J’espère que tu répondras à cette question que je trouve très importante. Je lisais dans une page web hostile à l’Islam les propos d’un chrétien selon lesquels cheikh Sidjistani a dit dans son livre intitulé : al-massahifa que Hadjdjad avait introduit des modifications dans les lettres du Coran et y avait changé au minimum dix mots. Le chrétien prétend que Sidjistani a écrit un livre intitulé : maa ghayyarahou al-Hadjdjadj fii mushafi Outhmane ( = les modifications apportées par Hadjdjadj au Coran d’Outhmane). Le Chrétien prétend avoir recensé en arabe les dix mots modifiés. J’ai essayé de trouver un exemplaire de ce livre en vain… J’espère être éclairé .. Je ne peux pas imaginer que tous les ulémas et maîtres puissent permettre à une personne de modifier le Coran sans rien dire, même si cela est rapporté par as-Sidjstani. C’est impensable car nous ne sommes pas des gens qui, incapables de sauvegarder leur livre (saint), le laissent aux hommes de religion. Beaucoup de musulmans savent le Coran par cœur et ils le récitent tous. Dès lors il est inconcevable que l’on se rende pas compte des différences et des divergences.

Louanges à Allah

Premièrement, le musulman ne peut
pas douter de l’authenticité du Coran. Allah s’est chargé de sa préservation
en ces termes : «En vérité c’ est Nous qui avons fait descendre le Coran,
et c’ est Nous qui en sommes gardien. » (Coran, 15 : 9). Le Coran
était au début gardé dans le cœur (mémoire) des Compagnons qui l’avaient mémorisé
et transcrit sur des troncs d’arbres et des fragments de terre cuite. Ceci était
le cas jusqu’à  l’avènement du calife Abou Bakr as-Siddiq (P.A.a).

Au cours des guerres livrées aux apostasiés, bon nombre
des Compagnons ayant maîtrisé le Coran ont été tués. Ce qui inspira à Abou Bakr
la crainte de perdre le Coran avec la disparition des Compagnons qui le savaient
par cœur. C’est alors qu’il consulta les plus grands Compagnons à propos de
la compilation du Coran dans un seul recueil afin de le mettre à l’abri de la
perte. Cette tâche fut confiée à Zayd ibn Thabit et à d’autres qui s’étaient
occupés de la transcription de la Révélation.

 « Zayd ibn Thabit
(P.A.a) a dit : « Abou Bakr me convoqua à la suite du massacre de
Yamama et j’eus la surprise de trouver Omar à ses côtés et il me dit :
Omar vient de me dire ceci : « une tuerie eut lieu à Yamama au sein
des lecteurs du Coran. Et je crains que si ceux-ci continuent de se faire tuer
sur les champs de bataille, une bonne partie du Coran risque de se perdre. C’est
pourquoi je pense que tu devrais faire rassembler le Coran ». J’ai dit
à Omar : « Comment veux-tu faire quelque chose que le Messager d’Allah
(bénédiction et salut soient sur lui) n’a pas fait ? » – Omar dit :
Au nom d’Allah,  c’est mieux ». Et puis il n’a cessé de me répéter
son idée jusqu’à ce qu’Allah m’ait inspiré son admission. »

Zayd dit : « Puis Abou Bakr poursuivit : tu es jeune, raisonnable
et au-dessus du soupçon. En plus, tu écrivais du vivant du Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) la révélation qu’il recevait. Va collecter et rassembler
les (différents éléments du Coran)… Zayd dit : « Au nom d’Allah, s’ils
m’avaient chargé de déplacer une montagne, j’aurais trouvé cela plus facile
que l’exécution de l’ordre de rassembler le Coran qu’ils venaient de me donner.
Et j’ai dit : comment allez-vous faire quelque chose que le Messager d’Allah
(bénédiction et salut soient sur lui) n’avait pas fait ? Il (Abou Bakr)
dit : « Au nom d’Allah, c’est mieux. ». Et puis il ne cessa de
me répéter son idée jusqu’à ce qu’Allah m’en inspirât l’admission comme Il l’avait
fait pour Abou Bakr et pour Omar (P.A.a). Dès lors, je me suis mis à rechercher
et à collecter les éléments coraniques transcrits sur des branches de dattier
et sur des pierres lisses ou conservées dans la mémoire des gens et j’ai trouvé
les derniers versets de la sourate at-Tawba chez Abou Khouzayma al-Ansari
et je ne les ai trouvés chez personne d’autre… Les feuilles contenant le Coran
furent conservés par Abou Bakr jusqu’à sa mort puis elles furent déposées auprès
d’Omar qui les garda jusqu’à sa mort puis elles furent transférées à sa fille
Hafsa (P.A.a).

Quant à al-Hadjdjad, il n’a pas écrit le Coran lui-même,
mais il en a chargé un homme compétent en la matière. Voici le récit intégral :

Az-Zarqani a écrit : « Il est connu que le
Coran d’Outhmane ne comportait pas de point diacritiques… Quoi qu’il en fût,
l’ajout des points date, selon l’avis le plus répandu, du règne de Abd al-Malik
ibn Marwane. Celui-ci s’était aperçu que l’espace de l’Islam s’était élargi
et avait réuni arabes et non arabes et que la langue arabe commençait à se détériorer
et que des ambiguïtés et des difficultés apparaissaient dans la lecture du Coran
chez certains au point qu’il était devenu pénible pour la majorité (des musulmans
non arabes) de faire la distinction entre certains mots et lettres du Coran
non accompagnés de points.

C’est alors que, par sa clairvoyance, le calife estima
qu’il devait engager une action salutaire. Aussi donna t-il à al-Hadjdjadj l’ordre
de s’occuper de cette tâche importante. Pour exécuter l’ordre du Commandeur
des Croyants, Hadjdjadj confia la tâche à deux hommes : Nasr ibn Assim
al-Laythi et Yahya ibn Yaamour al-Udwani, réputés tous les deux très compétents
pour avoir réuni le savoir, la pratique, la piété et le scrupule et la maîtrise
des règles de la langue et des différentes manières de lire le Coran – Ils avaient
été des disciples d’Aboul Aswad ad-Dou’ali.

Les deux experts (Puisse Allah leur accorder Sa miséricorde)
ont réussi pour la première fois dans l’histoire à doter de points diacritiques
les lettres du Coran qui se ressemblent, après s’être imposé comme règle de
ne pas mettre plus de trois points sur une lettre. Cette transcription s’est
répandue depuis cette époque et eu un effet très important dans la dissipation
des ambiguïtés et du manque de clarté qui affectaient le Saint Coran.

L’on dit aussi qu’Aboul Aswad ad-Douali fut le premier
à doter le Coran de points diacritiques. On dit encore qu’Ibn Sirine possédait
un Coran dont les points provenaient de Yahya ibn Yaamat. On peut concilier
les deux affirmations en disant qu’Aboul Aswad fut effectivement le premier
à introduire les points dans le Coran de façon individuelle et qu’il fut suivi
en cela par Ibn Sirine. Cependant Abdoul Malick fut le premier à intervenir
officiellement dans le cadre d’un travail destiné au public et qui s’est répandu
au sein des gens de manière à dissiper les ambiguïtés et difficultés de lecture
qui affectaient le Coran.

Voir Manahil al-Infane, 1/280-281.

Troisièmement, s’agissant de la
citation reproduite dans la question et extraite de l’ouvrage intitulé :
al-Massahif d’Ibn Dawoud. En voici la version assortie du jugement approprié.

« D’après Abbad ibn Souhayb qui le tenait d’Awf
ibn Abi Djamila, al-Hadjdjadj ibn Youssouf modifia dix lettres du Coran adopté
par Outhmane :

–                  
le verset 259 de la sourate 2 se présentait ainsi : « lam yatassanna
wandhur » sans la lettre h que Hadjdjadj ajouta ainsi : « lam
yatassannah… ».

–                  
le verset 48 de la sourate 5 se présentait ainsi : « chari’atan
wa minhadjan » et Hadjdjadj le transforma en : « chir’atan wa
minhadjan » .

–                  
le verset 22 de la sourate 10 se présentait ainsi : « houwa
al-ladhi yanshouroukoum » et Hadjdjadj le transforma en : « …youssayyiroukoum ».

–                  
le verset 45 de la sourate 12 se présentait ainsi : « ana unabbi’ukum
bi ta’wilihi » et Hadjdjadj le transforma en : « ana unbi’ukam
bi ta’wilihi ».

–                  
le verset 32 de la sourate 43 se présentait ainsi : « nahnou
qassamna baynahoum ma a’ yishahoum » et Hadjdjadj le transforma en :
« nahnou qassama baynahoum ma’ishatahoum ».

–                  
le verset 24 de la sourate 81 se présentait ainsi : « wa maa
houwa alal ghaybi bi dhanin » et il le transforma en :  « wa
maa houwa alal ghaybi bi zhanin »

Voir al-massahif
par As-Sidjistani, p. 49.

Ce récit est très faible voire apocryphe puisqu’on retrouve
parmi ses rapporteurs Abbad ibn Souhayb dont les hadith sont rejetés.

Ali ibn al-Madini dit : « son hadith ne tient
pas debout ». Al-Boukhari, An-Nassaï et d’autres ont dit : « Il
est à laisser ». Ibn Hibban dit : « Il était un militant opposé
à la prédestination ». En outre, il rapportait des choses que même le débutant
en matière de la critique du hadith pouvait reconnaître comme fausses ».
adh-Dhahabi dit : « Il fait partie des abandonnés ».

Voir Mizane al-i’tidal par adh-Dhahabi, 4/28.

 Le fond du récit est
contestable et faux, car il est impensable qu’on puisse changer une partie quelconque
du Coran de façon à ce que le changement figure dans tous les exemplaires du
Coran utilisés dans le monde. En plus, même certains non musulmans qui croient
que le Coran est incomplet, comme les chiites rafidites ont critiqué le fond
du récit et l’ont rejeté.

Al-Khouï, l’un des Rafidites, dit à ce propos :
« Cette prétention ressemble au délire des grippés et aux légendes débitées
par les fous et les enfants. En effet, al-Hadjdjadj fut l’un des préfets des
Umayyades et il était trop faible et trop peu considéré pour pouvoir manipuler
le Coran. Il était même incapable de changer quoi que ce soit des connaissances
secondaires de l’Islam… Comment aurait-il pu dans ce cas changer quelque chose
de fondamental dans la religion comme un support de la charia ? Comment
aurait-il pu avoir une telle capacité et une telle influence dans tous les royaumes
de l’Islam et au-delà où le Coran était déjà diffusé ? Comment aucun grand
historien n’a pas mentionné cet événement dans son ouvrage ? Comment aucun
critique n’en a pas parlé en dépit de son importance et la multiplicité des
raisons nécessitant sa transmission ? Pourquoi aucun musulman contemporain
ne l’a transmis ? Pourquoi ont-ils laissé passer les « modifications »
après la fin du règne d’al-Hadjdjadj et la disparition de son autorité ?

À supposer qu’il ait pu rassembler tous les exemplaires
dans leurs contrées éloignées les unes des autres, aurait-il pu modifier ce
qui était conservé dans la mémoire de ceux qui savaient le Coran par cœur et
dont seul Allah peut recenser  le nombre?

Voir Al-Bayane fi Tafsir al-qur’an, p. 219.

Les propos cités par l’auteur de
la question selon laquelle l’imam as-Sidjsitani aurait écrit un ouvrage intitulé :
maa ghayyarahou al-Hadjdjadj fii mushafi Outhmane  sont inexacts voire
manifestement faux. La vérité est que l’imam as-Sidjistani a donné au récit
ce titre : Chapitre : ce qu’al-Hadjdjadj ibn Youssouf a écrit dans
le Coran.

Cela étant, il n’est
possible en aucun cas de se fier à ce récit. Pour le démentir, il suffit de
rappeler que jusqu’ici nul n’a réussi à changer une seule lettre du Coran. Si
ce qui a été rapporté était exact, il aurait été possible de répéter la même
intervention pendant les siècles marqués par la décadence des musulmans et l’intensification
des manœuvres de leurs ennemis. Mieux, ces fausses objections comportent les
indications de leur propre caducité et révèlent que les ennemis sont devenus
incapables de démonter les arguments du Coran et de se hisser au niveau de son
éloquence, d’où leur recours à sa mise en cause. Allah le sait mieux.