Vu les circonstances critiques que traversent les Musulmans actuellement en Amérique, circonstances marquées par une nuisance qui va jusqu’à l’exécution, l’incendie de mosquées, le harcèlement des femmes voilées dans les rues, des attentats contre les élèves et étudiants musulmans dans les écoles et universités et l’oppression de certains fonctionnaires musulmans dans leurs lieux de travail ; et tout cela en raison des personnes musulmanes qui ont été accusées d’avoir provoqué des explosions dans la capitale et ailleurs.

Nous voudrions vous demander s’il nous est permis d’abandonner la prière collective et celle du vendredi effectuées à la mosquée ? Qu’en est-il du voile que portent nos femmes ? Comment juger notre abandon de la tenue islamique ?

Louange à Allah, bénédiction et salut soient sur le
Messager d’Allah.

Nous avons entendu la situation à laquelle nos frères
musulmans sont exposés dans un certain nombre des pays des mécréants au Nord
comme au Sud, notamment les nuisances et l’oppression qu’il subirent à cause
d’une affaire à laquelle ils n’ont pas participé ou n’ont pas tous, au moins,
pris part.

Ceci n’est pas étrange de la part des mécréants (connus)
pour leur iniquité et leur agressivité.Ce qui ne les empêche pas de se présenter
comme des partisans de la justice, de l’impartialité et de la liberté.

Quel est le péché qu’aurait commis une femme qui marche
dans la rue couverte de son voile ?

Quel est le péché du musulman qui sort de chez lui pour
allez accomplir la prière et non pour répandre la destruction sur terre ?

Quel est le péché du fonctionnaire qui se rend à sa
société, de l’étudiant qui va à son université ou de l’élève qui rejoint son
école, tous étant des personnes qui ne veulent provoquer ni explosion ni destruction
?

Si la rue occidentale était équitable même vis-à-vis
d’elle-même, elle serait allée se venger de ceux qui ont planifié, contribué
et participé à la nuisance qui l’a frappé. Mais tout est prévisible de celui
qui ne craint pas Allah. Le moindre mal auquel les Musulmans puissent être confrontés
est les insultes et les injures. A ce propos, le Très Haut dit : « Certes
vous serez éprouvés dans vos biens et vos personnes; et certes vous entendrez
de la part de ceux à qui le Livre a été donné avant vous, et de la part des
Associateurs, beaucoup de propos désagréables. Mais si vous êtes endurants et
pieux… voilà bien la meilleure résolution à prendre. » (Coran, 3 : 186).

Notre attitude, nous Musulmans,
à l’égard des mécréants doit être claire quand il s’agit d’expliquer le jugement
de la charia à propos de  la nuisance et de l’exécution d’autrui. Nous disons
sans ambages que l’Islam interdit de porter atteinte à des innocents sous quelque
forme que ce soit ; qu’elle touche la personne, les biens ou l’honneur. Car
le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Ni préjudice
à subir ni dommage à infliger; » De même, l’Islam ne permet pas de tuer
le mécréant pacifique ni celui qu’un engagement légal lie aux Musulman. Bien
plus, le bon traitement du mécréant pacifique et le fait de lui faire du bien
font partie de l’Islam, surtout si cela vise à se familiariser avec lui et à
l’appeler à l’Islam. À ce propos le Très Haut : « Allah ne vous
défend pas d’ être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas
combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah
aime les équitables. » (Coran, 60 : 8).

De même il n’est pas permis au musulman
en guerre contre les mécréants de s’attaquer aux femmes et aux enfants pour
les tuer, s’ils ne portent pas des armes dirigées contre les Musulmans et n’aident
pas à les tuer. À ce propos, il a été rapporté que le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) a dit à l’armée musulmane : « Partez au nom d’Allah,
avec l’assistance d’Allah et en vous conformant à la religion du Messager d’Allah
; ne tuez ni un vieillard ni un petit enfant ni une femme et faites du bien
car Allah aime ceux qui font du bien (rapporté par Abou Dawoud, 2614). La chaîne
des transmetteurs  du hadith comporte Khalid ibn al-Fazr dont Ibn Hadjar dit 
dans at-Taqrib : «il est acceptable si d’autres l’appuient ».

Ce qui précède est corroboré par ce qui a été dit dans
la recommandation faite par Abou Bakr as-Siddiq (P.A.a) au commandant de son
armée : « Je te recommande dix : ne tuez ni une femme, ni un enfant, ni
un vieillard, et ne coupez pas un arbre fruitier …. » al-Mowatta,
982 :Kitab al-djihad.

Les mécréants que les Musulmans combattent et leur portent
préjudice et d’autres dégâts sont ceux qui ont combattu les Musulmans et les
ont expulsés de leurs maisons ou ont aidé à leur expulsion et les ont torturé
et mis en colère ; ceux qui ont barré le chemin à l’appel à l’Islam et
détourné les gens du chemin d’Allah et ont érigé un barrage pour empêcher la
diffusion de l’Islam. À ce propos, le Très Haut a dit : « Allah
vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour
la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux
qui les prennent pour alliés sont les injustes. » (Coran, 60 : 9).

Ceux-là doivent être combattus, si on peut le faire
et que l’intérêt de leur livrer un combat et de leur déclarer le djihad soit
clair et déterminent.

Ce qui peut être réalisé en douceur et en beauté ne
doit pas l’être par la force et la violence de la part des Musulmans. L’usage
de la force par ceux-ci est une contrainte, le dernier remède ; ils n’en prennent
pas l’initiative sans un motif créé par les mécréants comme un combat livré
aux Musulmans ou une assistance apportée aux ennemis des Musulmans ou un effort
pour détourner les derniers du chemin d’Allah sur terre.

Par ailleurs, nous rappelons à ces mécréants les massacres
déjà perpétrés et ceux en cours contre les Musulmans dans différentes parties
du monde comme en Bosnie, en Tchétchénie, en Palestine et au Kachemire, massacres
perpétrés avec l’assistance de beaucoup de Juifs et de Chrétiens et d’autres.
Est-ce que le sang des Musulmans est moins cher que celui des autres ? Est-ce
que les tués des non musulmans ont des femmes pour les pleurer alors que les
tués des musulmans n’en auraient pas ?

En outre, quand des chrétiens orthodoxes
ont perpétré des massacres contre des musulmans en Bosnie et au Kossovo et ont
fait plus  de 200 000 morts sans compter les blessés, les viols et les pertes
économiques, est-ce que les Musulmans des pays arabes et musulmans avaient déclenché
des campagnes de violence contre les chrétiens orthodoxes vivant parmi eux ?
Est-ce qu’ils avaient tiré sur leurs églises ou les avaient terrorisés ? Qu’est-ce
que cela signifie ?

Ces explications faites par un musulman au profit des
non musulman sont importantes car elles constituent un argument contre le mécréant.
Ceci est une affaire qui exprime la volonté d’Allah, le Puissant, le Majestueux.
Deuxièmement, il existe au sein des mécréants des gens raisonnables et impartiaux,
des gens susceptibles d’être bien guidés. Peut-être vont-ils être touchés par
ces explications. Troisièmement, le musulman ne peut pas être accusé devant
les autres sans lui donner la possibilité de prouver son innocence. Car si la
réputation du musulman reste ternie, cela éloigne le mécréant de la vérité et
l’empêche de subir l’influence du musulman. Bien plus, le non musulman risque
de traiter le musulman comme un exclu, ce qui crée une autre injustice au détriment
du musulman.

S’agissant de la question, il est
permis au musulman en cas d’épreuve , et quand il ne peut plus marcher
en sécurité et ne trouve plus un chemin sûr pour se rendre à la mosquée , il
lui est permis de prier chez lui et de ne pas assister à la prière collective.
Mais il faut davantage de recherches en ce qui concerne l’abandon de la prière
du vendredi en raison de sa grande importance. En effet, il ne faut pas  abandonner
les prières collectives et du vendredi pour de faibles présomptions ou pour
l’éventualité d’un attentat. En revanche, si l’on est sûr ou presque qu’on subirait
un attentat si l’on se rendait à la mosquée, dans ce cas, il est permis de ne
pas y aller.

Parmi les avis des ulémas relatifs à la permission de
la non participation à la prière du vendredi et à celle collective en raison
de la peur figure les propos d’Ibn Qudama (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde)
:  « Pour la majorité des ulémas, le malade et celui qui a peur sont
excusables pour leur abandon (La prière du vendredi et celle collective). Ibn
Abbas a rapporté que le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit
: « Celui qui entend l’appel ( à la prière) et s’abstient d’y répondre
sans excuse- de quel excuse s’agit-il, Ô Messager d’Allah ?- La peur ou
la maladie, la prière qu’il effectuera ne sera pas agréée » (rapporté par
Abou Dawoud, 1/130).

Cette version du hadith a été jugée faible par Cheikh
al-Albani tandis qu’il juge la version d’Ibn Madja authentique, 793. C’est-à-dire
celle qui dit : « Celui qui a entendu l’appel à la prière et n’y a pas
répondu, n’a pas de prière, à moins d’être excusable » Al-Irwa,
2/337. Bilal faisait l’appel à la prière et se présentait au Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) qui était alors malade et il lui disait : « Dis
à Abou Bakr de diriger la prière pour les gens » (Boukhari, 633 et Mouslim,
418).

La peur comporte trois aspects :
la peur pour soi-même, la peur pour son bien, et la peur pour sa famille. La
première consiste à craindre qu’une autorité s’empare de l’intéressé, qu’un
ennemi (l’attaque,)  qu’un voleur (l’envahisse), qu’un fauve (le dévore), qu’une
bête (le saisisse) ou qu’une inondation (le surprenne) ou d’autres causes de
nuisance personnelle. Le deuxième aspect consiste dans la crainte pour le bien
en cas de sortie à cause des facteurs susmentionnés comme l’autorité, les voleurs
et leurs pareils. C’est aussi le cas si l’on craint un cambriolage ou un incendie
dans la totalité ou dans une partie de sa maison. Ces considérations et tout
ce qui leur ressemble constituent une excuse pour s’absenter de la prière du
vendredi et des prières collectives.

Le troisième aspect consiste à craindre que ses enfants
ou les autres membres de sa famille soient perdus. Tout ceci constitue une excuse
pour l’abandon de la prière du vendredi et de la prière collective. C’est ce
qu’ont dit Ata, al-Hassan, Al-Awzaï et Ach-chafii et nous ne connaissons aucune
divergence sur la question » (citation succincte d’al Mukhtassar,
2/376).

Son éminence cheikh Abd al-Aziz ibn
Baz (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit dans un avis émis à la suite
d’une question qu’un homme lui a posé à propos de son absence de la prière collective
due à la peur pour sa femme : « Si votre épouse est en danger et n’est
pas en lieu sûr, et s’il y a  autour d’elle des sources de crainte, vous êtes
excusable si vous priez à la maison par peur pour votre femme » Et puis,
il ajoute (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) : « Si l’épouse n’est
pas en sécurité et que l’endroit n’est pas sûr et que le danger soit présent,
il n’y a aucun mal à ce que vous priiez à la maison. C’est une excuse légale ».

Voir Madjmon Fatawa de son éminence cheikh ibn
Baz (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde, 12/42).

S’agissant des femmes musulmanes, elles doivent rester
chez elle et ne pas sortir, si c’est possible, afin de ne pas s’exposer à la
nuisance. Leurs voisins et proches doivent les aider à se procurer de ce qui
leur est nécessaire afin qu’elles ne soient pas obligées de sortir. Ceci constitue
une des portes des grandes récompenses car il s’agit- de voler au secours du
sinistré et de satisfaire les besoins (d’autrui).

Quant au fait que l’homme musulman abandonne sa tenue
distinctive et porte les habits utilisés par la majorité des membres de la société
dans laquelle il vit, il n’y a aucun inconvénient, surtout en cas d’oppression
et de nuisance.

Ibn Taymiyya a dit: « Si le musulman se trouve
dans un pays en guerre contre les Musulmans » ou dans un pays mécréant
mais non en état de guerre contre les Musulmans, il ne lui est pas recommandé
de marquer sa différence par rapport aux habitants dans les apparences, en raison
du préjudice que cela pourrait lui porter.Bien au contraire, il lui est recommandé
de partager les apparences de leur vie, si cela comporte un intérêt religieux
comme leur appel à la religion , la connaissance de leurs secrets pour
en informer les musulmans ou la protection de ceux-ci contre leurs nuisances
ou d’autres bons objectifs similaires.

Voir Iqtidha as-Sirat al-moustaquim, p.176 .

Il faut avoir une bonne
compréhension des propos de cheikh al-islam. En effet, il parle de cas particuliers
ou d’urgence. Mais il n’entend point dire qu’il est permis à des générations
de musulmans de se dissoudre dans les mécréants, de se livrer à la turpitude,
de consommer du vin, de conduire leurs enfant à l’église et de laisser s’anéantir
leur personnalité musulmane.

Il ne s’agit que d’abandonner la tenue distinctive des
Musulmans et de s’habiller comme la majorité des habitants des pays des mécréants
et de parler la langue des mécréants entre autres choses, pour éviter le mal
des mécréants, surtout dans l’atmosphère marqué par la surtension et l’agressivité
comme cela a été mentionné dans la question.

Peut-être, ces événements donneront aux musulmans qui
vivent dans les pays des mécréants sans une nécessité légale l’occasion de repenser
leur propre situation et de réexaminer leurs conditions (de vie ) et d’envisager
leur rentrée aux pays musulmans en quittant les pays des mécréants.

Nous demandons à Allah de nous préserver et de préserver
nos frères musulmans du mal et de l’injustice et de nous guider dans le droit
chemin.

Puisse Allah bénir et saluer notre prophète Muhammad.