Est-il juste que le Prophète Muhammad (Bénédiction et salut soient sur lui) avait quatre-vingt -dix -neuf noms comme Ahmad, As-Siddiq, al-Amine…. S’il n’en est pas ainsi qui est-ce qui l’a dit et comment cette idée s’est -elle répandue? J’espère que vous me apporterez des arguments tirés du Coran et de la Sunna. Puisse Allah vous récompenser par le bien.

Louanges à Allah

Premièrement, le Coran et la Sunna comportent des noms
clairs donnés au Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui). On l’appelle
dans le saint Coran Muhammad et Ahmad. Des hadiths authentiques attestent qu’il
a de nombreux noms. C’est dans ce sens qu’il dit: «Je possède des noms car je
m’appelle Muhammad, Ahmad, al-Mahi (celui grâce à qui
Allah fera disparaître la mécréance), al-Hacher
(Celui vers lequel on rassemblera les gens) , al-Aquib (Celui après lequel il n’ y aura rien) (Rapporté
par al-Bokhari,4896) et par Mouslim,2354).

D’après Abou Moussa al-Achari: «Le
Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) nous citait ses noms en
disant: Je m’appelle Muhammad, Ahmad, al-Mouqaffa, al-Hacher, Prophète du repentir, et prophète de la
miséricorde.» (Rapporté par Mouslim,2355).

Certains hadiths abordent apparemment la précision du
nombre des noms. C’est dans ce sens qu’al-Bokhari
(3532) rapporte d’après Muhammad ibn Djoubayr ibn Mout’im d’après son père que le Messager d’Allah
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:« Je possède cinq noms: je
m’appelle Muhammad, Ahmad, Mahi (celui grâce à qui
Allah fera disparaître la mécréance ) , al-Hacher (Celui vers lequel on rassemblera les gens)  ) et al-Aquib.»

Al-Hafez ibn Hadjar
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «Il me semble qu’il voulait
dire qu’il avait cinq noms qui lui étaient exclusivement réservés car personne
ne les avait portés avant lui ou alors des noms très vénérés ou bien connus
chez les nations du passé. Aussi n’entendait-il pas limiter les noms au nombre
indiqué. On dit encore qu’on s’est borné à citer les cinq noms mentionnés dans
le hadith parce qu’ils sont plus connus que les autres noms répandus parmi les
nations antérieures et cités dans les livres anciens.» Extrait succinct.

Deuxièmement, les ulémas ont rédigé de nombreux ouvrages
spécialisés dans lesquels ils ont recensé les noms du Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui). Ces ouvrages dépassent le nombre de quatorze. Leurs auteurs
y ont consacré des chapitres aux qualités et noms du Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui). C’est ce qu’a fait al-Qadi Iyad dans ach-chifaa
fit -taariif bi houqouq al-moustapha
(1/228), chapitre sur les noms du Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) et les vertus qu’ils impliquent.»

Al-Hafedz ibn Assakir
consacre au sujet un chapitre de Tarikhou Dimasq. L’érudit Baker Abou Zayd
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «On a écrit de nombreux
ouvrages sur les noms du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui). Kashef adz-dzounoun
et ses commentaires citent quatorze livres. L’ouvrage intitulé Mou’djam al-mawdho’aat al-matroqa fii at-ta’lif al-islami par
cheikh Abdoullah ibn Muhammad al-Habachi
al-Yamani (p.435-436) qui ont pour auteurs, entre
autres : Ibn Dhahiya, al-Qourtoubi,
ar-Rassai, as-Sakhawi, as-Souyouti, et Ibn Faris. Pour
les trouver, Il faut faire une recherche exhaustive dans les biographies et
ouvrages abordant les nobles qualités prophétiques spécifiques et dans les
commentaires des hadiths à l’instar de Aaridhatoul
Ahwadhi
(10/281). Parmi les ouvrages imprimés
figure ar-Riyadh al-aniqa
fii charh asmaa khyril khaliqa

par as-Souyouti» Voir Mou’djam
al-manahi al-lafdziyya

(p.361).

Troisièmement, une divergence oppose les ulémas au sujet
de l’exactitude ou l’inexactitude de l’attribution de nombreux noms au Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui). Cette divergence a eu pour conséquence
le nombre des noms retenus par chaque groupe. L’une des causes de la divergence
est que certains ulémas pensent que toute qualité donnée au Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) dans le saint Coran constitue l’un de ses
noms. Dès lors , ils prennent pour noms, par exemple, ach-chahid (le témoin), al-moubachir
(celui qui apporte la bonne nouvelle) , an-nadhiir
(celui qui vient avertir), ad-daai (celui qui
vient appeler), as-siradj al-mounir (la lampe éclairante), compte tenu de la
parole du Très-haut:« Ô Prophète!
Nous t’avons envoyé (pour être) témoin, annonciateur, avertisseur, appelant
(les gens) à Allah, par Sa permission; et comme une lampe éclairante.» (Coran,33:45-46).

D’autres ulémas disent que
ce qui est employé dans le verset n’est que des qualités et non des noms de
personne. A ce propos, l’imam an-Nawawi
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «les mots cités représentent
des qualités. Les traiter comme des noms relève de la métaphore.» Extrait de tahdhib al-asmaa wal loughaat (1/49). As-Souyoti (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit:«
La plupart des mots désignent des qualités.» Voir Tanwiir
al-halik
(1/727). Baker Abou Zayd
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «Certains les traient comme les
quatre-vingt-dix plus beaux noms d’Allah et y insèrent près de soixante-dix
noms d’Allah Très-haut. Al-Djazouli en recense dans
son Dalailal-khayraat près de deux cents noms.
Ibn Dahiya les porte dans son livre intitulé al-Moustafaa fii asmaa al-Moustapha à près de
trois cents noms. Certains soufi exagèrent au point de les porter à mille en
disant : Allah possède mille noms et Son Messager (Bénédiction et salut soient
sur lui) en possède autant.» Voir Mou’djam al-manaahi al-lafdziyya
(p.361).

On en conclut que les chiffres donnés souffrent d’une
grande exagération. Ce qui est juste est que les noms du Prophète (Bénédiction
et salut soient sur lui) sont bien moins nombreux. Il n’est pas permis de
considérer toute qualité que le livre et la Sunna lui reconnaissent comme un
nom propre. Il s’y ajoute que ses noms sont fixés d’autorité et qu’il n’est pas
permis d’y ajouter rien que le Coran et la Sunna vérifiée ne déclarent pas comme
tel.

L’érudit Baker Abou Zayd
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit:« Ce qui s’atteste dans les
textes est, soit un nom, ce qui est rare, soit une qualité, ce qui est plus
fréquent. Tout ce qui sort de ce cadre n’a pas de fondement et
, partant, ne doit pas être appliqué au Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui) afin d’éviter de tomber dans l’excès et l’exagération.
L’interdiction de cette tendance s’accentue quand les noms et qualités non
fondés véhiculent des éloges hyperboliques. C’est cette dernière catégorie qui
nous intéresse dans ce « dictionnaire » car nous y entendons lancer une
mise en garde contre l’usage des noms, très nombreux, qui ne
sont reçus ni d’Allah ni de Son Messager. On croit que ces noms
proviennent  des livres et litanies
soufies inventées comme Dalail al-khayraat d’al-Djazouli.
Parmi les pseudo noms figurent Ouhayd, wahiid, minh, madou,
gjwth ,
ghiyath, mouquilal-atharat,
safouh an az-zalaat, khzinou ilmil Allah, bahrou anwaarika, ma’dinou asrarika, mou’ti ar-rahma, nouroul anwaar, as-sababou fii koulli mawdjoud, haahou rahmati, miimoulmoulk, daalou dawami, qoutboul djallalati as-sirr al-djami’, al-hdjaab al-a’dzam, ayatou Allah
. On
imprimait 99 de ces noms sur la dernière page de couverture du Coran comme on
les imprimait encore sur la première page de couverture de l’édition indienne.

Notre maître, cheikh Abdoul Aziz (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a eu le mérite d’attirer l’attention sur la nécessité
d’en débarrasser le Coran. Ce qui a été fait. Puisse Allah lui réserver une
bonne récompense. Les mêmes pseudo noms sont inscrits sur le côté intérieur du
mur de la noble mosquée prophétique situé dans la direction de la Quibla. Puisse Allah assister celui qu’Il voudra à les
enlever de manière à débarrasser la mosquée du Prophète (Bénédiction et salut
soient sur lui) de ce qui n’a pas été reçu de lui. Allah est le garant de
l’assistance.

Après ce qui précède , j’ai
découvert des propos très précieux dans lesquels des pensées viennent en
enrichir d’autres. Allah en soit loué.

L’érudit linguiste ibn at-Tayybi
al-Fassi dit dans son commentaire de kifayati al-moutahaffidz
d’Ibn al-Adjdaabi (p.51):« Ensuite, il (l’auteur de kifaya) l’a (le prophète) décrit comme il a été
décrit dans l’incommensurable Coran, à savoir qu’il est le sceau des prophètes,
pour se conformer aux exigences des bonnes règles de conduite. En effet, le
décrire comme Allah l’a fait implique, en plus du fait de se conformer  à la seule approche agrée par le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui), l’aveu de incapacité de trouver une
nouvelle qualité qui permette de  louer
le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) parfaitement. C’est la raison
pour laquelle les grands se limitaient, quand ils parlaient de lui, d’employer
les termes adoptés par la charia fondée sur le livre et la Sunna sans inventer
leurs propres expressions.» Extrait succinct de Mou’djam
al-manaahi al-lafzhiyya
(p.362-363).

Allah le sait mieux.