Je travaille pour des avions spéciaux stationnés à la base aérienne. Nous transportons des gens d’une zone à une autre. A bord de l’un de nos vols à destination de Djeddah se trouvaient des hommes qui se rendaient à La Mecque. Ils nous ont dit : lorsque nous survolerons l’endroit destiné à l’entrée en état de sacralisation, dites-le nous. Nous avons oublié de le leur dire. Mais peu avant notre arrivée à Djeddah, je me suis souvenu de leur demande et en ai parlé au capitane qui m’a répondu : dis-leur que nous survolons en ce moment l’endroit fixé à l’entrée en état de sacralisation ! Encourent-ils quelque chose ? Dans le cas affirmatif, que doivent-ils faire ? A qui la faute ? Merci.

Louanges à Allah

Certes, le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a fixé les lieux où l’on
doit se met en état de sacralisation dans le hadith d’Ibn Abbas (P.A.a)  conçu en ces
termes  :«Le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a fixé Dhoul Houlayfah
pour les habitants de Médine, Djouhfah
pour ceux de la Syrie, Qarn al-Manaazil pour ceux du Nadj et Yalamlam pour les Yéménites en disant que ces
lieux sont attribués aux habitants et aux pèlerins
non issus des dites régions qui les traversent pour aller faire le petit ou le grand pèlerinage. Celui qui habite en deçà des endroits
ci-dessus désignés entre en état de sacralisation
là où il habite. C’est notamment le cas des habitants de La Mecque. » (Rapporté par al-Bokhari, 1524 et par Mouslim, 1181).

Tous les jurisconsultes sont
unanimes à retenir ces lieux et
à admettre qu’ils sont destinés aux habitants des
zones concernées et à ceux
qui les traversent. Voir
al-Ishraf d’Ibn al-Moundhir (3/177) ; Maratib al-idjmaa, p.42 et al-istidhkaar (11/76) ; al-Moughni
(5/56).

Cela étant, il n’est pas permis à celui qui veut faire un petit ou un grand pèlerinage de dépasser  l’endroit
qui lui est fixé sans se mettre   en état de sacralisation. Peu importe qu’il
emprunte les voies terrestre, maritime ou aérienne. En effet,
Ibn Omar (P.A.a) a dit : «Quand
ces deux localités furent conquises, ses habitants se rendirent auprès d’Omar et lui dirent
:

-«commandeur
des croyants ! Le Messager d’Allah
(Bénédiction et salut soient sur lui) a fixé Qarn
pour les habitants du Nadj. Or cet endroit s’écarte de notre chemin et il nous est pénible de nous y rendre. »

-«Trouvez
un endroit de votre chemin qui lui fait face. Puis il précisa Dhat Irq.
» Cité par al-Bokhari sous
le numéro 1531.

Omar décida
ainsi que celui qui ne
traverse pas l’un des endroits
fixés peut entrer en état
de sacralisation quand il fait face à l’un
des endroits. Qu’il soit sur terre ou dans les airs.

Celui qui survole l’un
de ces endroits doit se mettre en état de sacralisation.
Mieux, il
doit le faire avant d’y arriver compte tenu de la vitesse de l’avion. Voir la réponse donnée à la question n°
4635

Quant à ceux
pour lesquels vous avez posé la question, ils devaient
se mettre en état de sacralisation et proclamer leur intention d’effectuer le petit ou le grand pèlerinage. S’ils portaient encore leurs habits de pèlerins, ils
devaient proclamer le pèlerinage qu’ils voulaient accomplir dès que vous leur
avez apporté la nouvelle
sans aucune autre formalité. C’est tout ce qu’ils
devaient faire s’ils n’avaient pas dépassé le lieu d’entrée en état
de sacralisation délibérément.
Ce qui est le cas car ils ne savaient même pas qu’ils avaient déjà dépassé ledit lieu. Ils croyaient
qu’ils s’y trouvaient à la réception de votre information.

Quant à vous,
votre devoir était de les avertir suffisamment à temps avant l’arrivée
au lieu en question afin de
leur permettre de se préparer car cela relève de votre mission et de vos responsabilités. Mais puisque vous
aviez oublié, vous n’avez commis
aucun péché. A ce propos, le Très-haut dit : «
Allah n’impose rien à l’âme qui soit au-dessus de ses moyens.
Tout bien qu’elle aura
accompli jouera en sa faveur,
et tout mal qu’elle aura commis
jouera contre elle. «Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos
omissions et de nos erreurs ! Seigneur
! Épargne-nous les terribles
épreuves que Tu as fait subir à nos prédécesseurs ! Seigneur ! Ne nous impose pas d’obligations
qui soient au-dessus de nos forces ! Accorde-nous
Ton pardon, fais-nous remise de nos
péchés et reçois-nous dans le sein de Ta miséricorde ! Tu es
notre Maître ! Accorde-nous la victoire sur les peuples infidèles !» (Coran, 2 :286). Selon un hadith qoudsi, Allah Très-haut a dit : « Je l’ai fait.
» (Rapporté par Mouslim
(126).

D’après Abou Dharr al-Ghifari, le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « certes, Allah a pardonné à ma
communauté ses erreurs, ses oublis
et actes commis sous la contrainte. » (Rapporté par Ibn Madjah (2043) et jugé authentique par al-Albani.

Le grand problème
pour vous est
que vous auriez dû leur dire la réalité, à savoir qu’ils avaient dépassé les lieux fixés pour l’entrée en état
de sacralisation. Bien informés,
ils auraient
dû différer leur entrée en état de sacralisation et attendre l’atterrissage de l’avion pour retourner au lieu en question pour s’y mettre en état
de sacralisation. Si, malgré
tout, ils se sont mis en
état de sacralisation tout en sachant qu’ils
avaient dépassé le lieu prévu à cet effet,
ils devaient procéder à un sacrifice expiatoire.

Le capitaine
et vous-même avez commis un péché en trichant
au lieu de dire la vérité aux pèlerins.
Maintenant qu’il n’est plus possible de rattraper
tout cela, tous ceux qui ont participé
à cette tricherie doivent se repentir devant Allah Très-haut pour avoir commis une
dissimulation dans une
affaire qui affecte le culte
et les limites tracées par Allah.

En plus de votre repentir,
vous devez procéder au recensement du nombre des pèlerins concernés et faire un sacrifice
animal au nom de chacun d’entre
eux puisque c’est bien vous
qui êtes la cause de leur dépassement du lieu d’entrée en état de sacralisation
sans se mettre en cet état. C’est
bien vous encore qui les avez empêchés d’y
retourner pour rattraper ce qu’ils
avaient raté.

Son éminence
cheikh Ibn Outhaymine (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a été interrogé   à propos d’un groupe
de pèlerins ayant emprunté le transport terrestre. Leur chauffeur, par inattention, dépassa
le lieu prévu pour leur
entrée en état de sacralisation pour 100 km. Quand ils lui ont
demandé de retourner au
lieu en question, il a refusé et les a conduits à Djeddah.
Que doivent –ils faire ?

Voici sa réponse :«Le chauffeur avait l’obligation de s’arrêter au lieu
prévu pour l’entrée des pèlerins en état
de sacralisation. S’il a oublié et ne s’est
souvenu que 100 km plus loin, il
devait retourner à lieu en question car il savait que ses clients voulaient faire le petit ou le
grand pèlerinage. Puisqu’il
ne l’a pas fait et que les pèlerins
sont entrés en état de sacralisation
là où ils
se trouvaient, donc à 100
km de l’endroit juste, chacun des pèlerins concernés doit égorger un sacrifice animal à La Mecque
et en distribuer la viande aux pauvres car ils ont omis
un devoir du pèlerinage, petit ou
grand.

Dans le cas qui se présente,
si les pèlerins portaient l’affaire devant un tribunal, il déciderait d’infliger au fautif une amende
égale à la dépense faite par les pèlerins pour acheter les animaux à sacrifier puisque c’est lui qui les a induit en erreur.
C’est une décision qui revient à un tribunal. Si le juge le pense pertinent, il peut dire au chauffeur : tu dois rembourser
les frais des sacrifices égorgés
par ceux-là puisque tu les as agressés. Au départ, tu avais
oublié par négligence ensuite tu as commis
une agression en leur privant
de leur droit de retourner
au lieu fixé pour leur
entrée en état de sacralisation. » Madjmou fatwa du
cheikh (21/368).

Allah le sait
mieux.