Question : Quand un patient se trouve dans une phase avancée d’une maladie incurable et que les soins n’offrent plus qu’un faible lueur d’espoir, doit-il accepter la poursuite des soins en dépit du fait que le traitement comporte des effets secondaires que le patient ne désire pas voir s’ajouter à sa souffrance ? En général, est-ce que la réception des soins est facultative ou obligatoire ?

Réponse

Louange à Allah

Le recours aux soins est dans l’ensemble
prévu par l’Islam compte tenu du hadith d’Abou Darda (P.A.a) dans lequel il
dit : «  Le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) a
dit : « Allah a certes fait descendre la maladie et le remède et a destiné
un remède à chaque maladie. Aussi soignez-vous mais n’utilisez à cet effet
rien qui soit interdit. » (rapporté par Abou Dawoud, 3376). Le hadith
d’Ussam Ibn Shrik (P.A.a) abonde dans le même sens quand il dit : « les
bédouins dirent : ô Messager d’Allah, devons-nous nous soigner ? »

– « Soignez-vous car Allah 
a destiné un remède à toute maladie sauf une »

– « Laquelle, ô Messager d’Allah ? »

–        
« La vieillesse »

(rapporté par at-Tarmidhi, 4/383, n° 1961 et jugé par lui « beau
et authentique » et cité dans Sahih al-Djami’, 2930).

La majorité des ulémas (hanafites et
malékites compris) soutiennent que la recherche de soins est licite. Quant
à Shafii, al-Qadi, Ibn Aquil et Ibn al-Djawzi (des hanbalites),ils jugent
cette recherche désirable, compte tenu des propos du Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui ) « Soignez-vous car Allah  a destiné un
remède à toute maladie sauf une…. » et d’autres hadith relatifs à ce
sujet qui impliquent l’ordre de se soigner. Pour Shafii, le caractère désirable
des soins n’est posé que quand leur efficacité est discutable. Ils deviennent
obligatoires quand ils s’avèrent résolument opportuns comme le bandage d’une
blessure. A nos jours,on peut citer à cet égard l’exemple de
la transfusion sanguine dans certains cas.

Voir Hashiyatou Ibn Abidine, 5/215, 249 et al-Hidayatou Takmilatou
fath al-Qadir
, 8/134 et al-Fawakih ad-Dawani, 2/440 et Rawdatou
Talibine
, 2/97 et Kashshaf al-Qina, 2/76 et al-Insaf, 2/463
et al-Adab ash-Shariyya, 2/359 et suivantes et Hashiyatou al-Djoumal,
2/134.

Ibn al-Qayyim dit : « Des hadith authentiques comportent l’ordre
de se soigner et indiquent que le recours aux soins ne contredit pas la confiance
en Allah, pas plus que l’effort déployé pour repousser la faim, la soif, la
chaleur ou le froid. Bien plus, la plénitude du Tawhid (foi en l’unicité
absolue d’Allah) ne saurait être atteinte sans l’usage des causes dont Allah
fait dépendre leurs conséquences par Son décret et Sa loi. La non utilisation
des moyens remet infirme la confiance de l’intéressé en Allah comme elle constitue
une remise en cause de l’ordre et la sagesse divins. L’abandon des moyens
affaiblit la confiance de l’intéressé en Allah, en ceci qu’il en vient à considérer
son attitude comme une plus forte expression de la confiance en Allah. Or
cet abandon est tout à fait le contraire de la confiance en Allah qui, en
vérité, consiste en une dépendance du cœur envers Allah pour obtenir ce qui
profite à Son serviteur dans sa religion et dans sa vie profane et pour écarter
ce qui lui porte préjudice. Cette dépendance doit être doublée de l’usage
des moyens sous peine de ne plus tenir compte de la sagesse et de l’ordre
divins. Il ne faut pas confondre incapacité et confiance en Allah. »
Voir Zad al-ma’ad, 4/15 et l’Encyclopédie de Jurisprudence, 11/116.

La réponse à la question susmentionnée
se résume ne ceci : selon les ulémas, la recherche de soins n’est obligatoire
que quand leur efficacité est garantie – c’est l’avis de certains d’entre
eux. Cette recherche peut toutefois être abandonnée dans le cas qui nous concerne
parce que l’efficacité des soins n’est pas certaine et que le traitement nuit
psychologiquement au malade.

Le patient ne doit pas perdre de vue la nécessité de se confier à Allah
et de se réfugier auprès de lui car les portes du ciel restent ouvertes pour
la pratique de la prière. Il doit se soigner lui-même par la lecture du Saint
Coran en récitant la sourate al-Fatiha, la sourate al-Falaq
(113) et la sourate an-nas (114). Cette pratique procure des avantages
psychologiques et physiologiques. De surcroît, elle vaut à son auteur la récompense.
Allah est celui qui guérit et rien en dehors de Lui ne peut le faire.