Les règles appliquées à l’étude du hadith ont elles un fondement dans le Coran et la Sunna. Par exemple, existe-t-il un argument pour l’usage de la chaine de transmission (isnaad) et pour la différenciation entre l’authentique (Sahih) et le faible (Dhaeef) ? Existe-t-il dans les deux sources (Coran et Sunna) des références à la question de la mise en cause (des rapporteurs) et de l’attestation de leur crédibilité ? N’est-ce pas les traditionnistes qui ont jeté les fondements de cette discipline grâce à un effort de réflexion visant la sauvegarde de la Sunna et sans s’appuyer nécessairement à des arguments tirés du Coran et de la Sunna ?
Louanges à Allah
L’étude des sources du hadith est fondée
essentiellement sur des règles rationnelles, des principes méthodologiques et
des bases expérimentales qui ont permis aux traditionnistes d’acquérir un cumul
d’expériences méthodologiques portant sur la vérification de la crédibilité des
informations. Les traditionnistes ont découvert les fondements de cette
discipline après une longue pratique marquée par d’éprouvantes collectes et
transmission de traditions orales filtrées et critiquées pour aboutir à une
phase d’élaboration progressive des bases et critères de cette discipline.
A ce propos, Alkhatib al-Baghdadi
dit : «L’examen (évaluatif) des hadith est un savoir qu’Allah Très-haut
créé dans les cœurs au bout d’une pratique longue et assidue. » Voir al-Djamee (2/255).
Les bases susmentionnées, perçues dans leur
philosophie générale et non dans leurs critères partiels, reposent sur des
fondements légaux tirés des textes du Livre et de la Sunna. En effet, des
arguments religieux globaux ont permis aux ulémas du hadith de définir les
principes fondamentaux des sciences de l’histoire.
Quant aux
détails, ils sont du ressort de l’approche expérimentale déjà évoquée.
Font partie des principes
religieux, généraux et fondamentaux ce qui suit :
1. L’aggravation de
l’interdiction du mensonge dans la transmission du hadith. A ce propos, le
Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : «Certes, mentir sur
moi n’est pas comme n’importe quel autre mensonge. Que celui qui ment sur moi
délibérément se prépare à occuper sa place en enfer. » (Rapporté par
al-Bokhari, 1295 et par Mouslim, 4) dans
l’introduction de son Sahih.
2.
Le non acceptation d’une
information apportée par un pervers. Le Très-haut dit : «Ô vous qui
avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair] de
crainte [que par inadvertance que vous ne portiez atteinte à des gens
t que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait. » (Coran,
49 :6).
3.
L’assimilation du rapporteur
au témoin grâce au recours au raisonnement par analogie qui permet de faire de
l’équité une condition de l’acceptation de ce qu’ils rapportent. Le très-haut
dit : «Recueillez le témoignage de deux hommes intègres issus de vous-mêmes.
Faites que le témoignage soit pour Allah. » (Coran, 65 :2)
4.
Le recours systématique à la
rigoureuse vérification. A ce propos, le Très-haut dit : «Et ne poursuis
pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur
tout cela, en vérité, on sera interrogé. » (Coran, 17 :36).
5.
Se méfier des informations
contestables. D’après Abou Hourayrah (P.A.a) le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a
dit : «De grands menteurs et falsificateurs feront leur apparition à la
fin des temps. Ils vous apporteront des informations que ni vous ni vos
ancêtres n’avez jamais entendues. Méfiez-vous d’eux. Evitez qu’ils vous égarent
et vous tentent. » (Rapporté par Mouslim dans
l’introduction de son Sahih).
6. Eviter la transmission du
mensonge conformément à la parole du Prophète (Bénédiction et salut soient sur
lui) :«Quiconque m’impute un hadith qu’il sait mensonger, est un
menteur. » (Rapporté par Mouslim dans
l’introduction de son Sahih).
7. La rigoureuse maîtrise de ce
qui est rapporté constitue un critère sûr. A ce propos, le Prophète
(Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : «Puisse Allah éclairer un
homme qui apprend un hadith auprès de moi et le conserve pour en assurer la
transmission. Il arrive souvent que le récepteur (du savoir religieux) comprenne
mieux que son transmetteur. Il arrive même que le premier ne soit pas bien
instruit. » (Rapporté par Abou Dawoud dans as-Sunan
n° 3660.)
8. Eviter d’être accusé de
rapporter d’étranges hadiths et de ne pas sélectionner les hadiths qu’on
transmet. D’après Abou Hourayrah (P.A.a)
le Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit : «Est
déjà grand menteur celui qui raconte tout ce qu’il entend. » (Rapporté par
Mouslim dans l’introduction de son Sahih).
9.
Exiger arguments et preuves.
Le Très-haut dit : «Dis : apportez votre preuve, si vous êtes
véridiques. » (Coran, 2 :111).
10. Rechercher le savoir et la
certitude et éviter soigneusement la conjecture et la fausse appréciation. A ce
propos, le Très-haut dit : «..Alors qu’ils n’en
ont aucune science : ils ne suivent que la conjecture, alors que la
conjecturer ne sert à rien contre la vérité. » (Coran, 53 :28).
L’imam Mouslim
s’est servi de certains de ces arguments dans l’introduction de son Sahih (p.7). Voici ce qu’il dit : «Sachez –
puisse Allah Très-haut vous assister- qu’il est un devoir pour tout un chacun
de faire la distinction entre les versions authentiques et les versions
douteuses, et entre les rapporteurs sûrs et les mis en cause. Il ne faut
rapporter que des informations reçues de source sure et dont les transmetteurs
sont apparemment irréprochable. Il faut exclure tout ce qui provient de gens
suspects, des opposants invétérés à (la Sunna) issus des hérétiques.
L’argument qui prouve que ce
que nous venons de dire est à retenir et non le contraire réside dans cette
parole d’Allah, l’Auguste : «Ô vous qui avez cru ! Si un
pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair
] de
crainte [
que par inadvertance que vous
ne portiez atteinte à des gens t que vous ne regrettiez par la suite ce que
vous avez fait. » (Coran, 49 :6). L’Auguste dit encore : « les
témoins que vous avez agréés. » (Coran, 2 :282). Le Puissant et
Majestueux dit : «Recueillez les témoignage de deux hommes intègres issus
de vous-mêmes. » (Coran, 65 :2).
Les versets que nous venons de
citer indiquent que l’information apportée par un homme pervers n’est pas
recevable et que le témoignage et tout autre informations apportée par un homme
qui n’est pas intègre est à rejeter. Il est vrai toutefois qu’information et
témoignage restent différents dans certains de leurs aspects mais identiques
dans leurs sens les plus importants.
Les ulémas rejettent tous les
informations et témoignages transmis par des pervers. La Sunna indique que les
informations reçues auprès de pervers doivent être exclues de la même manière
que le Coran indique l’exclusion des informations apportées par les
pervers. »
Docteur Hammam Said : «Ceci indique clairement que l’approche des
traditionnistes reste coranique parce qu’inspirée par le Coran et la Sunna.
C’est une approche historique et critique qui ne permet pas d’adopter un texte
sans le soumettre à la critique. Car il ne suffit pas qu’un texte vienne d’un
uléma ou d’une personnalité respectable pour être accepté. Il faut en plus que
l’attribution du texte à son auteur soit vérifiée et qu’on le scrute
attentivement pour s’assurer de sa concordance avec les fondements et principes
généraux établis. Cette approche historique et critique est absente dans
l’étude de la Thora et des Evangiles et de l’ensemble des sources de l’histoire
antérieures à l’islam.
A son avènement, celui-ci mit
à la disposition du monde cette approche fondée sur la recherche et
l’investigation et la saine réflexion. Charles Geniber
a opposé cette approche critique et historique à l’approche religieuse
chrétienne qui reçoit des versions des anciens sans les soumettre à la
discussion avant formuler un jugement à leur égard.
Beaucoup de chercheurs ont
sous- estimé le lien méthodologique existant entre le saint Coran et les
sciences du hadith. Ce qui a fait germer dans les esprits l’idée selon laquelle
l’approche des traditionnistes reflète une sorte de génie rarissime et
constitue le produit du seul besoin.
La vérité indiscutable est que
l’approche des traditionnistes est une approche coranique qui reflète l’un des
aspects miraculeux de cette religion (islam).Puisqu’Allah a protégé Son saint
livre contre toute modification ou altération, Il a en a fait de même pour la
Sunna de sorte à lui éviter la disparition et l’oubli. » Extrait d’al-fikre al-manhadji inda al-mouhaddidtheen
(p.24).
L’honorable lecteur se rend
compte que tout ce qui précède constitue les fondements d’une approche générale
ancrée par le saint Coran et par notre noble messager (Bénédiction et salut
soient sur lui) dans les esprits de ses compagnons pour leur permettre de
dessiner le cadre général de la théorie épistémologique qu’ils cherchaient et
sur la base de laquelle ils allaient fondé leurs savoirs rationnels et ceux
tirés de la Révélation. Les fondements ainsi jetés ont eu pour fruits une
investigation serrée, un sens critique élevé et systématique dicté par la
crainte de s’écarter des fondements et ordres divins.
N’eût-été ce souci, les musulmans
auraient emprunté la voie de l’illusion et des prédictions. Nous aurions vu
alors que des fables, légendes et contradictions prédominent dans le langage
utilisé par les musulmans dans leur recherche du savoir. La conscience
religieuse qui découle des dix bases sus mentionnées a eu le plus grand impact
sur l’approche fondée sur la rigoureuse vérification adoptée par les
traditionnistes.
S’agissant des fins détails de
l’étude des sources du hadith, nous en disons que c’une science régie par des
lois qui permettent de connaitre les conditions affectant la forme et le fond
et déterminant leur acceptation ou rejet. C’est dans ce cadre
qu’on parle de ces éléments : la maîtrise de l’appris, la maîtrise de
l’écrit, l’approche adoptée dans le traitement des hadiths collectés auprès de
dissimulateurs, l’adoption de la version du plus sûr à la place de celle
fournie par le moins sûr, l’agencement des classes des rapporteurs se référant
à un maître déterminé, la comparaison entre les versions, le recoupement des
voies de transmission, l’examen attentif des cas individuels, la considération
des signes, la consolidation d’une version grâce à la multiplicité des voies et
des méthodes de sa transmission, entre autres lois déterminant l’acceptation ou
le rejet. Tout cela constitue, comme vous le voyez, le fruit d’une
activité rationnelle exhaustive pour transformer des principes généraux en lois
méthodologies. Cette pratique permettait aux traditionnistes de juger
l’authenticité ou de la faiblesse d’un hadith.
L’érudit, al-Muallami
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit : «Mais se sont-ils
référés à la rationalité dans l’examen et l’authentification des hadiths ?
Je dirais : oui. Ils ont adopté une démarche rationnelle dans quatre
domaines : la réception, la transmission, l’appréciation des rapporteurs
et le jugement à porter sur les hadiths.
Quand les vérificateurs entendaient une information
invérifiable ou peu crédible, ils ne la retenaient pas. Quand bien même il
arrivait à certains de l’apprendre, ils ne la transmettaient pas. Quand
l’intérêt dictait sa citation, ils le faisaient tout en signalant la lacune ou
celle découverte chez son transmetteur.
Dans sa Rissala
(p.399), l’imam Chafii écrit : «La crédibilité
ou l’incrédibilité d’un rapporteur peuvent être déduites du fait pour celui-ci
de raconter des choses impossibles ou contraires aux dires d’autres rapporteurs
plus crédibles ou jouissant d’un plus grand nombre d’indices de crédibilité.»
Dans al-kifayah fii ilmi ar-riwayah
(p.429) Alkhatib écrit : «chapitre sur la nécessité d’exclure les éléments
contestables et impossibles des hadiths. » Au sein des rapporteurs existe
un groupe qui fait preuve de complaisance dans le recueil et la transmission
des hadiths. Mais les grands maîtres parmi les traditionnistes sont aux aguets.
On ne trouve pas un seul hadith manifestement faux sans qu’on décèle dans sa
chaine de transmission un ou deux ou plusieurs rapporteurs disqualifiés par
lesdits maîtres.
Il arrivait
souvent à ces derniers de mettre en cause un rapporteur pour avoir transmis un
seul hadith contestable, pour ne pas parler de deux ou plus. Ils qualifiaient
l’information invérifiable de ‘contestable’ ou ‘faux’. Nous trouvons un bon
nombre de rapporteurs incriminés dans les Biographies des Faibles et les ouvrages
consacrés aux causes de rejet des hadiths et aux hadiths apocryphes.
Les vérificateurs n’attestent la crédibilité d’un
rapporteur avant de passer en revue ses hadiths pour les critiquer l’un après
l’autre. Quant à l’authentification des hadiths, ils s’en occupaient au plus
haut point et l’entouraient des plus grands soins. Il est vrai toutefois que
tous ceux qui ont jugé de la crédibilité d’un rapporteur n’étaient pas des
vérificateurs avertis. Cependant, le praticien connaisseur peut faire la distinction
entre rapporteurs (vigilants) et rapporteurs (négligents).
Cela dit, les maîtres traditionnistes qui se sont
occupés de la vérification des hadiths savaient que certains hadiths étaient
difficilement acceptables pour les théologiens scolastiques et consorts, mais
ils ont cru que ces hadiths restaient acceptables pour la raison qui compte en
religion, et conformes aux autres conditions de validité. En outre, ils ont
découvert dans le Coran de nombreux versets qui les corroborent ou abondant
dans leur sens mais qui restent difficiles à accepter pour les mêmes
théologiens.
Les maîtres savaient que le Prophète (Bénédiction et
salut soient sur lui) croyait au Coran et l’appliquait et qu’il est dès lors
concevable qu’on retrouve dans ses propos des éléments de ressemblance avec les
versets du Coran. »Extrait d’al-Anwar al-kashifa
(p.6-7).
Docteur Khaldoun al-Ahdab écrit : «La structure (de la science des sources
du hadith) est intrinsèquement rationnelle. Autrement, elle n’aurait pas un
impact aussi profond sur la structuration et la formation de l’esprit du
musulman. Cette structure rationnelle prend ses sources des fondements
rationnels méthodologiques puisés dans les règles d’appréciation du rapporteur
et du rapporté établies dans le saint Coran et la Sunna purifiée, règles qui
sont à la base de la science des sources du hadith.
La structure rationnelle de cette science se reflète
dans l’approche rationnelle des traditionnistes appliquée aux quatre domaines
cités par l’érudit critique, Abdourrahman al-Muallami al-Yamani, notamment le
recueil et l’authentification. » Extrait de athatou
ilmal-hadith fii tachkil aqlilmouslim (p19).
Docteur Abdoullah Dhayfoullah
ar-rouhayli écrit : «Les critères scientifiques
adoptés par nous, musulmans, pour la vérification des hadiths rapportés- comme
on les retrouve dans l’approche des traditionnistes- ne découlent pas de la foi
au mystère (divin) évoquée comme critère d’authentification ou de rejet d’une
version.
Ces critères sont rationnels parce que soutenus par la
raison et corroborés par les réalités historiques vérifiées et la confrontation
des différentes versions et l’examen des unes à la lumière des autres de
manière à parvenir à ce que les traditionnistes considèrent comme un indice
suffisant de la fiabilité d’une version.
Les critères ainsi décrits s’avèrent rationnels et
naturels. La plupart des humains les appréhendent et les acceptent le plus
souvent, nonobstant leurs fois religieuses et leurs orientations. L’information
dont la chaine de transmission souffre d’une rupture suscite le doute et le
rejet chez les esprits sains pour la raison que constitue l’absence d’un
maillon dans la chaine remontant à la source de l’information. A défaut de ce
maillon comment concevoir l’acquisition d’une juste connaissance de l’information ?
Les esprits établissent une nette distinction entre
l’information, d’une part, et l’attente et la conjecture de l’autre. Voilà
pourquoi on ne se dit pas quelle est l’approche scientifique qui guide la
méthodologie des traditionnistes et permet de vérifier l’authenticité d’une
version.
Est-ce l’approche objective (laïque) qui sert de point
de départ ou l’approche religieuse ? L’élément que représente la foi au
mystère n’interfère pas avec les normes régissant l’acceptation ou le rejet
d’une version. Il est vrai toutefois que nos normes ne sont pas en
contradiction avec la foi au mystère puisqu’elles la confirment.
L’aspect retenu dans l’approche des traditionnistes
est celui qui traite de la version non celui portant sur les opinions, les
croyances (des rapporteurs) et la connaissance du mystère. » Extrait de hiwaar hawla manhadj al-mouhaddithine fii naqdi ar-riwayaat
sandan wa matnan (p.12-13).
Allah le sait mieux.
