J’ai entendu que La Mecque est située au centre de la terre. Est-ce vrai?
Louanges à
Allah
L’étude de
cette question englobe deux aspects religieux et scientifique. Le premier
consiste à rechercher des arguments dans le Coran, dans les hadiths et dans les
traditions en rapport avec le sujet. L’aspect scientifique consiste à examiner
les recherches scientifiques et les preuves tangibles qui élucident la
question.
Premièrement,
s’agissant de l’aspect religieux, certains ulémas disent qu’on trouve dans le
saint Coran des allusions à cette théorie tandis que la Sunna prophétique et
des traditions reçues des ancêtres pieux l’affirment nettement. Quant aux
allusions coraniques, on les trouve dans la parole du Très-haut :
« Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de juste milieu… »
(Coran, 2 :143). Car le verset est révélé dans le cadre de l’ordre donné
de faire de la Kaaba la direction vers laquelle on doit s’orienter dans la
prière. C’est comme si le verset voulait dire : puisque la Kaaba se situe
au centre de la terre, nous avons fait de vous
une communauté du Centre, donc du juste milieu par rapport aux autres
nations.
Al-Qourtoubi dit dans al-djaali’
li ahkam al-qour’an
(2/153) : «Le sens du verset est : puisque la Kaaba est au centre de
la terre, nous avons fait de vous une communauté du juste milieu. »
Cependant c’est l’une de six explications citées par les exégètes des deux
parties comparées dans la parole du Très-haut : «Et aussi Nous avons fait
de vous.. » la plus évidente, peut-être, est celle mentionnée par Ibn
Djarir at-Tabari dans son Tafsir
(3/141) : «Ô croyants! Comme nous vous avons guidé par l’entremise
de Muhammad (Bénédiction et salut soient sur lui) chargé d’un message reçu
d’Allah et vous avons assisté à découvrir
la quibla d’Abraham et sa religion et vous
avons préférés en cela aux autres
communautés , nous vous avons préféré
aux adeptes des autres religions en faisant de vous une communauté de juste
milieu.» Voir Tafsir al-Qouran
al-adhziin (1/454) ; Mafaatih
al-Ghayb (2/387) ; ad-durr
al-massoun (2/134).
En plus, il y a une allusion dans la parole du
Puissant et Majestueux : «Voici un Livre (le Coran) béni que Nous avons
fait descendre, confirmant ce qui existait déjà avant lui, afin que tu
avertisses la Mère des Cités (La Mecque) et les gens tout autour… »
(Coran, 6 :92). Certains ulémas disent que La Mecque est appelée la mère
des cités puisqu’elle a précédé tous les villages de la terre et c’est à partir
d’elle que la terre fut déployée. Aussi est-elle le centre de la terre. Des
ulémas disent encore que son appellation Makka
implique une allusion à sa position comme centre situé au milieu de la terre.
Ar-Raghib al-Asfahani dit dans Moufrdat al-Qouran
(1/470-471) : « Le terme Makak
dérive de Makkah qui provient du verbe tamakaktou al- adzhm :
j’ai sucé la moelle d’un os. Imtakka al-fassil maa fii dhir’ oummihi : le petit
animal a sucé la mamelle de sa mère. Tamkouk
ici exprime une recherche poussée. On a donné à la localité cette appellation
car elle avait la réputation de détruire celui qui y commettait une injustice.
Selon al-Khalil on lui a donné cette appellation parce qu’elle est située au
milieu de la terre comme la moelle qui constitue l’origine de l’os. » Voir Mafatiih
al-Ghayb (4/310) qui donne à Makkah
de nombreuses autres dérivations.
En somme, le
saint Coran ne contient ni un texte, ni une indication ni une allusion claire
que La sainte Mecque ou l’honorable Kaaba se trouvent au centre ou au milieu de
la terre. Tout ce qui est reçu à ce propos n’est rien d’autre que des allusions
probables et des références ambigües.
Deuxièmement,
s’agissant des hadiths prophétiques hautement attribués, nous avons tenté d’en
faire un recensement exhaustif dans les livres de la Sunna pour en découvrir
les différentes versions et voies de transmissions. Nous n’avons trouvé qu’un
seul hadith hautement attribué relatif au présent sujet. Il s’agit du hadith
rapporté par Ibn Abbas (P.A.a) selon lequel le
Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Le
premier endroit de la terre à exister est celui qui abrite la Maison. Puis
c’est à partir de là que la terre fut étendue. La première montagne installée
sur la terre est Abou Qoubays. C’est à partir de là
que les montages furent installées (à leurs places).
Al-Manawi dit dans Faydh
al-Quadir (3/108) dit : « Le terme mouddat est un verbe à la forme passive qui
signifie : étendre (à partir de là toute la terre) : en différentes
directions. Elle est alors au milieu de la terre et en constitue l’axe. »
Cependant le
hadith a été rapporté par al-Aquili dans adh-dhouafaa
al-kabir (2/341) et al-Bayhaqui
dans Chouab al-iman (3/431) et par ad-Doulaymi dans Mousnad
al-Firdaws et par Ibn Assakir
dans Rarikhou Dimachq
(10/31) et as-Souyouti l’a attribué au Tarikh d’al-Hakim dans al-Djaami
(9603).
Tous ceux-là
l’ont rapporté par la voie de Souleyman ibn Abdourrahman qui dit l’avoir rapporté d’Abdourrahman
ibn Ali ibn Adjlaan al-Qourachi
qui déclare l’avoir reçu d’après Abdoul Malik ibn Djourayh
d’après Ibn Abas qui l’attribue hautement (au Prophète). Ce hadith est affaibli
du fait qu’Abdourrahman ibn Ali est un inconnu et à
cause de l’interruption de la chaîne au niveau d’Ataa
ou Moudjahid qui semblent s’en attribuer le contenu.
Quant à Abdourrahman ibn Ali ibn Adjlaan
ad-Dimachqui
que voilà, il a rapporté (des hadiths) d’après Ibn Djourayh
et d’aprèès Abdourrahman
ibn Thabit ibn Thawban, et
des hadiths sont rapportés de lui par Souleyman ibn Abdourrahman et par Marou ibn Outhman al-Houmsi et par le fils
de sa fille, Chaybatah ibn al-Walid.
Il n’a été
déclaré sûr que par Souleyman ibn Abdourrahman
qui a rapporté (le hadith) de lui selon ce qu’Ibn Assakir
a cité dans sa biographie retracée dans Tarikhou
Dimashq (35/133). Ce même Souleymane, surnommé,
Abou Ayyoub ad-Dimaschqui,
est critiqué à cause de ce qu’il a rapporté auprès d’inconnus. Ibn Maain dit de lui : il est sûr quand il rapporte (des
hadiths) d’après des gens connus. Ibn Hibban dit de
lui : « On peut retenir les hadiths qu’ils rapporte de gens célèbres.
Quant à ce qu’il rapporte de gens inconnus, on y trouve des choses
inacceptables. » Voir sa biographie dans Tahdhib
al-Kamal (12/26). Voilà pourquoi certains ulémas n’ont pas accepté le
crédit que Souleymane prête à certains auprès desquels il a rapporté (des
hadiths.)
Al- Ouqayli a considéré Abdourrahman
comme un inconnu et a remis en cause son hadith en l’attribuant à Moudjahid et
à Ataa. Il a rapporté le hadith par des voies qui
aboutissent à eux et dit dans adh-dhouafaa
(2/341) à propos de la biographie d’Abdourrahman :
« Il n’est pas connu comme un transmetteur (sûr) du hadith. Les hadiths
qu’il a transmis sont réputés des propos d’Ataa. Il
n’est pas connu comme un transmetteur (sûr) du hadith. Ali ibn Abdoul Aziz nous
a raconté qu’Abou Nouaym lui a raconté qu’al-Harith ibn Ziyad al-Djouhfi a dit avoir entendu Ataa
ibn Abi Rabah dire : « Abou Qoubays est la première montagne installée sur la
terre. » Abou Yahya ibn Abi
Massarrah nous a raconté que son père lui a dit que Said ibn Salim al-Miqdah lui a
raconté qu’Ibn Abi Djarih
lui a raconté que Moudjahid a dit : « Le premier endroit de la terre
est celui qui abrite la Maison et c’est à partir de là que la terre fut
étendue. Abou Djaafar dit : « Cette version
mérite mieux d’être retenue. » Extrait succinct.
On a reçu d’Ibn
Abbas (P.A.a) des propos abondant dans le même sens que le hadith que
voilà et nous les verrons plus tard. Ce qui indique l’erreur de celui qui a
attribué le hadith (hautement). Al-Albani l’a jugé faible dans as-Silsilah adh-Dhaifah,n° 5881.
Troisièmement,
on a décelé dans les traditions reçues des compagnons (du Prophète) et de la
génération qui les a succédés de nombreuses versions qui indiquent qu’ils
pensaient que La Mecque était au centre de la terre.
1. On a
rapporté d’Aboullah ibn Amrou
ibn al-As ces propos : « Allah a créé la Maison mille ans avant de
créer la terre. Quand son Trône était sur l’eau, la Maison apparaissait comme
un morceau de beurre blanc. La terre était placée sous elle comme une housse
puis on a retiré la terre pour la déployer.» (Rapporté par at-Tabari
dans son Tafsir (6/20) grâce à une chaîne
composée d’hommes sûrs. L’auteur d’ad-dourr al-manthour (2/265), l’a attribué à Ibn al-Moundhir et at-Tabarani. Al-Bayhaqui en a fait de même dans chiib.
2. Ibn Abbas (P.A.a) a dit : « Les quatre piliers de la Maison
furent installés dans l’eau deux milles ans avant la création du monde. Puis la
terre fut déployée à partir de l’emplacement de la Maison. » (Rapporté par
at-Tabari dans son Tafsir
(3/61) grâce à une chaîne passable.
3. Abou Hourayrah (P.A.a) a dit :
« La Kaaba fut créé deux milles ans avant la création de la terre. »
On lui dit : «Comment peut-il avoir été créée avant la terre alors
qu’elle en fait partie ? »- « Elle constituait une ile sur la
surface de l’eau où deux anges glorifiaient (Allah) jour et nuit pendant deux
mille ans. Quand Allah voulut créer la terre, Il l’en retira puis plaça la
Kaaba à son milieu. » L’auteur d’ad-Dour al-manthour (1/115) a attribué cette tradition à Said ibn Mansour, à Ibn al-Moundhir
et à Ibn Abi Hatim. J’en ai
découvert la chaîne des transmetteurs dans
madjlisou imlaa
fii rou’yatill Allah tabaaraka wa taalaa
par Abou Abdoullah ad-Daqqaq (p.287) et dans Amaali d’Ibn Bichr
(2/204). On trouve dans la chaîne des transmetteurs de la tradition Abou Maachar, Noudjayh ibn Abdourrahman dont la biographie est citée dans Tahdhib at-tahdhib
(10/422). La plus part des traditionnistes le jugent faible.
En ce qui
concerne la génération qui succéda aux compagnons (du Prophète), on a reçu de Moudhahid, d’Ataa, d’Amrou ibn Dinaar et d’autres des
propos pareils comme on en trouve chez Ibn Abi Hatim et chez at-Tabarani, dans
leurs Tafsir respectifs. On les retrouve
encore dans le Mousannaf d’Abdourrazzaq
(5/90). Les ouvrages intitulés : Akhbaarou Makka d’al-Azraqui et Akhbaarou Makka d’al-Fakihaani regorgent de telles informations.
Il est probable
que ces traditions aient le statut de propos à attribuer hautement (au
Prophète) comme il est aussi probable qu’elles soient reçues des gens du livre
car leurs écritures sont bourrées d’informations relatives à la création des
cieux et de la terre et au début de la création. Ceci s’atteste dans le fait
que la tradition susmentionnée soit reçue de Kaab al-Ahbaar. Abdourrazzaq le rapporte
de lui dans al-Moussannaf (5/95) en ces
termes : « La Maison était une écume sur la surface de l’eau quarante
ans avant qu’Allah Très-haut n’eût créée la terre. Ce fut à partir de la Maison
que la terre fut déployée. » L’imam Ahmad rapporte dans son livre Fadhail
as-Sahabah (2/901) selon Qatadah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) que c’est le rocher de Jérusalem qui
constitue le centre de la terre. Ceci donne le sentiment que toute cette
affaire repose sur des informations contradictoires reçues des gens du livre.
Quatrièmement,
il découle de ce qui précède qu’on ne trouve pas un argument clair et assez
solide pour prouver que La Mecque constitue le centre de la terre. Cependant
les allusions qui se dégagent d’une
partie des textes que nous avons cités, pris au sens que certains ulémas en ont
tiré, ajoutés aux traditions susmentionnées, tout cela donne le sentiment que
ces propos ont un fondement. On y trouve
des indices qui donnent du poids à l’avis qui soutient que La Mecque constitue
le centre de la terre, à moins que des preuves scientifiques ne viennent
prouver le contraire.
Cinquièmement,
sur le plan strictement scientifique, nous ne sommes pas des spécialistes des
sciences de la terre ni des géographes. Dès lors, nous en tenons à ce qui vient
d’être dit. Nous vous renvoyons toutefois à certains spécialistes, des
scientifiques qui ont mené de recherches sur le sujet et sont parvenus à la
conclusion que La Mecque est au centre de la terre et à son milieu. Peut-être
trouvera-t-on dans les résultats de leurs recherches scientifiques ce qui
consolide cette idée tout en admettant la possibilité de poursuivre et d’approfondir les
recherches. Car la question est en définitive une affaire d’effort d’interprétation personnel susceptible
d’être juste ou injuste.
Voir la
recherche intitulée Isqaat al-kourrah al-ardhiyyah bi bisbati li Makka al-moukarrmah par Dr Houssein Kamalouddine Ahmad, publiée dans Madjallatoul
bououth al-ilmiyyah, Ryadh (2/292) et la
recherche intitulée al-isqaat al-makki du savant Dr Houssein Kamaoudine Ahmad publiée dans Madjallatoul
bououth al-ilmiyyah, Ryadh (6/225). Voir
les liens suivants :
http://www.elnaggarzr.com?l=ar&id=11&cat=39
http://www.elnaggarzr.com?l=ar&id=476&p=2&cat=575
http://www.elnaggarzr.com?l=ar&id=488&p=2&cat=595
http://www.islamtoday.net/questions/show_question_content.cfm?id=114583
Allah
le sait mieux.
