Je voudrais poser une question concernant une personne qui a aidé ses quatre sœurs à se marier pour éviter que leur père soit obligé de vendre une partie des ses propriétés. Son père peut-il lui réserver une part des ses biens (en cas d’héritage)? Faut-il que cela soit soumis à l’accord de ses sœurs? Le père pourrait il agir sans leur accord? Si une partie des sœurs ne donnait pas leur accord et si malgré cela le père lui réservait une partie de son héritage , commettrait-il un péché? Si le père mourait avant de lui réserver une partie de son héritage, celui-ci appartiendrait-il à tous les héritiers? Le frère pourrait il en prélever l’équivalent des dépenses faites au profit de ses secours avant la répartition du reliquat?
Louanges à Allah
Nul doute que ce que le frère a fait pour ses sœurs dans le cadre de leurs
mariages constitue un acte de bienfaisance qui lui vaudra une récompense
(divine).
L’acte du frère peut être interprété de deux façons:
La première consiste à dire que son acte est une contribution
et une aide à son père pour faire face à la prise en charge des
ses sœurs ou un acte de bienfaisance et d’entretien des liens de parenté à
l’endroit de ses sœurs. Dans ce cas, il
n’est pas permis au fils de demander à son père ou à ses sœurs une quelconque
compensation de ses dépenses à prélever
directement sur les biens du père ou de son héritage après son décès. C’est
parce qu’il avait initialement fait un acte de bienfaisance et ne cherchait pas
de compensation.
Al-Bokhari (2589) et Mouslim (1622) ont rapporté
d’après Ibn Abbas (P.A.a) que le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «Celui
qui revient sur son don est comme le chien qui mange sa vomissure.» Le père
n’est pas autorisé à lui faire une quelconque libéralité pour son acte car le
fils avait agi en bienfaiteur et rien ne justifie qu’il soit privilégié par
rapport à ses frères.
Ibn Qoudamah (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) a dit: «On doit réserver à ses enfants un
traitement égal en matière de donation, à moins que l’un d’entre eux mérite
particulièrement d’être privilégié. Si le père privilégie l’un d’entre eux d’un don ou
préfère les uns aux autres, il commet un péché et doit réaliser l’égalité entre
eux, soit en prélevant sur les dons faits aux uns pour les ajouter à ce qui est
donné aux autres, soit alors en complétant les dons faits aux défavorisés.
Selon Tawous, une telle discrimination n’est pas
permise, dût-elle porter sur une baguette de pain. C’est aussi l’avis
d’Ibn al-Moubarak. Selon une version, Miudjahid et Ourwa abondent dans le même sens.» Extrait d’al-Moughni (5/387). Voir la réponse donnée à la
question n° 22169.
Les ulémas de la Commission Permanente (16/207) ont été interrogés en ces termes:« Certes, je crains Allah et je sais que la mort est
une réalité inévitable. Ma mère possède une petite maison que j’ai
réfectionnée. Mon frère n’y a apporté aucune participation. Pire, il irrite
très souvent mes père et mère et leur réserve jusqu’ici un très mauvais
traitement. Il vit en ce moment hors de la maison. Ma mère ,
sous l’effet de la colère, a enregistré la maison en mon nom. J’ai souvent
discuté avec elle mais elle a persisté à enregistrer la maison en mon nom. Ce
qui m’amène à poser cette question: ma mère
commettra-t-elle un péché en enregistrant la maison en mon nom et en en privant
mon frère? Commettrai-je un péché en acceptant l’acte de ma mère?
Voici leur réponse: «Si la réalité est telle que
vous l’avez décrite, il n’est pas permis à votre mère de vous offrir la maison
de manière à en écarter votre frère. C’est parce que le Prophète (Bénédiction
et salut soient sur lui):« Craignez Allah et soyez
justes dans le traitement de vos enfants.» D’autres hadiths abondent dans le
même sens.
Si votre mère exécute sa décision , elle commettra
un péché et vous aussi pour avoir accepté de participer à la commission d’un
péché et une agression. Car Allah le Transcendant et Très-haut a dit: «Entraidez vous dans la piété
et la crainte. Et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression.»
Il faut que vous restituiez le don ou en donniez l’équivalent à votre
frère. Si vous voyez qu’elle persiste à l’écarter , il
n’y a aucun inconvénient à accepter le don, quitte à en donner la moitié à
votre frère pour acquis de conscience, si tant est qu’elle n’a pas d’autres
enfants que vous deux.»
La Commission Permanente pour les Recherches scientifiques et la
consultance
Président, vice président, Membres,
Abdoullah ibn Qaoud, Abdourrazzaq
Afifi et Abdoul Aziz ibn Abdoullah ibn Baz
La deuxième interprétation du geste est que le frère a effectué sa dépense
avec l’intention d’y revenir, le père doit alors lui rembourser sa dépense avec
ses propres biens ou faire un testament en sa faveur portant sur l’équivalent
de sa dépense, même s’il n’a pas à faire la même chose au profit de ses autres frères et même
si ces derniers n’étaient pas d’accord. Car la dépense faite par le père au
profit de son enfant ne constitue pas, dans ce cas, un don ou une pure faveur
mais plutôt une manière de régler une dette et de compenser un donateur
conformément à son droit.
Les ulémas de la Commission Permanente (16/205) ont été interrogés en ces termes:« Mon père est âgé de près de 75 ans. Il possède une
vielle bâtisse en argile située dans un endroit approprié. J’ai détruis la maison et l’ai reconstruite en dur à mes propres
frais. Puis je l’ai mise en location et perçois des mensualités que je prête à
des personnes qui viennent m’emprunter de l’argent. Il faut savoir que je n’ai
rein emprunté auprès de la banque de l’habitat. Mon père voudrait renoncer à
cette maison au profit de l’un de mes enfants âgé d’environ 7 ans au moins. Mon
père a ,en plus de moi-même, 5 filles dont l’une est
plus grande que moi tandis que les autres sont mes cadettes. Je prends en
charge mes père et mère depuis près de 15 ans.»
Voici leur réponse:« Quand on réfléchit sur ce que vous
avez dit, à savoir que votre fils auquel votre père veut donner la maison n’en
a pas besoin pour le moment et que vous avez promis à votre père au cas où il
exécuterait ce don, de construire une autre maison pour vos sœurs avec vos
propres fonds et que vous avez 5 sœurs mariées et que vous avez déjà construit
pour votre père une maison qu’il veut offrir à votre fils, on en conclut qu’il
veut vous réserver la maison et en écarter vos sœurs. Il n’a
mentionné votre fils dans l’acte de donation que pour dissimuler la ruse. Voilà
pourquoi il n’est pas permis à votre père de réserver la maison à votre fils. A
ce propos, le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «Craignez Allah et réservez à vos enfants un traitement
égal.» Quant à ce que vous avez évoqué concernant votre dépense ayant servi à
la construction de la maison de votre père, si vous l’aviez faite à titre de
contribution purement volontaire, Allah vous en récompensera. Mais vous ne
pouvez plus la réclamer à votre père. En revanche, si vous l’aviez fait avec
l’intention de la récupérer, vous pouvez le faire. Cependant, il vaut mieux ne
pas la compter à votre père et ne pas lui faire sentir que vous jugez la
dépense faite pour lui trop importante. Allah le Transcendant et Très-haut vous
en donnera une récompense qui dépassera vos attentes, si toutefois vous avez
agi avec sincérité envers le transcendant et Très-haut.
Allah est le garant de l’assistance. Puisse Allah bénir notre prophète
Muhammad, sa famille et ses compagnons.
La Commission Permanente pour les Recherches scientifiques et la
consultance
Président, vice président, Membres,
Abdoullah ibn Qaoud, Abdourrazzaq
Afifi et Abdoul Aziz ibn Abdoullah ibn Baz
Pour plus d’informations, voir la réponse donnée à la
question
n° 131901.
Allah le sait mieux.
