Nous avons à notre mosquée un imam locale qui exhorte les gens à se livrer à certaines innovations. Des frères , armés d’arguments, l’ont mis en garde contre les innovations. Il n’en persévère pas moins à les soutenir. Conseillez vous de ne pas aller écouter le sermon du vendredi pendant les jours où l’on sait que le sermon va porter sur l’exhortation aux pratiques innovées ( par exemple la célébration de l’anniversaire de la naissance du Prophète ou la nuit du mi chabaane, etc.) Que doit on faire si ,une fois arrivé dans la mosquée, l’imam se met à exhorter les gens à se livrer à des innovations? Doit on se lever en plein sermon pour rentrer chez soi et faire la prière du dhouhr ou quoi? Commettrait on un quelconque péché en écoutant un tel sermon? Des frères ont prodigué des conseils à l’imam mais il n’en persiste pas moins..Devrait on avoir à son égard la même attitude négative s’il citait dans ses sermons des hadiths faibles , voire apocryphes?

Louanges à Allah

Premièrement, si on se trouve
éprouvé par un imam partisan d’une innovation, de deux choses l’une; ou bien
son innovation relève de celles qui impliquent la mécréance ou bien de celles
moins graves. Dans le premier cas, il n’est pas permis de prier derrière
l’imam. Qu’il s’agisse de la prière du vendredi ou d’une autre  prière collective. Dans le second cas, l’avis
le mieux argumenté va dans le sens de la permission d’accomplir sous sa
direction aussi bien la prière du vendredi que les autres  prières collectives. La disposition fondée
sur cet avis est retenue de sorte à traduire le slogan des Sunnites. Il est vrai,
en outre, que la prière accomplie derrière l’imam partisan des innovations
n’est pas à reprendre. La règle en la matière est que celui qui juge sa prière
valide est apte à servir d’imam.

Si on peut aller prier avec un
autre imam, cela s’impose en particulier aux grands ulémas et aux étudiants. Un
tel comportement relève du chapitre ordonner le bien et interdire le mal.
Quant au fait de ne pas prier avec lui et d’aller prier à la maison, cela n’est
pas permis dans le cas d’une prière collective ni a fortiori dans le cas de
celle du vendredi.

Cheikh al-islam,
Ibn Taymiya (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) dit: «Quand celui qui prie avec l’imam se rend compte que l’imam
prône son innovation ou qu’il est pervers tout en étant l’imam régulier désigné
de sorte qu’on ne puisse prier que derrière lui, comme le cas de l’imam qui
assure la direction de la prière du vendredi, celles des Deux Fêtes et
celle  dirigée pour les pèlerins à Arafa,etc., le fidèle peut prier derrière lui, selon l’avis
de l’ensemble des ancêtres pieux et ceux venus après eux. Ce sont les doctrines
d’Ahmad, de Chafii, d’Abou Hanifa,
et d’autres.

C’est pourquoi ils ont dit à
propos des dogmes: «On accomplit la prière du vendredi derrière tout imam;
qu’il soit pieux ou pervers. Il en est de même quand le village ne dispose que
d’un imam. Car on doit accomplir les prières collectives derrière lui, prier
avec les autres étant préférée à la prière faite tout seul, fût l’imam pervers.

Voilà  la doctrine de la majorité des ulémas,
notamment  Ahmad ibn Hanbal,
Chafii et d’autres. Mieux, prier ensemble avec les
autres est  apparemment une obligation
personnelle selon la doctrine d’Ahmad. Celui qui s’abstient de participer à la
prière du vendredi et à celle collective sous la direction d’un imam pervers,
tombe dans une innovation selon l’imam Ahmad et d’autres imams sunnites,
d’après ce qui est mentionné dans les traités (de droit musulman) d’Abdous, d’ibn Malick et d’al-Attar.

Ce qui est juste c’est qu’on
prie avec l’imam et ne reprend pas la prière, une fois rentré). Les Compagnons
faisaient les prières du vendredi et celles collectives derrière des imams
pervers et ne les reprenaient pas. C’est le cas d’Ibn Omar avec Hadjdjadj et le cas d’Ibn Massoud et d’autres avec al-Walid ibn Ouqba. Pourtant ce
dernier buvait du vin au point de porter une fois à quatre  le nombre des rak’aa
de la prière du matin avant de dire :

-«En voulez vous plus?»

-«Tu l’as déjà fait» lui
rétorqua ibn Massoud! L’affaire fut portée devant Outhmane.

On lit dans le Sahih d’al-Bokhari (P.A.a) que quand Outhmane fut
assiégé, un homme dirigea la prière pour les fidèles et quelqu’un alla
interroger Outhmane à ce sujet en lui disant :

-«C’est toi qui es l’imam de
tous et celui qui va diriger la prière est un imam de conflit (usurpateur)?»

-« Neveu! Il est vrai que la
prière fait partie des meilleurs actes humains. S’ils (des imams autoproclamés)
dirigent bien la prière, accompagne les. S’ils agissent mal, écarte-toi d’eux.»
Les propos allant dans ce sens sont nombreux.

Les prières du  pervers et du partisan de l’innovation sont
valides pour eux-mêmes. Si quelqu’un se joint à eux, sa prière ne sera pas
invalidée. Certains n’en ont pas moins réprouvé l’accomplissement de la prière
sous la direction de tels imams. Ils l’ont fait parce que le fait d’ordonner le
bien et d’interdire le mal est une obligation. C’est pour cette raison qu’on
évite de désigner comme imam pour les musulmans quelqu’un qui affiche son
attachement à l’innovation car un tel personnage mérite plutôt d’être corrigé.

Si on peut le boycotter jusqu’à
ce qu’il s’amende, c’est mieux. Si le fait pour certains fidèles de cesser de
prier avec lui et d’aller prier avec un autre imam peut infléchir son attitude
de sorte à l’amener à se repentir ou à entraîner son limogeage ou à conduire
les gens à ne plus commettre son péché, le fait pour ces gens là de cesser de
prier  avec lui permet de réaliser un
intérêt, si toutefois les auteurs du boycott ne ratent ni la prière du vendredi
ni celles à faire ensemble avec d’autres. En effet,  si cesser 
de prier avec un imam fait rater ces prières là, seul en fait une option
un innovateur qui préfère se démarquer de la conduite des compagnons (P.A.a) Voir al-Fatawa al-koubraa (2/307-308).

Deuxièmement,  ce qui précède permet de savoir qu’il n’est
pas permis à celui qui a entendu l’imam prôner l’une des innovations auxquelles
vous avez fait allusion dans votre question ou exhorter à s’y livrer ou citer
des hadiths faibles ou apocryphes pour l’appuyer, il ne lui est pas permis de
quitter la mosquée et de se priver du sermon, à moins qu’il soit un uléma
remarqué et qu’il aille prier chez un autre imam et qu’il lui ait eu donner
auparavant un conseil pour lui expliquer la vérité. S’il ne lui avait jamais
donné un conseil et s’il veut quitter la mosquée sans aller joindre un autre
imam, il semble qu’il ne lui soit pas permis dans ce cas de quitter la mosquée
pendant le sermon, à moins que l’auteur du sermon fasse partie de ceux sous la
direction des quels il n’est pas du tout permis de prier parce que plongés dans
la mécréance.

Nous avons mentionné dans la
réponse donnée à la question n° 6366 le jugement
du boycott de l’auteur d’un sermon en cours qui profère des propos aberrants ou confirme une innovation ou prône un chirk.
Nous y avons dit qu’il est permis dans une telle circonstance de quitter la
mosquée si le geste n’entraîne pas de troubles au sein des gens au point de
leur faire perdre leur prière du vendredi. Celui  qui veut 
désapprouver  le sermon doit
attendre sa fin pour se lever et expliquer aux gens les erreurs commises par
son auteur. Celui qui veut critiquer un imam doit s’exprimer doucement pour
expliquer la vérité et réfuter les propos de l’imam afin que la réfutation de
l’erreur donne les fruits espérés.

Les ulémas de la Commission
Permanente ont été interrogés en ces termes: «Comment l’islam juge-t-il un
prêcheur qui cite tout au long de son sa prêche des histoires israélites ou des
hadiths faibles dans le but  de se faire
admirer par l’auditoire?» Voici leur réponse:« Si vous savez certainement que
le prêcheur cite des histoires israélites sans fondement ou des hadiths faibles,
conseillez lui de les remplacer par des hadiths authentiques et des versets
coraniques. Il ne faut attribuer résolument au Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui) un hadith avant d’être sûr de son authenticité. Car le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «La religion n’est qu’un échange
de bons conseils.» Ce hadith est rapporté par Mouslim
dans son Sahih. Le conseil doit être bien exprimé
donc sans violence ni virulence. Puisse Allah vous assister et faire profiter
de vous.»

Cheikh Abdoul Aziz ibn Baz, Cheikh Abdourrazzaq Afifi,Cheikh Abdoullah
ibn Ghoudayyan

Fatwa de la Commission
Permanente (8/229-230).

En somme, si vous pouvez vous
rendre à une mosquée exempte d’innovations et où le prêcheur ne prêche pas
faux, vous ferez bien. Si vous ne le pouvez pas et si vous ne disposez pas
d’une autre mosquée, il ne vous est pas permis de boycotter les prières du
vendredi et les prières collectives pour les rasions que vous avez évoquées.
Efforcez vous à donner des conseils, à appeler à Allah avec douceur et une
belle approche quand vous vous adressez aux autres.

Allah le sait mieux.