Les Ottomans étaient-ils des califes comme les Abbassides et les Omeyades? Certains disent qu’ils ne l’étaient pas car ils n’étaient issus des Quraychites.

Louanges à Allah

Premièrement, la majorité des ulémas, voire
tous, pour certains, soutient que le calife des musulmans doit être choisi
parmi les Quraychites en raison de ce hadith rapporté par Ahmad (12307) d’après
Anas ibn Malick selon lequel le Messager d’Allah
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:« Les
imams (califes) doivent être issus des Quraychites.» Ce hadith est authentique
reçu par des voies concordantes selon les dires d’al-Hafezh
Ibn Hadjar (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde)
dans charh noukhbatoul
fikar
par al-Qaari,p. 190.

On lit dans l’encyclopédie juridique
(6/219):«pour la grande majorité des jurisconsultes,
l’imam (chef suprême de la communauté musulmane) doit être issu des Quraychites,
compte tenu du hadith :« Les imams (califes) doivent être issus des
Quraychites.» Certains ulémas dont Abou Baker al-Baquilani,
disent le contraire et utilisent comme argument la parole d’Omar:
«Si Salim, l’affranchi d’Abou Houdhayfah était encore
vivant, je lui transmettrait le pouvoir.»

Deuxièmement, le califat reste réservé
aux Quraychites. Il n’est permis à personne de le leur disputer aussi long temps qu’ils observeront les enseignements de  la religion.

Al-Bokhari (3500) a rapporté que Mouawia ibn Abi Soufiane (P.A.a) a dit:«J’ai
entendu le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:
«Certes, cette affaire (le pouvoir) est réservée aux Quraychites. Toute
personne qui le leur dispute sera renversé sur son visage aussi long temps qu’ils observeront la religion.» Autrement dit,
il faut rester loyal envers eux et éviter de leur disputer le pouvoir aussi long temps qu’ils appliqueront la loi d’Allah le Puissant
et Majestueux.»

Ahmad (4380) a rapporté d’après
Abdoullah ibn Massoud que le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit: «Ô vous les Quraychites! Cette affaire (le pouvoir)
vous appartiendra aussi long temps que vous n’aurez
pas désobéi à Allah. Si vous le faites, Allah vous soumettra à quelqu’un qui
vous écorchera comme on peut écorcher ce bout de bois.» Il tenait un bout de
bois à la main et l’écorcha et subitement le bout de bois devinent brillant et
dur. Ce hadith est déclaré authentique par al-Albani dans as-Sahiha (1552).

Plus loin, il dit:«
Ce hadith est l’une des marques révélatrices de la prophétie du Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) car les Quraychites ont conservé le
califat pendant des siècles avant de le perdre à cause de leur désobéissance à
leur Maître et leur obéissance à leur propre passion. Allah les soumit alors à
la domination d’étrangers qui le leur arrachèrent le pouvoir.»

Troisièmement, si le calife issu des
Quraychites n’applique pas la religion et n’est pas capable d’administrer les
hommes et si le califat devient faible et tombe sous la domination de quelqu’un
qui applique la religion et renforce la cohésion des musulmans, et tient haut
le drapeau du djihad, son exercice du pouvoir devient légitime.

Ibn Qoudamah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde):«Si quelqu’un se révoltait contre
l’imam et prenait le dessus et s’imposait aux gens grâce à son épée de sorte
qu’ils le reconnaissent et se soumettent à lui et lui prêtent un serment
d’allégeance, le rebelle deviendrait un imam (calife légitime) qu’il serait
interdit de combattre et de s’opposer à lui. En effet, Abdoul Malick ibn Marwan se révolta
contre Ibn Zoubayr , le tua et s’empara du pays et de sa population. Celle-ci
finit par lui prêter le serment d’allégeance et il devint ainsi un imam
légitime contre lequel il n’était pas permis de s’opposer. C’est parce que
l’opposition à l’imam revient à diviser les musulmans ,
à  verser leur sang et à détruire leurs
biens. Celui qui se révolte contre l’imam (légitime) tombe sous le coup de
cette parole du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui):«
Celui qui se révolte contre ma communauté alors qu’elle est unie, tranchez lui
le cou avec une épée, quel qu’il puisse être.» Extrait d’al-Moughni (8/526).

Cheikh al-islam, ibn Taymiyah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit: «La
capacité à bien diriger les hommes s’obtient, soit en les amenant à obéir
volontairement, soit en les forçant à le faire. Quiconque est capable de
diriger les hommes soit parce qu’ils acceptent de lui obéir ,
soit parce qu’ils les forcent à le faire 
devient un détenteur (légitime) de l’Autorité, s’il ordonne l’obéissance
à Allah.

Voilà pourquoi
Ahmad dit dans le traité adressé à Abdous ibn Malick
al-Attar:« Pour nous, les bases de la Sunna consistent à s’accrocher à la
pratique perpétuée par les compagnons du Messager d’Allah (Bénédiction et salut
soient sur lui) Plus loin, il dit:« Celui qui exerce le califat de manière à
rassembler les gens et à leur donner satisfaction et celui qui s’impose à eux
grâce à l’usage de l’épée , accède au califat et s’octroie le titre de
commandeur de croyants, il est permis de remettre les aumônes à celui-là, qu’il
soit pieux ou non.»

Selon une version transmise par Isaac
ibn Mansour, Ahmad, interrogé sur le sens du hadith du Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui):«Celui qui meurt sans se
soumettre sous l’autorité d’un imam, meurt dans un état antéislamique.» , il (Ahmad)
dit:« Qui crois-tu est l’imam? L’imam est celui qui rassemble les musulmans de
manière à ce qu’ils disent tous: voilà l’Imam. C’est
le sens du hadith.» Extrait de Minhadj
as-Sunna an-Nabawiyyah
(1/528-529).

Ibn Battal
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «Les
jurisconsultes sont tous d’avis qu’il est obligatoire d’obéir à celui qui
s’arrache le pouvoir aussi long temps qu’ils
célèbrera les prières du vendredi, et celles des  fêtes, conduira le djihad et rendra justice
aux lésés dans la plupart du temps. Car il vaut mieux lui rester loyal que de
se révolter contre lui, la loyauté étant un moyen de calmer la populace et
d’éviter le fusion de sang.» Extrait
de charh Sahih
al-Bokhari
(2/328).

On lit dans l’encyclopédie juridique
(8/37): «L’autorité de celui qui confisque l’imamat ou
d’autres (importantes) fonctions est bien fondée. On lui doit obéissance dans
les ordres et interdits et décisions qu’il émet dans le cadre de la moi à
l’avis unanime des jurisconsultes, fût-il issu des rangs des innovateurs livrés
à leurs passions, à moins qu’il pratique une innovation conduisant à la
mécréance. Cette démarche vise à éviter des troubles et à maintenir la cohésion
et l’unité des musulmans.»

Oubadah ibn
Samit a dit: «Le Messager d’Allah (Bénédiction et
salut soient sur lui) nous appela (à l’islam) et nous lui prêtâmes un serment
d’allégeance. L’objet qu’il fixa à notre acte était de l’écouter  et de lui obéir dans ce qui nous
plaisait comme dans ce qui nous déplaisait; dans ce qui nous paraissait facile
comme dans ce qui nous paraissait difficile. Nous devions reconnaitre son
pouvoir sur nous et ne rien disputer à ses détenteurs. Il (le Prophète) ajouta: à moins que vous constatiez une mécréance évidente
qu’une preuve provenant d’Allah vous permet d’établir.» (Rapporté par
al-Bokhari,7056 et par Mouslim,1709).

Celui qui a confisqué le pouvoir doit
être obéi, à moins que les gens ne constate en lui une
mécréance évidente.

Cheikh Ibn Outhaymine
(Puisse Allah lui accorde Sa miséricorde):« Comment
concilier la parole du Messager (Bénédiction et salut soient sur lui):«Ecoutez
et obéissez, même si votre chef était un esclave abyssinien.» et sa parole:«
Les imams doivent être issus des Quraychites.» Un esclave abyssinien peut-il
être l’imam suprême?»

Voici sa réponse:«
oui, Si Allah facilitait à un esclave abyssinien l’accession au pouvoir
suprême, il serait l’imam suprême. Le Messager (Bénédiction et salut soient sur
lui) s’est prononcé dans ce sens dans le contexte d’un choix. En d’autres termes: quand nous voulons choisir un imam pour les
musulmans, prenons un homme issu des Quraychites. Mais qui sont les qurayshites? Ce sont ceux qui ont implanté la religion. Il
ne s’agit pas du seul fait d’appartenir aux Quraychites ni de s’affilier au
Messager (Bénédiction et salut soient sur lui).Cela ne confère aucune vertu, à
moins qu’il soit fondé sur une base religieuse. Si un homme issu des
Quraychites venait nous dire qu’il méritait mieux l’imamat que les autres alors
qu’il est pervers, nous lui dirions que parmi les conditions primordiales de
l’exercice de cette fonction figure l’équité. Si toutefois un être humain
s’imposait aux gens et les gouvernait, on lui devrait écoute et obéissance,
fût-il un esclave abyssinien à la tête semblable à une couche compacte de raisin.
Aussi y a-t-il une différence entre le choix (du
détenteur du pouvoir) et sa prise par la force. Dans ce dernier cas, nous disons: nous écoutons et obéissons et ne disputons pas le
pouvoir à moins de constater une mécréance évidente que nous pourrions établie
grâce à une preuve émanant d’Allah.» Extrait de liqaa
al-bab al-maftouh

(19/185) selon la numérotation de la chamilah.

Quatrièmement, quand le califat
abbasside s’affaiblit lors du règne d’al-Moustamsik billah et son fils al-Moutawakkil
et que le sultan ottoman prit le dessus, il s’arrogea le pouvoir suite au décès
d’al-Moutawakkil, le calife abbasside (Puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde).

Al-Oussami (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «al- Moustamsik billah resta calife jusqu’à un âge avancé et perdit la vue.
Ce fut le début de l’Etat ottoman. L’Egypte fut conquise. Le Sultan emmena le
calife avec lui à Istanbul où il demeura jusqu’à la mort du sultan Salim. Il
retourna alors en Egypte où il fut destitué et remplacé par son fils, al-Moutawakkil, Ali ibn al Moustamsik  en chabaane
de l’an 914 de l’Hégire. Ce calife conserva le  califat jusqu’à son décès survenu le
12 chaabaane de l’an 995. Sa mort marqua la fin du
califat formel en Egypte.» Extrait de Simt
an-Noudjoum al-awaali
(3/533).

A partir de là , le pouvoir confisqué au départ par le Sultan Salim
devint légitime. Car ce dernier fut un sultan fort et un dirigeant courageux.
Sa préoccupation majeure consistait à unifier les territoires musulmans après
la chute de l’Andalousie, l’affaiblissement du califat abbasside et les
convoitises des Croisés en pays islamiques.

Quand le calife
issu des Quraychites devient faible et qu’un homme fort confisque le pouvoir et
l’exerce à la lumière du livre d’Allah et s’avère plus utile aux musulmans, son
pouvoir est un pouvoir juste et on doit l’écouter et lui obéir.

En somme, le
pouvoir ottoman était un pouvoir juste et conforme à la Charia et la Umma l’avait accepté
unanimement. Le califat ottoman maintint haut le drapeau de l’islam et tint le
flambeau du djihad pendant plusieurs siècles. L’Europe des Croisés ne cessait
de le redouter se de saisir toute opportunité pour l’écraser. Ce qui fut fait
au début du siècle passé (20e siècle AC).

Les attitudes
des sultans ottomans à l’égard de l’application de la religion et par rapport à
leurs croyances ont varié. Nous n’entendons pas remettre en cause la légitimité
de leur califat, notamment au cours des époques marquées par la force et la
cohésion des musulmans. Car les négligences et les déviances apparurent aux
dernières époques. Et nous en remettons à Allah. Voir la réponse donnée à la question n°
11747.

Allah Très-haut
le sait mieux.