Comment juger le père qui néglige sa famille, n’assure pas sa dépense, touche une allocation chômage et épargne ses biens. Quant à la somme perçue par ma mère pour la garde des enfants, on l’utilise pour assurer le nécessaire en matière alimentaire. Est-ce que la colère que nourrit mon père à mon égard à cause de ces biens et qui le pousse à ne plus me parler entraîne un péché de ma part ? Commettrais-je un péché en m’adressant à ma mère sans parler à mon père ? Celui qui se livre à la prédication avec la Djam’atou Tabligh, mais n’assume plus aucune responsabilité au niveau de la famille. Est-ce que les Compagnons se comportaient de la sorte : sortaient-ils pour la prédication en abandonnant leurs enfants ?
Louange à Allah
Nul doute que ce problème et ceux qui lui ressemblent sont dus à l’ignorance
des lois de la religion, au manque de connaissance de ses devoirs à l’égard
de ceux que l’on doit prendre en charge et des droits et obligations qu’Allah
a prescrits au fidèle à l’égard de sa famille.
L’un des droits les plus importants
que l’on doit acquitter au profit de l’épouse et de ses enfants consiste à supporter
leur dépense d’entretien. Mieux, l’un des plus importants actes de rapprochement
et d’obéissance (à Allah) que le fidèle puisse faire consiste à assurer cette
dépense qui couvre la fourniture de la nourriture, de la boisson, de vêtements
et du logement, ainsi que tout ce dont l’épouse et les enfants ont besoin pour
leur subsistance.
Allah (nous) a informés que ce sont les hommes qui assurent les dépenses d’entretien
des femmes et que c’est pour cela que la direction du foyer leur revient ; ils
ont le dessus sur elles pour cela et pour la dot qu’ils versent. ce propos, le Très Haut et béni a dit : « Les hommes ont autorité sur
les femmes, en raison des faveurs qu’ Allah accorde
à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ ils font de leurs biens.» (Coran, 4 :34 ).
L’obligation portant sur l’entretien alimentaire s’atteste aussi bien dans le
Coran que dans la Sunna authentique et le consensus des ulémas; aussi bien dans
le du révélé que dans le rationnel.
S’agissant des arguments tirés du
livre, il en est la parole du Très Haut : «Que celui qui est aisé dépense de
sa fortune; et que celui dont les biens sont restreints dépense selon ce qu’
Allah lui a accordé. Allah n’ impose à personne que
selon ce qu’ Il lui a donné, et Allah fera succéder
l’ aisance à la gêne. » (Coran, 65 :7 ) et la parole
du Très Haut : «Allah n’impose à personne ce qui est au-dessus de ses moyens »
(Coran, 2 :286)
Quant aux arguments tirés de la Sunna, de nombreux hadith indiquent que le mari doit assurer la dépense pour
sa femme, ses enfants et ceux qu’il a pris en charge. Selon un hadith sûr rapporté de Djabir ibn Abd Allah (P.A.a), le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui)
a dit dans le discours de son pèlerinage d’adieu : « Craignez Allah dans
(vos rapports avec) les femmes ; elles sont prisonnières chez vous. Vous les
avez prises avec la garantie d’Allah et vous vous permettez d’avoir des rapports
intimes avec elles grâce au mot d’Allah ; vous avez à leur assurer subsistance
et habillement conformément au bon usage. » (rapporté par Mouslim, 8/183).
D’après Amr ibn al-Ahwas
(P.A.a) il a entendu le Messager d’Allah (bénédiction
et salut soient sur lui) dire dans son pèlerinage d’adieu : « Il est vrai
que vous avez des droits sur vos femmes qui ont des droits sur vous ; vos droits
sur vos femmes sont qu’elles ne doivent pas permettre à quelqu’un que vous détestez
s’asseoir sur votre lit, et ne doivent même pas lui permettre d’entrer chez
vous. Quant à leurs droits, ils consistent au bon traitement, à l’habillement
et à l’entretien alimentaire. » (rapporté par at-Tarmidhi,
1163 et Ibn Madja, 1851).
Selon un hadith, Muawiyya ibn Hayda
(P.A.a) a dit : « J’ai dit : « ô Messager
d’Allah ! Que doit l’un de nous à sa femme ?
– Il doit la nourrir de sa propre nourriture, l’habiller comme il le fait pour
lui-même, ne pas déformer le visage et ne pas la frapper. » (rapporté par
Abou Dawoud, 2/244) et Ibn Madja, 1850 et Ahmad, 4/446).
L’imam al-Baghawi a dit : al-Khattabi a dit : « ceci est une prescription de la
dépense et de l’habillement à son profit selon les moyens du mari. Comme le
Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) en a fait un droit pour elle,
son acquittement incombe au mari aussi bien pendant sa présence au foyer que
pendant son absence. S’il n’en dispose pas à son échéance, cela devient une
dette comme les autres ; que le juge ait décidé de lui allouer une somme en
l’absence du mari ou pas. »
Wahb dit : « Un esclave d’Abd Allah ibn
Amr lui a dit : « Je voudrais passer ce mois-ci
ici à Jérusalem. »
– « As-tu laissé à ta famille de quoi se nourrir pendant ce mois ? »
– « Non »
– « Retourne à ta famille et donne leur de quoi se nourrir. Car j’ai entendu
le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) dire : « Aucun
péché commis par un homme ne serait plus grave que l’abandon de celui qu’on
doit prendre en charge ». (rapporté par Ahmad, 2/160 et Abou Dawoud, 1692)
La première version du hadith porte chez Mouslim
le numéro 245 et se présente en ces termes : « Aucun péché commis ne serait
plus grave que la privation de celui que l’on doit nourrir ».
D’après Anas Ibn Malick (P.A.a),
le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Allah interrogea
chacun sur ce qui lui a été confié pour savoir s’il la conservé ou perdu, et
Il interrogera l’homme sur les membres de sa famille. » (rapporté par Ibn
Hibban).
Abou Hourayra (P.A.a) dit dans
un hadith : « J’ai entendu le Messager d’Allah
(bénédiction et salut soient sur lui) dire : « Au nom d’Allah, il est préférable
pour l’un de vous d’aller ramasser du bois (de chauffe), de le transporter au
dos, de le vendre, de se nourrir du prix et d’en faire des aumônes que de se
présenter à quelqu’un pour le solliciter ; qu’il donne ou pas. C’est parce que
la main supérieure est meilleure que la main inférieure. Commence par celui
que tu as en charge ». (Mouslim, 3/96. Une version
rapportée par Ahmad (2/524) ajoute : « On lui
dit : qui est celui qu’on a en charge ? » – « Ta femme en fait partie »
dit le Prophète.
Selon un hadith de Djabir Ibn Samoura
(P.A.a), le Prophète (bénédiction et salut soient
sur lui) a dit : « Quand Allah a donné des biens à l’un d’entre vous,
qu’il se serve d’abord puis qu’il serve sa famille » (rapporté par Mouslim, 1454).
Quant au consensus des détenteurs de la science, l’imam al-Muwaffaq ibn Qudama (Puisse Allah lui accorder sa miséricorde) dit dans
al-Moughni (7/564) : « Les détenteurs de la science
sont unanimes à soutenir l’obligation de supporter les dépenses des épouses
par les maris majeurs, exception faite des épouses désobéissantes comme l’ont
mentionné Ibn al-Moundhir
et d’autres.
Les textes religieux susmentionnés indiquent la nécessité pour l’homme d’assurer
la dépense de sa famille et de veiller à leurs intérêts, notamment leur prise
en charge. En outre, de nombreux hadith rapportés
du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) en prouvent le mérite car
ils révèlent que cela fait partie des bonnes oeuvres
auprès d’Allah le Très Haut. ce propos, il est également rapporté dans un hadith d’Abou Massoud
al-Ansari (P.A.a) que le
Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Si un musulman
effectue une dépense au profit de sa famille pour en être récompensé (par Allah)
la dépense deviendra une aumône pour lui » (rapporté par Boukhari, 1/136).
Al-Hafiz Ibn Hadjar (puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde ) a dit dans al-Fateh
: 19498) : « La dépense pour la famille est jugée unanimement obligatoire.
Le législateur l’a dénommée aumône par crainte que l’on ne croie que son acquittement
ne leur procure aucune récompense. Comme ils connaissaient la récompense que
l’aumône générait, il a voulu leur éviter de la donner à d’autres avant d’assurer
l’autosuffisance de leur famille. Il s’agissait de faire désirer l’acquittement
de l’aumône obligatoire avant de s’adonner à celle facultative ».
Selon un hadith
de Saad ibn Malick
(P.A.a), le Prophète (bénédiction et salut soient
sur lui) lui a dit : « Certes, quelle que soit la dépense que tu effectues
au profit de ta famille, tu en seras récompensé ; même une bouchée que tu mettrais
dans la bouche de ta femme » (rapporté par Boukhari,
3/164 et Mouslim, 1628).
D’après Abou Hourayra (P.A.a), le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) a dit : « Un dinar que tu dépenses pour la cause
d’Allah, un dinar que tu dépenses pour libérer un esclave, un dinar que tu donnes
en aumône à un pauvre et un dinar que tu dépenses au profit de ta famille ;
de tout cela le dernier génère la plus importante récompense. » (rapporté
par Mouslim, 2/692).
Selon un hadith, Kaab ibn Udjra
(P.A.a) a dit : « Un homme passa près du Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) et ses compagnons remarquèrent et admirèrent
la vivacité de son allure et dirent : « ô Messager d’Allah ! Et si celui-là
se mettait au service d’Allah ?
– « S’il est sorti pour nourrir ses petits enfants, il est au service d’Allah
; s’il est sorti pour bien s’occuper de ses vieux parents, il est au service
d’Allah ; s’il est sorti pour trouver les moyens de s’assurer sa propre subsistance,
il est au service d’Allah. S’il est sorti par hypocrisie et par vanité, il est
au service de Satan. » (rapporté par at-Tabarani (Sahih al-Djami’, 2/8).
Les ancêtres pieux (Puisse Allah le Très Haut leur accorder Sa miséricorde)
avaient bien compris ce devoir au point qu’il éclairait leur vie scientifique
au sein de leurs familles. Combien est importante la parole de l’imam, le très
dévot, Abd Allah Ibn al-Moubarak
(Puisse Allah lui accorder sa miséricorde) selon laquelle : « rien n’est
plus méritoire que de travailler pour gagner sa vie, même la lutte pour la cause
d’Allah » (8/399).
Il n’est donc pas permis à un musulman de livrer sa famille à l’abandon sous
prétexte de participer à un voyage de bienfaisance et d’obéissance puisque l’abandon
de sa famille et leur non prise en charge est interdite. Il a déjà été citée
la recommandation faite par Abd Allah ibn
Amr à celui qui voulait séjourner à Jérusalem pour
qu’il s’occupât de l’entretien de sa famille d’abord.
Auteur de la question,
vous devez donner à votre père un conseil inspiré par la présente réponse et
lui expliquer la réalité avec douceur. Quand vous aurez colmaté la brèche et
traité la négligence commise par votre père et compensé le déficit par vos propres
biens dans la mesure du possible, vous mériterez une grande récompense, s’il
plaît à Allah. Nous demandons à Allah d’améliorer les conditions de tous.
Puisse Allah bénir notre Prophète Muhammad.
