Quel est le degré d’authenticité du hadith: «L’encre de l’ulémas est plus sacré que le sang du martyr?»

Louanges à Allah

Premièrement, les hadiths dans lesquels les
ulémas sont jugés supérieurs aux martyrs et l’encre de l’uléma au sang du
martyrs sont rapportés d’un groupe de compangons (du
Prophète) mais grâce à des chaînes faibles, voire extrèmement
faibles, sinon apocryphes. Nous en citerons (quelques uns) succinctement:

1.D’après
Abou Dardaa (P.A.a). Cette
version est citée par Ibn Abdoul Barr dans Djaami
bayan al-ilm
(1/150)
qui l’a reçue  grâce à une chaîne de
rapporteurs qui comprend Ismail ibn Ziad qualifié par
Ibn Hibban de antéchriste
et jugé faible par al-Iraqui dans Takhridj
al-Ihaya
(p.5)

2. D’après Abdoullah
ibn Amr ibn al-As (P.A.a).
Cette  version est citée par Abou Nouaym dans Tarikh Asfahan (1718) et ad-Doulaymi
dans Mousnad al-firdaws
grâce à une chaîne de rapporteurs qui comprend encore Ismail ibn Ziad  citée encore
par ibn al-Djawzi dans al-Ilal
al-moutnahiyyah
(1/81) par une autre voie et
notée en ces termes: «Il n’est pas authentique. Ahmad ibn Hanbal
dit : Muhammad ibn Yazid al-Wasiti
n’a rien rapporté d’Abdourrahamn ibn Ziayd. Ibn Haibban dit : il a attribué
des hadiths apocryphes à des gens sûrs.»

3. D’après Ibn Omar. Cette version est citée par
ad-Doulaymi dans Mousnad
al-Firdaws
. Elle comprend parmi ses transmetteurs
Isaac ibn al-Qassim et son père, deux inconnus. La
version est citée encore par al-Khatib dans Tarikhou Baghdad
(2/193). Ibn al-Djawzi l’a reçu de lui dans al-Ilal al-moutnahiyyah
(1/80) et l’a commenté en ces termes: «Ce hadith n’est pas reçu d’une
manière sûre  du Messager d’Allah
(Bénédiction et salut soient soient sur lui). Al-Khatib dit : «Ces rapporteurs sont sûrs, à l’exception
de Muhammad ibn al-Hassan. Nous pensons que c’est lui
qui a fabriqué cette version.»

4. D’après Nou’man ibn
Bachir (P.A.a). Cette
version est citée par as-Sahmi dans Tarikhou Djordjan
(p.91,222) et Ibn al-Djawzi
dans al-Ilal al-moutanahiyyah
(1/81) suivie de ce commentaire: c’est inexact..Quant
à Haroun ibn Antar, Ibn Hibban
dit de lui: il n’est pas permis de recevoir un argument fourni par lui car il
rapporte des absurdités que le bon sens permet de savoir qu’il les invente
délibérément. Yaqoub al-Qoummi
est faible.»

5. D’après Ouiqbah ibn
Amer (P.A.a). Cette version est citée par ar-Rafi’i dans Tarikh Qazwiin (3/481). La chaine de
ses rapporteurs comprend Abdoul Malik ibn Maslamah qui rapporte des absurdités. La chaîne comporte
encore Abdoullah ibn Lou’ayah.

6. D’après Imraan ibn Houssayn (P.A.a). Cette version
est citée par al-Marhabi dans Fadhl
al-ilm
selon ce que as-Souyouti
a rapporté dans ad-Dourr al-manthour (3/432). La version se trouve dans Djouz‘ Ibn Amshaliiq
(p.44). La chaîne de ses rapporteurs comprend Ahmad ibn Muhammad ibn al-Quassim, le muezzin de Tarsous
dont je n’ai pas vu la biographie.

7.D’après
Anas ibn Malik (P.A.a).
Cette version est citée par Ibn an-Nadjdjar d’après as-Souyouti qui l’a citée dans Lissan
al-mizan
(5/225) par la voie de Djarrab, le menteur.»

8. D’après Ibn Abbas (P.A.a).
La version est citée dans Djouz‘ Ibn Amshaliiq (p.45) par la voie d’al-Kalbi
d’après Abou Salih qui le tenait d’Ibn Abbas. Cette
chaîne est très faible.

9.D’après
Abou Hourayrah (P.A.a).
Cette version est citée par as-Sam’ani dans Adab al-Imlaa wa al-Istimlaa
(p.181) . La chaîne de ses rapporteurs comprend al-Mouzdfir ibn al-Houssein
Cheikh as-Sam’ani dont je n’ai pas vu la biographie.

En somme, ce hadith n’est pas authentique. al-Khatib al-Bagdadi
l’a qualifié d’apocryphe. L’imam adh-Dhahabi (Puisse
Allah lui accorder Sa miséricorde) dit : «Le fond en est apocryphe.» Extrait de
Mizan al-i’tidal
(3/517)/ Ach-Chawkaani l’a mentionne dans al-Fawaid al-Madjmou’a
(p.17) et al-Amiri dans al-djidd
al-hathith fii bayani maa laysa bi hadith

(p.203). Cheikh al-Albani dit dans as-silsilah adh-dhaifah,
hadith n° 4832 «C’est qui mérite d’être retenu.» C’est -à- dire qu’il est
apocryphe. C’est exactement ce que dit Cheikh Muhammad Rachid Ridha dans la
revue al-Manaar (3/698).

Deuxièmement, il semble qu’il n’ y a pas autant de
hadiths évoquant le mérite du sang du martyr que de hadiths évoquant le mérite
de l’encre des ulémas. Bien plus, nous ne connaissons pas un seul hadith
authentique parlant des mérites de l’encre des ulémas spécifiquement pour ne
pas parler de sa supériorité au sang du martyr. Quant à ce sang, il a été
rapporté de façon sûre qu’il se présentera au jour de la Résurrection sous sa
couleur naturelle mais doté de l’odeur du musc et que le martyr obtient le
pardon dès la tobmée de la paremière
goute de son sang, entre autres choses rapportées à
ce propos.

Cependant, évoquer des mérites est une chose et
la préférence du martyr à l’uléma est une tout autre chose. Al-Manawi
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «Ce qui est juste c’est que les
hadiths évoquant les mérites spécifiques des martyrs, notamment sa protection
contre le chatiment et le pardon de ses manquements,
n’ont pas été rapportés à propos de l’uléma pour le seul fait d’être un uléma.
Nul ne peut affirmer la supériorité du dernier au premier catégoriquement. Qulqu’un qui occupe un rang supérieur à celui de l’uléma
peut posséder une vertu supérieure.

Il convient de tenir compte de la condition de
l’uléma, des fruits de son savoir et de leur utilisation, comme il convient de
tenir compte de la condition du martyr, des fruits de son
martyrs et ses conséquences. C’est sur la base des actes et de leurs
profits qu’on doit se fonder pour préférer l’un ou l’autre. Que de fois un seul
martyr  ou un seul  uléma ont atténué des terreurs et mis fin à
des  situations difficiles! Si on ne
tient compte que de cela on peut estimer qu’un seul martyr peut être  supérieur à un groupe d’ulémas et qu’un seul
uléma peut être supérieur à un grand nombre de martyrs; tout cela dépend des
conditions de l’un ou l’autre et ce qui a découlé de leur savoir et actes.»
Extrait de Faydh al-Qadir
(6/603).

Ibn al-Qayyim (Puisse
Allah lui accorder Sa misérocrde) dit: «Une grande
controverse a été déclenchée à propos de la supériorité de l’encore des ulémas
sur le sang des martyrs ou inversement. Chaque partie a fourni ses arguments et
 cru les faire prévaloir. Voici ce qui
permet de trancher et de remettre l’objet de la controverse à sa place dans le
consensus:

Propos relatifs au classement des rangs de
perfection..

Ensuite, il a mentionné celle des deux choses
(encre et sang) qui est supérieure… L’examen doit porter sur la question de
savoir laquelle  des deux choses mérite
mieux d’être préférée…Trois principes permettent de s’exprimer justement et de
pouvoir se prononcer de manière tranchante.

Les rangs de la perfection sont au nombre de
quatre: la prophétie, la Véridicité, le statut de martyr, la sainteté. Allah le
Transcendant les a évoqués ainsi: «Quiconque obéit à Allah et au Messager…
ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits: les prophètes,
les véridiques, les martyrs, et les vertueux. Et quels bons compagnons que
ceux-là!» (Coran,4:69). La prophétie et la  reception du
message divin font occuper le sommet de la perfection suivis de la Véridicité
car les Véridiques sont les imams des adeptes des messagers. Ils occupent le
plus haut rang après celui que procure la prophétie.

Si l’uléma emploie sa plume imbibée de l’encre
obtenue à l’atteinte du rang de Véridique, cette encre est
alors plus précieues que le sang du martyr qui n’a
pas atteitnt le rang de Véridique. Quand le sang du
martyr ayant atteint le rang de Véridique coule, elle s’avère plus précieuse
que l’encre de l’uléma qui n’a pas accédé au rang de Véridique. Le meilleur des
deux est celui qui a atteint ce rang. S’ils y ont accédé tous les deux , ils sont égaux. Allah le sait mieux.

La Véridicté  correspond à la perfection dans la  croyance à l’apport du Messager en termes de
maîtrise, d’adhésion et d’application. Tout cela repose sur la connaissance. celui qui connait mieux l’apport
du Messager et y adhère le mieux est le plus parfait dans sa Véracité. celle-ci est comme un arbre. Le savoir en constitue le tonc, l’adhésion les branches et l’application les fruits.
Voilà des mots riches et concis sur la question de savoir qui de l’uéma et du martyr est supérieur à l’autre.» Miftahou dari sa’aadah
(1/297-299).

Nous croyons que cet examen détaillé est  plus prudent et plus impartial que de trancher
dans la comparaison des mérites que confèrent le savoir et le martyr pris en
tant que tels conformément à l’usage suivi par un grand nombre d’ulémas.

Allah le sait mieux.