Je souffre d’une déficience rénale depuis des années. Pendant ce temps, j’observais le jeûne jusqu’au milieu du mois de Ramadan de l’an 1431 H, quand j’ai commencé à sentir la fatigue. Mon état de santé s’est ensuite détérioré pour aboutir à une déficience aigue accentué par une détérioration, lente mais constante. Je n’ai pas observé le jeûne du Ramadan des années 1432 et 1433. J’ai accompli l’acte expiatoire prévu, en me fondant sur une fatwa diffusé dans un célèbre site web islamique après que je leur ( animateurs du site) ai expliqué mon état de santé. Il faut savoir que je n’ai pas consulté un médecin à ce propos (la compatibilité du jeûne avec mon état de santé).

Au cours de l’année 1434, j’ai observé le jeûne du Ramadan, Allah soit loué, car j’éprouvais un grand désir de le faire après avoir senti que mon état de santé s’était nettement amélioré puisque mon corps s’était débarrassé de poisons , contrairement à ce que j’avais compris auparavant. Devrais-je rattraper le jeûne des années 1432 et 1433 ou pas, quand on sait que je suis toujours malade et que mon état de santé va de mal en pis?

Louanges à Allah

Tout d’abord,
nous demandons à Allah Très-haut de vous accorder la paix et le bien-être et
vous recommandons la patience pour complaire à Allah Très-haut. Soyez sûr que
l’épreuve qui vous a atteint est apparemment un mal pénible mais elle aboutira , en réalité , à un bien avec la permission
d’Allah. Le souffrant n’est  pas apprécié par Allah comme le bien
portant, ni le malade comme le sain, si toutefois le malade  cherche à complaire (à Allah ) à travers
l’endurance. Auprès d’Allah , toute chose est soumise
à une juste mesure.

L’abandon du
jeûne au cours des deux dernière années procède d’une
largesse qu’Allah vous a faite. La loi religieuse n’y trouvait aucun
inconvénient, grâce à la permission d’Allah.

Allah, le
Puissant et Majestueux a dit: «pendant un nombre
déterminé de jours. Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jepuner un nombre égal de jours. Mais pour ceux qui ne
pourraient le supporter qu'(avec  grande difficulté), il y a une compensation:
nourrir un pauvre. Si quelqu’un fait de son propre gré, c’est pour lui; mais il est mieux pour vous de jeûner; si vous le
saviez.» (Coran,2:184). Ataa
affirme avoir entendu Ibn Abbas réciter comme suit: ceux
qui désirent mais ne peuvent pas jeûner doivent donner de quoi nourrir un
pauvre
. Pour Ibn Abbas, la disposition n’est pas abrogée. Elle concerne
l’homme et la femme d’un âge très avancé qui ne peuvent plus observer le jeûne
et auxquels il est permis de nourrir un pauvre à la place de chaque jour à
jeûner. (Rapporté par al-Bokhari dans son Sahih
(4505).

Les
jurisconsultes ont étudié votre question portant sur le cas d’un malade qui
cesse d’observer le jeûne parce que sa maladie est jugée incurable et le
vieillard, quand l’un et l’autre retrouvent la capacité de jeûner au cours des
années suivantes pour avoir recouvré leur santé. Les jurisconsultes se sont
posé la question de savoir s’il leur suffit d’ouvrir de la nourriture à la
place du jeûne précédemment non observé ou s’il faut qu’ils le rattrapent? On est en présence de trois
avis:

Le premier avis: ils (le malade guéri et le vieillard redevenu capable
d’observer le jeûne) ne rattrapent pas le jeûne du passé puisqu’ils peuvent se
contenter de l’offre de nourriture. C’est l’avis retenu dans la doctrine
chafiite. A ce propos, l’imam ar-Ramly (Puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) écrit: «Les intéressés ne
sont pas tenus d’effecteur un rattrapage quand ils recouvrent leur capacité
parce qu’ils étaient déjà dispensé du jeûne et n’en étaient plus concernés,
d’après l’avis le plus juste cité dans al-Madjmou,
avis selon lequel l’offre de nourriture correspond à leur obligation initiale
qui ne se substitue pas au jeûne.» L’auteur de la Hachiyah
ajoute ce commentaire: «Les intéressés ne sont pas tenus
de rattraper le jeûne sous entendu : même si l’offre
de nourriture reste due par eux.» Extrait de al-Mouhtadj (3/193).

Ibn Hadjar al-Haytami (Puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) a écrit:«S’il (celui qui était dispensé du jeûne parce qu’il n’en était
pas capable) recouvre la capacité de jeûner, il ne sera pas tenu de rattraper
le jeûne non effectué d’après les dires du plus grand nombre.» Extrait de Touhfatoul Mouhtadj
(3/440).

Le deuxième avis: ils doivent rattraper le jeûne conformément à la doctrine
hanafite, admise sur ce point par les chafiites. A ce propos, on lit dans ar-radd al-moukhtar
(2/427):«Quand il (le vieillard qui avait substitué
l’offre de nourriture au jeûne parce qu’incapable de l’observer) en recouvre la
capacité, il rattrape le jeûne du passé.»

Le troisième avis: il faut faire la distinction entre le cas où
l’incapable,  devenu guéri, avait déjà
offert de la nourriture à la place du jeûne, et le cas de celui qui n’avait pas
effectué cette offre. Dans le premier cas , l’intéressé
n’a pas à effectuer un rattrapage. Dans le second cas, il doit procéder à un
jeûne de rattrapage. C’est la doctrine des hanbalites. Al-Baghawi,
issu des chafiites , l’a confirmé.

Al-Bahouti (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit:«S’il (celui qui est jugé
incapable de jeûner) offre de la nourriture avant de recouvrer sa capacité de
rattraper le jeûne, il n’aura pas à le faire mais il doit se contenter de
l’offre de nourriture.» Il l’a  écrit dans al-Moubd’i.
On en déduit que s’il avait recouvré sa capacité ( de
jeûner ) avant d’offrir de la nourriture, il aurait été tenu de rattraper le
jeûne.» Extrait de Kashf al-Quinaa (2/310).

On lit dans al-Madjmou de l’imam an-Nawawi
(6/261):«Puis, selon le choix personnel d’al-Baghawi, quand il (celui qui est dispensé du jeûne pour une
maladie) en retrouve la  capacité avant
d’effecteur le don de nourriture, il est tenu de
jeûner. Si le recouvrement de la capacité survient après l’offre de nourriture,
il est possible que la situation soit comparable à celui du pèlerinage. En
effet, il avait été demandé à 
l’intéressé  de recourir à
l’offre de nourriture parce qu’on l’imaginait durablement excusé avant que le
contraire ne soit avéré.»

L’avis le plus
évident sur la question 
reste, s’il plaît à Allah, le premier  selon lequel l’offre de nourriture, effective
ou pas encore effective, remplace la non observance excusée du jeûne et exclut
l’obligation de rattraper le jeûne. C’est parce que le malade est concerné par
l’offre de nourriture en cas de souffrance chronique ,
et ce qui n’est applicable qu’en ce cas n’est pas extensible à un autre. Il s’y
ajoute que l’obligation de rattraper le jeûne du passé est le plus souvent très
pénible. Or, une telle situation nécessite une facilitation.

On a posé à
Cheikh Ibn Baz (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) la question suivante:« Voici une personne
atteinte d’une maladie chronique, et les médecins lui ont recommandé de ne plus
observer le jeûne. Elle est allé ensuite se faire consulter par des médecins
dans un autre pays et , avec la permission d’Allah, il
a guéri cinq ans plus tard. Aussi a-t-elle raté cinq ramadan.
Que devrait-elle faire maintenant qu’Allah l’a guéri?
Faut-il qu’elle rattrape le jeûne raté?»

Voici sa
réponse: «Si les médecins qui lui ont recommandé l’abandon du jeûne sont des
musulmans sûrs qui ont une bonne connaissance de ce type de maladie et lui
avaient confirmé qu’on ne la croyait pas guérissable, dans ce cas, il n’est pas
tenu de rattraper le jeûne car il lui suffit d’offrir de la nourriture (aux pauvres)
et de se  mettre à observer le jeûne à
l’avenir.» Extrait de Madjmou fatawa Ibn Baz (15/354). Voir
la fatwa n°84203.

Pour nous
résumer, disons que vous n’avez pas à rattraper le jeûne des années  1432-1433 H, même si , à l’époque,
vous n’aviez pas sollicité l’avis de médecins. Car il est bien connu que la
déficience rénale fait partie des maladies chroniques. Or ,
l’observance du jeûne par celui/celle qui souffre d’une telle pathologie est
souvent nuisible et pénible. Ce qui compte c’est ce que le malade éprouve en
lui-même. Les jurisconsultes ne lui font pas obligation d’interroger un
médecin. Ils ne font que le lui conseiller pour éviter que le jeûne lui soit
préjudiciable. Quoi qu’il en soit, nous vous conseillons de consulter un
médecin et de prendre son avis avant de vous mettre à jeûner.

Allah le sait
mieux.