Il arrive parfois qu’on soit éprouvé au point de penser commettre un acte de désobéissance (envers Allah). Cela résulte d’intrigues sataniques et de l’inspiration de l’âme mauvaise.. Tiendra-t- on l’individu responsable de ce qui se passe dans sa tête de manière à l’inscrire dans son registre, qu’il soit bon ou mauvais?
Louanges à Allah
Al-Bokhari a
rapporté dans son Sahih (6491) et Mouslim (131) d’après Ibn Abbas (P.A.a) que le Prophète (Bénédiction et salut soient
sur lui) a cité des propos qu’il avait reçus de son Maître ,
le Puissant et Majestueux ,en ces termes: « Certes, Allah a écrit les bons et
les mauvais actes et les a expliqués. Si
on pense faire un bien sans le concrétiser , Allah
écrit un bien complet pour le concerné. S’il le concrétise, Allah lui inscrira
auprès Lui dix à sept cents biens voire des multiples de ce chiffre. Si on
pense faire un mal sans le concrétiser, Allah écrit un bien pour l’intéressé.
S’il le concrétise, Allah écrira contre lui un seul mal.»
Al-Bokhari
(5269) et Mouslim (127) ont encore rapporté dans un
hadith d’Abou Hourayrah (P.A.a)
que le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : «Certes,
Allah pardonne à ma communauté ce qui lui vient à l’esprit aussi long temps
qu’elle ne l’aura pas exprimé ou mis en pratique.»
Ibn Radjab (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) dit: «Ces textes comportent quatre choses:
enregistrement des bonnes actions, enregistrement des mauvaises actions,
s’apprêter à faire une bonne action et s’apprêter à faire une mauvaise action.
Voilà quatre choses. Ensuite, il dit:«La troisième chose: s’apprêter à faire
une bonne action entraîne l’inscription d’une bonne action au profit de
l’intéressé, même quand il n’exécute pas l’action comme il est indiqué dans un
hadith d’Ibn Abbas et dans d’autres hadiths. Dans un hadith de Khouraym ibn Fatik on lit: «Si
quelqu’un s’apprête à faire une bonne action puis s’en abstient et si Allah
sait qu’il a la ferme volonté de la faire, Allah lui inscrit une bonne action.»
(Rapporté par Ahmad,18556
et qualifié de bon par al-Arnaout et cité par al-Alani parmi les hadiths de la Sahihah).
Cela signifie que par «s’apprêter» on entend ici la
résolution marquée par la ferme volonté de faire et non une simple pensée qui
traverse l’esprit puis s’estompe sans se transformer en résolution.
Abou Dardaa dit: «Si quelqu’un
va au lit tout en nourrissant l’intention de se réveiller pour prier dans la
nuit et si par la suite le sommeil l’en empêche
jusqu’au matin, on lui inscrit ce qu’il avait l’intention de faire.»
Il a été rapporté que Said Ibn al-Moussayyib a dit: «Quiconque s’apprête à prier ou à jeûner
ou à faire un pèlerinage majeur ou mineur ou à participer à une expédition
militaire puis en est empêché, Allah
Très haut le traitera en fonction de son intention.
Abou Imran al-Djoubi a dit: «L’ange proclamera: inscris au profite
d’Untel ceci ou cela…On dira: Maître! Il ne l’a pas fait! L’ange dira : mais il
en a eu l’intention.»
Zayd ibn Aslam dit: «Un homme faisait le tour des ulémas et disait:
qui va m’indiquer une action que je ne cesserait d’accomplir afin de rester un
agent d’Allah car je n’aimerais pas qu’une heure du jour et de la nuit s’écoule
sans que je sois en œuvre pour le compte
d’Allah Très haut.» On lui a dit: «Vous avez trouvé ce que vous cherchez!
Faites du bien tant que vous le pourrez. Si vous tombiez dans la torpeur ou
cessiez votre action, continuez de nourrir l’intention de la reprendre car
celui qui garde l’intention de faire du bien est comme celui qui le fait.
Quand l’intention se transforme en acte ou en parole, la
récompense est assurée et l’intéressé est assimilé à un acteur. C’est dans ce
sens qu’Abou Kabchah a rapporté que le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «Le vie d’ici bas n’appartient
qu’à quatre personnes: un fidèle serviteur d’Allah doté de biens et d’un savoir
et qui les utilise selon les exigences de la crainte d’Allah, entretient ses
liens de parenté et reste conscient du droit d’Allah, celui-là occupe le
meilleur rang; un fidèle serviteur d’Allah doté d’un savoir mais dépourvu de
biens. Celui-ci nourrit une intention sincère et se dit: si je disposais de
biens je rendrais service à Untel..Il
se contente de son intention. Il a le même rang que le premier; un fidèle
serviteur d’Allah doté de biens mais dépourvu du savoir et qui gère sa fortune
à la manière d’un ignorant. Il ne craint pas son Maître et n’entretient pas ses
liens de parenté et ne reconnait pas le droit qu’Allah
lui prescrit sur ses biens. Celui-là occupe le rang inférieur; un fidèle
serviteur d’Allah qui ne possède ni biens ni savoir et qui se dit: si je
possédais des biens, je rendrais service à Untel. Il se nourrit d’intentions.
Il partage le sort du précédent.» (Cité par l’imam Ahmad et par at-Tirmidhi, auteur de la présente version et par Ibn Majdah et jugé authentique par al-Albani
parc que corroboré).
L’expression «ils sont récompensés pareillement» est
interprétée dans le sens de leur égalité par rapport au principe qui détermine
la nature de la récompense et non par rapport à la multiplication de la
récompense. Car celle-ci est réservée à celui qui a réalisé une action et non à
celui qui se contente d’en avoir eu l’intention. Puisque si l’égalité
s’étendait à ce domaine, on aurait inscrit en faveur de celui qui n’a que
l’intention de faire une action la récompense
de dix bonnes actions. Ce qui contredit tous les textes. Ceci s’atteste dans cette parole
du Très haut: «Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux – sauf ceux qui ont
quelque infirmité – et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier
d’Allah. Allah donne
à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun
Allah a promis la meilleure
récompense; et Allah a mis
les combattants au-dessus
des non combattants en leur
accordant une rétribution
immense.» (Coran,4:95).Ibn Abbas et
d’autres disent que les absents auxquels les combattants étaient déclarés
supérieurs en grade sont ceux qui avaient une excuse.»
Ibn Radjab (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) poursuit: «La quatrième chose consiste à s’apprêter à
faire un mauvais acte sans l’exécuter. Il est dit dans le hadith d’Ibn Abbas
qu’on inscrit en faveur de l’intéressé un bon acte complet. C’est ce que
confirment encore les hadiths d’Anas et d’Abou Hourayrah
et d’autres qui affirment qu’un bon acte est inscrit dans ce cas. Il est dit
dans le hadith d’Abou Hourayrah: «Il ne s’en est
abstenu que par égard pour moi.» (Rapporté par Mouslim)
c’est-à-dire à cause de moi. Ceci indique qu’il s’agit de quelqu’un qui
est bien capable d’exécuter ce qu’il
s’apprêtait à faire en termes de mauvais actes et qui ne s’en est abstenu que
pour Allah Très haut. Si un bon acte est inscrit au profit d’une telle personne
c’est parce que son abandon de l’acte projeté dicté par les motivations
ci-dessus indiquées est une bonne chose.
Si après être apprêté à commettre un acte de rébellion,
on s’en abstient parce qu’on craint les créatures ou pour se faire voire, on
dit que l’intéressé sera châtié pour son projet abandonné avec une telle intention
car il est interdit de faire passer la crainte des créatures avant celle du
Créateur. il en est de même du fait de n’agir que pour
se faire voir par les créatures. Si on y ajoute l’abandon de l’acte de rébellion
pour cette seule considération, l’abandon entraînera un châtiment.
Al-Foudhayl
ibn Iyadh dit: «Ils (les ancêtres pieux) disaient :
s’abstenir de faire une chose pour ménager les gens relève du ryaa (une
forme d’hypocrisie) et n’agir qu’en tenant compte de leur appréciation relève
de l’associationisme. Si quelqu’un fait de son mieux
pour réaliser une mauvaise action et que le destin l’en empêche, un groupe
(d’ulémas) dit que l’intéressé sera châtié dans ce
cas. C’est dans ce sens qu’abonde ce hadith: «aussi long temps qu’il ne l’aura
pas dit ou mis en pratique». Si quelqu’un s’efforce sérieusement à accomplir un
mauvais acte et n’y réussit pas ,
il l’a accompli (moralement). C’est dans ce sens que le Prophète (Bénédiction
et salut soient sur lui) dit: «Quand deux musulmans engage un combat à l’épée,
le tueur et le tué iront en enfer.» Quand on lui dit: « Le tueur, on le
comprend, mais pourquoi le tué?!»- «C’est parce qu’il était animé d l’ardent
désir de tuer son adversaire.» (Rapporté par al-Bokhari,31 et par Mouslim,2888). Les
propos:«… aussi long temps qu’il ne l’aura pas dit ou mis en pratique»
indiquent que si celui qui s’apprête à commettre un mauvais acte exprime son
projet, il sera châtié pour ce qui se passe dans sa tête puisqu’il aurait
utilisé l’un de ses organes , sa langue, pour extéroriser son intention. Ceci s’atteste dans le hadith
d’Abou Kabsch déjà cité et dans lequel il est dit: «Si
j’avais des fonds, j’agirais comme Untel
entendant par là imiter celui qui utilise ses biens pour désobéir à Allah..Puis il dit: «Les deux
subiront le même sort.»
Ibn Radjab (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) poursuit: «Si l’intention s’estompe et si la
détermination se relâche sans une cause, l’intéressé sera-t-il châtié ou pas?
Il y a là deux considérations. L’une consiste dans la mauvaise pensée passagère
qui n’a pas été retenue et qui a même été désapprouvée et suscité la méfiance,
une telle pensée est pardonnée. C’est comme les mauvaises intrigues à propos
desquelles le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a été interrogé lorsqu’il
dit: « Voilà la foi claire.» (Rapporté par Mouslim,132).
La révélation de la parole du Très haut: «C’est à Allah qu’appartient tout ce qui est dans
les cieux et sur la terre. Que vous
manifestiez ce
qui est en vous ou que vous
le cachiez, Allah vous en demandera compte.
Puis
Il pardonnera à qui Il veut, et châtiera qui Il veut. Et Allah est Omnipotent.» (Coran,2:284) fut pénible aux
musulmans puisqu’ils crurent que les mauvaises pensées y étaient incluses. D’où
la révélation du verset dans lequel il est dit: «Allah n’impose à aucune
âme une charge supérieure à sa
capacité. Elle sera récompensée du bien qu’elle aura fait, punie du mal qu’elle
aura fait. Seigneur, ne nous
châtie pas s’il nous arrive d’oublier ou de commettre une erreur..» (Coran,2:285) (Rapporté par Mouslim,126). Ce verset explique
que ce qui ne peut pas être repoussé n’est pas considéré et n’engage pas la
responsabilité du fidèle.
Du coup, il indique que le premier verset concernait les
pensées qu’on est déterminé à mettre en œuvre. La seconde considération porte
sur les pensées qui persistent et donnent naissance à des projets longuement muris. Là encore, il y a deux types de choses. L’un consiste
dans ce qui constitue un acte indépendant du cœur comme le doute portant sur
l’unicité absolue d’Allah ou sur la prophétie ou sur la résurrection ou sur
d’autres choses entraînant la mécréance ou l’hypocrisie ou le démenti de cela,
toutes ces pensées exposent celui qu’elles animent au châtiment et en font un
mécréant et un hypocrite. On assimile
aux choses de ce type le reste des actes
de rébellion qui imprègnent le cœur comme aimer ce qu’Allah hait et hair
ce qu’Allah aime, et comme l’orgueil et la vanité. L’autre type
de choses consiste dans ce qui ne fait pas partie des des
actes du cœur mais se concrétise grâce aux
organes comme l’adultère, le vol et la consommation du vin, le meurtre,
la diffamation et consorts, commis avec préméditation et persistance. Si ces
choses ne sont passées à la phase d’exécution, le fait d’en imputer une responsabilité
à celui qui les projette est l’objet de deux avis bien connus émis par les
ulémas. Selon l’un, on en est responsable. Ibn al-Moubarak
dit: «J’ai demandé à Soufyane ath-Thawri
si le fidèle est tenu responsable de ce qu’il projette de faire..Il a dit: s’il en a la ferme volonté, on le tient
responsable. Cet avis est jugé mieux argumenté par un bon nombre de
jurisconsultes, de traditionnistes et de théologiens scolastiques issus de nos
condisciples et d’autres. Ils tirent leur argument de la parole du Puissant et
Majestueux: «Et on ne vous
reprochera pas de faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage, ou d’en
garder secrète l’intention. Allah sait
que vous allez songer à
ces femmes. Mais ne leur promettez
rien secrètement sauf à leur
dire des paroles convenables. Et
ne vous décidez
au contrat de mariage qu’à l’expiration du délai prescrit.
Et sachez qu’Allah sait ce
qu’il y a dans vos âmes. Prenez
donc garde à Lui, et sachez
aussi qu’Allah est Pardonneur et Plein de mansuétude.» (Coran,2:235) et Sa parole : «Ce n’est pas pour les expressions gratuites
dans vos serments qu’Allah vous saisit: Il vous saisit pour ce que vos
cœurs ont acquis. Et Allah est Pardonneur et Patient»
(Coran,2:225) et la parole du Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui): «Le péché c’est ce qui vous trouble l’esprit et que vous
redoutez que les gens le découvrent.» (Rapporté par Mouslim,2553) et c’est dans le sens de cet avis qu’on interprète
les propos ces propos du Prophète ( Bénédiction et salut soient sur lui): «Certes,
Allah a pardonné à ma communauté ce qui se passe dans sa tête aussi long temps
qu’elle ne l’exprime pas ou ne le mettra pas en pratique.» Ceci concerne les
mauvaises pensées. Ils (les ulémas) disent les pensées que le fidèle murit et se résout à exécuter font partie de ses aces et l’on les lui
pardonne pas. Le second avis est qu’on ne rend personne responsable d’un acte qu’ il a eu l’intention de faire. Cet avis est attribué à Chafii sur la base d’un texte jugé émanant de lui. C’est l’avis
d’Ibn Hamid, un condisciple, qui se réfère à des
textes ayant une portée générale. Al-Awfi a rapporté
d’Ibn Abbas des propos allant de ce sens…» Extrait de Djami al-oulom wal-hikam,
commentaire du hadith n° 37 (2/343-353) avec un léger remaniement.
En somme, celui qui s’apprête à faire un bon acte et
prend la ferme résolution de l’exécuter , on lui
inscrira ce qu’il a l’intention de faire même s’il ne l’a pas concrétisé.
Cependant celui qui a pu exécuter son intention recevra une récompense
meilleure et plus parfaite. Celui qui
nourrit l’intention de faire un mauvais acte puis s’en abstient aura inscrit à
son profit un bon acte complet. Celui qui nourrit l’intention de faire un
mauvais acte puis s’en abstient eu égard
aux gens et celui qui abandonne une telle intention pour son incapacité de la réaliser , se verra imputé un mauvais acte. Celui qui en
nourrit l’intention puis en perd le désir puisque la mauvaise pensée n’était
que passagère, ne sera pas tenu responsable. Si la mauvaise pensée portait sur
les actes du cœur qui ne concernent nullement les organes, il en sera
responsable. S’il s’agit d’une chose qui se concrétise à l’aide des organes et
que l’intéressé maintient l’intention de l’exécuter ,
la plupart des ulémas soutient qu’il en sera tenu responsable.
Après avoir cité l’avis corroborant ce qui vient d’être
avancé, an-Nawawi (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) dit: «Selon al-Qadi Iyadh
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) la quasi-totalité des ancêtres pieux
et les ulémas issus des jurisconsultes et des traditionnistes soutiennent
l’avis du cadi Abou Baker (al-Baquilani) compte tenu
des hadiths allant dans le sens de l’établissement de la responsabilité à
propos des actes du cœur. Cependant ils disent
que c’est la détermination qui est enregistrée comme un mauvais acte et
non le mauvais acte qui était venu à l’esprit sans être concrétisé puisque la
crainte d’Allah et le retour vers Lui l’ avaient empêché. Le seul fait de
persister et de se résoudre à faire
constitue un acte de rébellion (envers Allah) et est inscrit en tant que tel.
Si cela se transforme en acte, on inscrit contre
l’intéressé un autre acte de rébellion. S’il s’en abstient par crainte d’Allah
Très haut, on inscrit un bon acte en sa faveur comme l’indique le hadith qui dit:
«Il s’en est abstenu eu égard à Moi.»
Car il s’en abstient par peur d’Allah Très haut et dans le cadre du combat
qu’il livre à son âme incitatrice au mal et de sa résistance à sa passion, ce
qui est un bienfait. Le souci qui n’est pas inscrit concerne les mauvaises
pensées passagères qui ne se stabilisent pas et ne se transforment pas en
détermination ou en intention ferme ou résolution.» (Charh
Mouslim, 2/151).
Ibn Radjab (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a choisi l’avis selon lequel le mauvais acte est inscrit sans être doublé et qu’il entraîne
un châtiment correspondant. On n’y ajoute pas le souci qui l’a dicté car si
c’était le cas, le mauvais acte entraînerait deux châtiments. On ne va nous
dire: cela devrait valoir aussi pour le bon acte. Si on en nourrit l’intention
puis on passe à l’acte, on est récompensé pour l’acte et non pour la simple
intention qui l’a précède.. nous
disons : cela est interdit. Celui qui fait un bon acte le verra multiplier par
dix à la récompense. Il est permis de penser que la multiplication vise en
partie à inclure l’intention qui a précédé l’acte dans la récompense. Allah le
sait mieux.»
