Comment l’islam juge-t-il la question de l’imitation des mécréants dans leurs us et comportements? Quels sont les critères établis par la Charia à cet effet? Toute imitation de l’un des actes des mécréants doit elle être interdite même si on sait que bon nombre des actes des mécréants ne relèvent pas de ce que la loi interdit ou décrie et que ceux qui s’y livrent n’entendent pas imiter les mécréants mais ils les font parce qu’ils les jugent bons et qu’Ibn Massoud (P.A.a) a dit:« Ce que les musulmans estiment bon l’est auprès d’Allah»?
Edifiez-nous -puisse Allah vous honorer. J’insiste sur la nécessité de daigner nous donner une réponse détaillée et mentionner les critères qui régissent la question.
Louanges à Allah
Premièrement, les musulmans n’ont besoin
d’imiter aucune nation en matière de religion et de
pratiques cultuelles parce qu’Allah Très-haut leur a parfait Sa religion et
comblé de Ses bienfaits et agrée l’islam comme religion pour eux. A ce propos,
Allah Très-haut a dit:« Aujourd’hui, J’ai amené votre
religion à son point de perfection ; Je vous ai accordé Ma grâce tout entière
et J’ai agréé l’islam pour vous comme religion !» (Coran,5:3).
La
loi religieuse a interdit aux musulmans d’imiter les mécréants, notamment les
Juifs et les Chrétiens. Mais cette interdiction n’englobe pas toutes leurs
affaires. Car elle se limite à leurs affaires religieuses, notamment leurs
rites qui caractérisent leurs religions respectives. D’après Abou Said al-Khoudri (P.A.a), le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a
dit:
-« Vous suivrez
les pratiques de vos prédécesseurs empan par empan et coude par coude à tel
point que, s’ils avaient pénétré dans un trou de lézard, vous les y suivrez.
-S’agit-il des
Juifs et des Chrétiens, ô Messager d’Allah?
-Qui d’autres?»
(Rapporté par al-Bokhari, ( 1397 )
et par Mouslim
4822 ) )
Le hadith
interdit l’imitation des Juifs et des Chrétiens et dénigre ceux qui s’engagent
dans leur chemin. La loi a insisté sur cette interdiction en assimilant aux
mécréants celui qui les imite. D’après Abdoullah ibn Omar (P.A.a)
le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:«
Quiconque s’assimile à un peuple en fait partie.» (Rapporté par Abou Dawoud,3512) et jugé authentique par Cheikh al-Albani dans Irwaa al-Ghalil,
2691.
Cheikh al-islam,
Ibn Taymiyah (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) a dit: «Le moins qu’on puisse tirer de ce
hadith est qu’il implique l’interdiction de s’assimiler à eux, même si,
apparemment, il indique la mécréance de celui qui s’assimile à eux.» Iqtidhaa as-siraat al-moustaqiim (237).
Celui qui imite
les mécréants éprouve un complexe d’infériorité, un sentiment de défaite et de
déchéance, et croit qu’il ne pourrait comble ses lacunes qu’en imitant ceux
qu’ils jugent importants. Si ces gens réalisaient l’importance des lois
islamiques, et la corruption qui gangrènent la civilisation qui les éblouit,
ils sauraient qu’ils ont tort pour avoir délaissé ce qui renferme la vérité et
la perfection au profit de ce qui est inférieur parce que corrompu.
Deuxièmement,
les manières de les imiter qui nous sont interdites sont nombreuses. A ce
propos, Cheikh Salih al-Fawzan
dit: «Les affaires religieuses figurent parmi les
choses dans lesquelles on imite les mécréants. C’est le cas de leur imitation
dans des pratiques qui impliquent le polythéisme (chrik)
comme la construction (de mausolées) sur les tombes et les excès qui en
résultent. Pourtant, le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:«Qu’Allah maudisse les Juifs
et les Chrétiens qui ont construit des lieux de culte sur les tombes de leurs
prophètes.» (Rapporté par al-Bokhari,425 et par
Mouslim,531). Il (le prophète) nous
informa qu’ils (les juifs et chrétiens en question) avaient l’habitude, chaque
fois qu’un homme pieux mourait chez eux, de construire un lieu de culte sur sa
tombe et de le décorer avec des images, et qu’ils étaient (de ce fait) les
pires des créatures. (Rapporté par al-Bokhari,417 et
par Mouslim,528).
Il se passe ces
jours-ci autour des tombes des pratiques qui relèvent du chirk
majeur et constituent des excès connus de tous, élites comme gens du commun. La
cause en est l’imitation des Juifs et Chrétiens. Cette imitation prend la forme
de la célébration de
fêtes polythéistes ou innovées comme la commémoration de la naissance du
Messager (Bénédiction et salut soient sur lui) et les anniversaires des
présidents et rois. Ces fêtes innovées ou polythéistes sont appelées Journées
de … ou Semaines de … comme le Jour national du pays, la Journée de la
mère, la semaine de la propreté entre autres fêtes, Journées ou Semaines
empruntées par les musulmans aux mécréants.
L’islam ne
possède que les deux fêtes que sont celle de fin de Ramadan et celle du
Sacrifice. Toute autre fête est une innovation résultant d’une imitation des
mécréants. Extrait du sermon« exhortation à se démarquer des mécréants». On a
déjà indiqué dans la réponse donnée à la question
n°47060 qu’il est
interdit d’imiter les mécréants dans leur mode vestimentaire à eux et dans
toutes leurs habitudes spécifiques comme le rasage de la barbe. L’interdiction
de les imiter ne concerne pas ce qu’ils fabriquent et inventent en matières d’objets utiles. Il n’y a aucun inconvénient à ce
que les musulmans les partagent avec eux. Bien au contraire, les musulmans
devraient être les premiers à les inventer.
Cheikh Ibn Outhaymine a dit: «Imiter les
mécréants ne concerne pas l’usage des produits qu’ils fabriquent. Personne ne
dit le contraire. A l’époque du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui)
comme après lui, les gens ont toujours employé des vêtements et ustensiles
fabriqués par des mécréants . Imiter les mécréants c’est s’assimiler à eux dans leur manière de s’habiller, dans
leurs habitudes spécifiques. Ce qui ne signifie pas que nous n’utilisons pas
les mêmes moyens de locomotion et les mêmes vêtements qu’ils utilisent. S’ils
adoptent une manière particulière de les employer ,
nous ne les suivons pas. S’ils optent pour une mode déterminée, nous ne la
partageons pas. Pourtant, nous pouvons utiliser des véhicules de la même marque et des
tissus de la même espèce.» Extrait de Madjmou
fatawa de Cheikh Ibn Outhaymine
(12/ question 177).
Il dit encore:« La norme en matière d’imitation réside dans le fait
pour l’imitateur de recopier ce qui caractérise l’imité. Dès lors, imiter les
mécréants consiste à ce que le musulman adopte ce qui relève de leurs
caractéristiques comportementales. Quant aux pratiques répandues au sein des musulmans
et qui ne sont plus l’apanage des mécréants, leur adoption n’est pas une
imitation et n’est donc
pas interdite en tant que telle. Cependant elle peut être
interdite compte tenu d’autres considérations. Ce que nous venons de dire
reflète le sens du vocable (imitation).» Extrait de Madjmou
fatawas Cheikh Ibn Outhaymine
(12/ Question 198).
Dans la réponse
donnée à la question n°21694, on trouve
les détails du jugement de l’imitation des mécréants et ses critères. Ces mêmes détails
sont mentionnés encore dans la réponse donnée à la question
n° 43160
Quatrièmement,
les civilisations non musulmanes comportent des choses utiles et des choses
inutiles. Nous ne délaissons pas les premières pour nous accrocher aux
secondes. Cheikh ach-Chinquiti (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a résumé cette démarche en ces termes:« L’attitude envers
la civilisation occidentales s’inscrit dans l’une de ces quatre options:
La première
consiste dans un rejet total.
La deuxième
consiste dans une adoption sans réserve.
La troisième
consiste à en assimiler les aspects nocifs sans les aspects utiles.
La quatrième
consiste à un assimiler les aspects utiles tout en excluant les aspects nocifs.
Les trois
premières options sont indubitablement erronées et la quatrième juste.» Extrait
d’Adhwaa al-Byaan
(4/382).
Cinquièmement,
les propos d’Abdoullah ibn Massoud (P.A.a): «Ce que les musulmans estiment bon l’est auprès
d’Allah» ne renvoient pas à une approbation rationnelle contraire à la Charia
car l’imam Chafii (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) a dit: «Celui qui se fie à ce qu’il approuve légifère.» L’approbation
qui se dégage des propos d’Ibn Massoud ne s’assimile pas à un avis individuel
non partagé par la majorité des gens. Bien au contraire, il faut donner à ces
propos deux acceptions aussi justes l’une que l’autre:
1. On entend par là la prise en compte
des us et coutumes non contraires à la Charia. En d’autres termes, on accepte
le consensus comme une référence. Quand les musulmans approuvent unanimement
une chose, cela constitue un consensus pouvant servir d’argument. Son objet est
bon selon le jugement d’Allah Très-haut comme l’indiquent les propos: «Ce que les musulmans estiment bon …» Voir al-Mabsout d’as-Sarkhassi
(12/138); al-Fourossiyyah d’Ibn al-Qayyim,p. 298.
Ceci suppose que les propos d’Ibn
Massoud renvoient à l’approbation de l’ensemble des musulmans. Car il semble
qu’il entendait parler exclusivement des compagnons du Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui). Voici le texte intégral de son discours:«
Certes, Allah a regardé les cœurs des serviteurs et trouvé que celui de
Muhammad (Bénédiction et salut soient sur lui) en était le meilleur. Aussi l’a-t-Il choisi et investit de Sa mission. Ensuite, Il a
regardé les cœurs de Ses fidèles serviteurs autres que Muhammad et trouvé ceux
de ses compagnons les meilleurs. Aussi a-t-Il fait d’eux
ses auxiliaires. Ils se sont battus pour défendre sa religion. Ce que les
musulmans estiment bon l’est auprès d’Allah et ce qu’ils jugent mauvais l’est
auprès d’Allah.» (Rapporté par Ahmad,3418) et jugé bon
par Cheikh al-Albani dans Takhriidj
at-Tahawiayh,530.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas juste
de tirer des propos d’Ibn Massoud un argument pour justifier l’approbation de
ce que la Charia interdit comme l’imitation des polythéistes.
Allah le sait mieux.
