Qu’est ce qui explique qu’un musulman nourrit un sentiment d’amour pour peu de musulmans à l’exclusion d’autres
Louanges à Allah
Le musulman a de nombreux droits sur ses coreligionnaires. Nous en citons
les suivants:
-le droit à la fraternité mentionné dans la parole d’Allah le Puissant et
Majestueux cité dans Son livre: «Les croyants ne sont que des frères» (Coran,49:10)
– le droit à l’alliance et au soutien mentionné dans la parole du
Transcendant et Très Haut: «Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des
autres» (Coran,9: 71).
– le droit à l’amitié, à la bienveillance et à l’assistance sans nourrir de
l’inimitié, de la haine et de la jalousie à son égard. D’après anas Ibn Malick (P.A.a), le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «L’un d’entre vous ne croira
vraiment aussi long temps qu’il n'(aimera pour son
prochain ce qu’il aime pour soi-même.» (rapporté par al-Boukhari (13) et par Mouslim
(45)
Le respect de ces droits crée dans le cœur un degré d’amour pour tous les
musulmans arabes, non arabes ,proches , étrangers ,
blancs et noirs. Cela nait de l’adhésion à la foi commune en l’unicité absolue d’Allah. Cet amour résulte de celui
que chaque musulman nourrit à l’endroit d’Allah. En effet, quiconque aime quelque
chose aime aussi celui qui l’aime. Cependant la variation qui affecte le degré
de l’amour qui habite le musulman n’est ni étonnant ni contestable. Il ne fait
l’objet d’aucun inconvénient ni sur le plan naturel ni sur le plan religieux.
Et ce pour deux raisons. La première est qu’il existe chez les musulmans divers
degrés de piété et de bonté et différents niveaux quant à leurs mœurs et leur
application des règles de conduite. Etant donné que l’amour résulte
originellement de l’application par le musulman des ordres d’Allah, l’amour qui
habite chacun varie en fonction de sa droiture peronnelle.
Ceci est bien connu et accepté. Ne voyez vous pas que le musulman doit aimer
tous les compagnons du messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) en
général et vouer un amour spécial aux dix compagnons auxquels l’accès au
paradis était promis en montrant à leur égard plus d’amour ,
de vénération et d’estime, compte tenu du rang qu’ils occupent auprès d’Allah Très
Haut? La deuxième raison est l’existence des causes de l’amour chez certains à
l’exclusion d’autres. La persévérance dans l’obéissance envers Allah n’est pas
la seule cause de l’amour. Il y en a beaucoup d’autres. En effet, les affinités
entre les gens liés par l’amour, les similitudes spirituelles, la bienfaisance
des uns envers les autres, la beauté physique et spirituelle, tous ces éléments
sont des causes de l’amour.
Si ces facteurs se réunissent en partie ou en totalité chez quelqu’un, on
lui voue un grand amour et lui réserve une affection. Il occupe dans les cœurs
une place plus importante que celle des autres.
Nous citons ici des propos utiles de l’érudit, Ibn al-Qauyyim
(Puisse Allah lui accorde sa miséricorde), propos dans lesquels il explique les
causes et facteurs qui font naitre l’amour et comment
ces facteurs varient chez les gens. Voici ce qu’il a dit (Puisse Allah lui
accorde sa miséricorde): «Les affinités spirituelles font partie des plus
grandes causes d’amour. Chaque individu penche vers ce qui lui convient. Cette
convenance est de deux sortes: originelle et accidentelle due au voisinage ou à
une association dans une affaire quelconque. La communauté d’objectif crée une
convergence spirituelle. Quand l’objectif n’est plus partagé, la convergence
perd sa raison d’être.
La convenance originelle repose sur une connivence morale et spirituelle.
Elle pousse chaque âme à rechercher celle qui lui ressemble, les choses
semblables s’attirant mutuellement de par leur nature. C’est ainsi que deux
âmes semblables dès l’origine se cherchent et s’attirent mutuellement. C’est ce
qui amène certains à dire que la beauté à elle seule ne suffit pas pour fonder
l’amour, et l’absence de la beauté, non plus, ne suffit pour justifier
l’absence de l’amour. C’est plutôt les affinités entre les âmes et leurs similitudes
naturelles qui les poussent les unes vers les autres. C’est à ce propos qu’il
est dit:
«La
beauté, si parfaite qu’elle soit, ne suffit pas pour fonder l’amour
Celui-ci
repose fondamentalement sur quelque chose de spirituel»
L’amour est, en réalité, un miroir dans lequel on contemple son fin
caractère incarné par celui qu’on aime. En réalité, on n’aime que soi-même et
son caractère reproduit dans l’autre. Voilà pourquoi les âmes nobles et pures
aiment tendrement les attributs essentiels d’Allah. Ce que ces âmes aiment le
plus ce sont le savoir, le courage, la chasteté, la générosité, la
bienfaisance, la patience et la persévérance parce qu’elles s’y retrouvent. Ce
qui est tout – à- fait le contraire des âmes basses qui, elles, sont loin à
l’écart de ces qualités. Beaucoup de gens sont poussés vers la générosité et la
bienfaisance par l’excès de l’amour et le plaisir que cela leur procure. Al-Mamoun disait : « J’aime tellement le pardon que je
crains qu’il ne me vaille aucune récompense divine.» on a dit à l’imam Ahmad
ibn Hanbal (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde): tu as acquis ce savoir pour (complaire) à Allah?«
L’acquérir pour Allah m’est cher, mais je m’y suis livré parce qu’il me plait.»
Un autre dit: « Le fait de donner me procure une joie bien plus importante que
celle qu’éprouve celui qui reçoit mon don.» Les amoureux du savoir sont plus
attachés à l’objet de leur amour que tous les autres car ,
même la plus belle image humaine n’en détournerai la plupart d’entre eux.
Notre maître, Ibn Taymiyya, m’a raconté ceci: une
fois malade, le médecin m’a dit:
-«Tes lectures et tes discours scientifiques aggravent ta maladie.»
-« Je ne peux pas m’en passer et j’utilise des éléments de ta science pour
m’expliquer : n’est il pas vrai que le confort psychologique procure une force
physique et repousse la maladie? »
– «Si.»
-« Mon âme trouve la joie dans la recherche du savoir qui en plus me donne
une force naturelle et la tranquillité.»
– «Ceci dépasse la sphère de notre domaine d’intervention». Conclut il
approximativement.
Quand l’amour est fondé sur des affinités et des similitudes, il se
raffermie et se consolide, et seul un obstacle fort peut alors l’enlever. Quand
il ne trouve pas sa source dans des affinités mais dans un objectif (éphémère),
il disparaît avec la disparition de l’objectif en question.
Dans son Mousnad, l’imam Ahmad ibn Hanbal (Puisse Allah Très Haut lui accorder Sa miséricorde) cite un hadith
d’Aicha (P.A.a) selon lequel une femme fréquentait les Quraychites, en vue de les
faire rire (en leur racontant des histoires amusantes) .
Une fois , elle se rendit à Médine et s’installa chez
une bouffonne …Le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) dit:
chez qui une Telle s’est elle installée? Chez une Telle, la bouffonne, lui a -t- on répondu. « Les âmes sont des soldats mobilisés.
Ceux qui se connaissent se solidarisent et ceux qui ne se connaissent pas
s’écartent les uns des autres.» Le texte d’origine de ce hadith est cité dans
le Sahih.
Si vous réfléchissez sur l’existence vous ne verrez pas deux individus qui s’aiment sans qu’il y ait des affinités et une convergence
entre eux autour d’une œuvre, d’un état ou d’un objectif. Quand les objectifs,
les qualités et les œuvres et les voies
ne se rencontrent pas, il n’ y aura qu’incompatibilité et éloignement entre les cœurs. Il suffit pour
le prouver ce hadith authentique du Messager d’Allah (Bénédiction et salut
soient sur lui) : « Dans leur affection mutuelle, la compassion et la sympathie
qu’ils éprouvent les uns envers les autres, les croyants sont comme un seul
corps. Quand un de ses organes souffre, les autres en reçoivent fièvre et
insomnie.» Bref extrait de Rawdatoul mouhibbine (66-74).
Allah le sait mieux.
