’un quelconque des ulémas.
Troisièmement, le mois Muharram fait partie des mois très importants
d’Allah. Son mérite est souligné par le Prophète (Bénédiction et salut soient
sur lui) en ces termes : «Le meilleur jeûne observé après le Ramadan est
celui fait dans le mois d’Allah, Muharram.» (Rapporté par Mouslim
(1163)
Un mois qu’Allah S’est attribué et a jugé son jeûne plus générateur de
récompense que tout autre (jeune surérogatoire) mérite bien qu’on y cherche
bénédiction et grâce (en y concluant des mariages) au lieu d’en faire un moment
de tristesse, d’avoir peur de s’y marier et d’en tirer un mauvais augure, comme
le voulait la coutume antéislamique.
Quatrièmement, si quelqu’un tente de trouver, comme le font les Rafidites, un argument en faveur de l’interdiction du
mariage en disant que c’est le mois au cours duquel Hossein ibn Ali a subi le
martyr, on lui dit que nul ne doute que le jour où Hossein (P.A.a)
subit le martyr marque un grand revers dans l’histoire de l’islam. Toutefois,
cela ne nécessite pas l’émission d’un avis dans le sens de l’interdiction du
mariage ou de fiançailles en ce mois.
Notre loi religieuse ne prévoit pas la commémoration annuelle des tristes
évènements et un deuil qui implique l’exclusion de toute manifestation de joie.
Autrement, nous aurions le droit de dire à celui qui exprime une telle
idée : le jour du décès du Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient
sur lui) ne maque –t-il pas la plus grande catastrophe qui ait jamais frappé la
Umma islamique ? Pourquoi n’a-t-on pas interdit
le mariage tout au long de ce mois qui est Rabi Premier ? Pourquoi une
telle interdiction ou réprobation n’a été rapportée de l’un quelconque des
compagnons ou des membres de la famille du Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui) ou des ulémas venus après eux ?
Si nous nous mettions à ressusciter chaque jour les tristes souvenirs liés
au martyr ou meurtre de l’un des grands imams de l’islam, issus de la famille
du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) ou non, les jours et mois
successifs ne donnerait plus aucune place à la manifestation de la joie, et les
gens seraient confrontés à une souffrance insupportable.
Il est certes indubitable que l’introduction d’innovations dans la religion
est la première agression assénée à la Charia par ses violeurs qui ont cru
devoir revenir sur son caractère parfait
qu’Allah a agréé pour Ses serviteurs.
Des historiens ont mentionné que le premier à avoir avancer cet avis et le
premier à avoir restaurer les manifestations de deuil dès le début du mois
Muharram fut le safavide chah Ismail (907-930 H) d’après docteur Ali
al-Wardi, l’auteur de lamhaat
idjtimaiyya min tarikh al
Iraq (aperçus sociaux de l’histoire de l’Iraq) (1/59). Il y écrit :
«Chah Ismail, loin de se contenter du recours au terrorisme pour propager le
chiisme, employa d’autres méthodes, notamment la propagande et la persuasion
psychologique. A ce propos, il décréta l’organisation de la commémoration de
l’exécution de Hossein comme cela se fait de nos jours. Cette cérémonie avaient
été initiée par les Bwayhides au 4e siècle de l’Hégire. Puis elle
régressa avant de tomber en désuétude après eux.
A son avènement, le chah Ismail la relança et y ajouta des assemblées de
condoléances pour lui donner un impact plus fort sur les cœurs. On pourrait
dire à juste titre qu’il y a là l’un des plus importants moyens de la
propagation du chiisme en Iran. En effet, la charge émotionnelle de la
cérémonie en termes de tristesse, et de pleurs, et décor marqué par une forêt
de drapeaux et le son des tambours ajoutés à d’autres facteurs sont aptes à
distiller la foi dans les méandres de l’âme et en secouer les profonds
ressorts. »
Cinquièmement, des historiens ont jugé plus crédible que le mariage entre
Ali ibn Abi Talib (P.A.a)
et Fatima (P.A.a) eut lieu au début de la 3e
année de l’Hégire.
Ibn Kathir (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) a dit : «Al-Bayhaqui, citant kitabal-maarifah d’Abou Abdoullah ibn Mandah, dit qu’Ali épousa Fatima un an après l’Hégire et
consomma le mariage un an plus tard. Autrement dit, la consommation du mariage
eut lieu au début de la 3e année de l’Hégire.» Extrait d’al-Bidaya wan Nihaya
(3/419).
La question est
l’objet d’autres avis. Ce qui nous intéresse est qu’aucun uléma n’a désapprouvé
la conclusion d’un mariage en Muharram. Bien au contraire, celui/celle qui s’y
marie ne ferait que suivre le bel exemple du Commandeur des Croyants, Ali, et
sa femme, Fatima, la fille du Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur
lui).
Allah le sait
mieux.
