Une fois j’ai voulu jeûner un jour pour rattraper le jeûne du Ramadan et j’en ai nourri l’intention au commencement de l’appel à la prière du matin..Mon jeûne est il valide?

Louanges
à Allah

Premièrement,
avoir l’intention de jeûner depuis la veille est une condition de validité de
tout jeûne obligatoire selon  le mieux
argumenté  des deux avis émis par les
ulémas; qu’il s’agisse d’un jeûne effectué à titre de rattrapage ou d’un jeûne
immédiat. Voilà l’avis de la majorité des ulémas.

Ibn Qoudama dit :«Si on s’engage dans un jeûne obligatoire
comme celui observé au cours du Ramadan et celui accompli pour le rattraper ou
encore le jeûne répondant à un vœu ou ayant une fonction expiatoire, (dans ces
différents cas)on est régis par la condition d’en avoir nourri l’intention
depuis la veille selon les avis de notre imam (Ahmad) , de l’imam Malick et de Chaffie. Quant à
Abou Hanifa, il dit: «Tout jeûne qui s’avère
obligatoire, qu’il s’agisse de celui du Ramadan ou d’un autre, peut valablement
être observé sur la base d’une intention nourrie dans la journée.» Extrait
d’al-Moughni (3/109).

L’argument
qui permet de soutenir que l’intention de jeûner doit exister depuis la veille
réside dans ce hadith du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui):«Celui
ne se décide pas à jeûner avant l’entrée de l’aube, n’aura pas jeûné
valablement.» Rapporté ar at-Tirmidhi
(730) et déclaré authentique par al-Albani dans Sahih
at-Tirmidhi). Ce dernier en dit: «Ce hadith signifie,
selon les ulémas, que le jeûne observé par celui qui ne se serait pas décidé à
le faire avant l’entrée de l’aube n’est pas valide. Que le jeûne soit accompli
pour rattraper celui du Ramadan ou pour exécuter un vœu. Si le fidèle n’en a
pas eu l’intention depuis la veille, le jeûne n’est pas valide. Quant au jeûne
surérogatoire, on peut en nourrir l’intention, même au matin. C’est l’avis de Chaffie, d’Ahmad et d’Isaac.»

Deuxièmement,
celui veut s’engager dans un jeûne obligatoire doit en nourrir l’intention
avant l’entrée de l’aube, conformément à la parole du Très-haut:« Mangez et
buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil
noir de la nuit.» (Coran,2:187). Ce qui compte c’est l’entrée de l’aube
authentique non l’appel à la prière. Si on constate l’entrée de l’aube sans
avoir nourri l’intention de jeûner, le jeûne qu’on accomplit par la suite n’est
pas valide.

Quant à
celui qui n’est pas certain de l’entrée de l’aube, on lui permet de retarder la
formulation de son intention jusqu’au dernier moment avant l’entrée de l’aube.
Il en serait de même quand on sait que le muezzin lance son appel à la prière
bien avant l’heure prévue pour l’accomplissement de celle-ci. C’est aussi le
cas si on doute que le muezzin lance son appel à temps ou avant l’heure. Voir
la réponse donnée à la question n° 66202.

Troisièmement,
la plupart des muezzins de nos jours comptent sur leurs montres et se
conforment au calendrier  et non sur le
constat visuel de l’aube. Ce qui ne donne pas une certitude à propos de l’entrée
de l’aube. Celui qui mange ou nourrit l’intention de jeûner en ce laps de temps
aura jeûné valablement. C’est surtout le cas quand on a cessé de manger avant
le commencement de l’appel à la prière, comme c’est le cas objet de la présente
question, car l’intéressée n’est pas sûre de l’entrée de l’aube.

Cheikh
Abdoul Aziz ibn Baz (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde)  fut interrogé en ces
termes: «Quel est le jugement de la loi religieuse sur le cas de celui qui,
tout en ayant entendu l’appel à la prière, continue de manger et de boire?»

Voici sa
réponse: «Le croyant doit cesser tout acte de nature à rompre le jeûne,
notamment le manger et le boire entre autres, dès qu’il constate l’entrée de
l’aube, s’il s’agit d’observer un jeûne obligatoire comme celui du Ramadan,
celui fait pour exécuter un vœu ou à titre expiatoire, conformément à la parole
d’Allah le Puissant et Majestueux:« Mangez et buvez jusqu’à ce que se
distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit Puis
accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit.»(Coran,2:187). Quand on entend l’appel à
la prière et sait qu’il s’agit de l’appel à la prière du matin, on doit se
mettre à jeûner. Si le muezzin lance son appel avant l’entrée de l’aube, on
n’est pas tenu de se mettre à jeûner (immédiatement). Aussi peut
on continuer à manger et à boire jusqu’à ce que l’aube se dégage.

S’il ne
connait pas l’état du muezzin et ne sait pas s’il a lancé son appel avant ou
après l’aube, il vaut mieux, par précaution, qu’il se mette à jeuner dès qu’il
entend l’appel à la prière. Il n’encourrait rien s’il mangeait ou boirait au
moment du déroulement de l’appel car il ne sait pas si l’aube est réellement entrée.

Il est
bien connu que celui qui se trouve dans une ville bien éclairée ne peut
constater l’entrée de l’aube de lui-même dès que cela arrive. Il doit toutefois
prendre ses précautions pour ne lancer l’appel à la prière que conformément au
calendrier qui fixe l’heure  de l’entrée
de l’aube à la minute en application de cette parole du Prophète (Bénédiction
et salut soient sur lui):« Laisse ce qui t’intrigue pour te contenter de ce qui
ne t’inspire aucun soupçon.» et sa parole :«Celui évite les choses suspectes
sauve sa religion et son honneur.» Allah est le garant de l’assistance. Extrait
des fatwas du Ramadan collectées par Ashraf Abdoul Maqsoud,p.201.

Cheikh
Ibn Outhaymine (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) fut interrogé en ces termes:« A quel moment doit on cesser de
manger?» Est-ce , comme on le dit, au moment du lancement de l’appel? Comment juger
celui qui boit sciemment après ce moment? Est-il assimilable à celui qui boit
après la seconde prière de l’après midi ou son jeûne
reste valide? Certains arguent que l’aube n’est pas comme une lampe qui éclaire
vite et que l’affaire est l’objet d’une grande latitude. Comment juger tout
cela?»

Voici sa
réponse:« Si le muezzin lance son appel quand l’aube se dégage nettement, le
Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:« Mangez et buvez jusqu’à
ce qu’Ibn Oumi Maktoum
lance son appel à la prière car, lui, il ne le fait qu’à l’entrée de l’aube.»
Si le muezzin dit: «Moi, j’ai constaté l’entrée de l’aube et je ne lance mon
appel à la prière qu’en ce moment, l’on doit se mettre à jeûner dès qu’on
entend son appel à la prière, en dehors du cas objet d’une dispense, à savoir
celui/celle dont la main est dans le bol car il/elle peut se rassasier.

Si
l’appel à la prière se fait selon les heures fournies par les calendriers, ces
heures ne reflètent pas celles fondées sur le constat visuel. Ce n’est fondé
que sur le calcul. Le calendrier  que
nous possédons, comme Oumou Qoura
et d’autres, reposent sur le calcul car ces auteurs ne constatent pas  visuellement l’entrée de l’aube ni ne voient
le soleil ni ne constatent l’inclinaison ni l’entrée de la seconde prière de l’après midi ni le coucher du soleil.» Extrait de liqaa ach-chahri
(1/214). Voir à toutes fins utiles la réponse donnée à la question n°
124608.

Cela
étant, votre jeûne est valide, s’il plaît à Allah Très-haut, car nous ne sommes
pas sûrs que le muezzin lance son appel à la prière dès l’entrée à l’aube.

Allah le
sait mieux.