Mon problème est que je me rapproche à Allah en conversant avec les gens. Par exemple, il m’arrive de commettre un péché et de me sentir coupable. Je me rends alors auprès de mes amies et me mets à les sermonner en leur disant que les péchés sont prohibés et untel ou tel péché sont interdits (parfois je mentionne le péché que j’ai commis sans préciser l’avoir commis car elles n’accepteraient pas mes conseils).Il m’arrive parfois de pleurer pour libérer ma conscience de mon sentiment de culpabilité.
En me comportant de cette manière, j’ai le sentiment de verser dans l’ostentation, de glisser dans l’hypocrisie au lieu de faire de la prêche. Je cois que je devrais verser des larmes devant Allah et regretter mon péché devant Lui au lieu d’afficher une fausse émotion devant les autres.
Les choses ne s’arrêtent pas là. Une bataille ragée m’oppose à Satan. Chaque fois que j’entreprend une action , je m’efforce à la mener nourrie tant que faire se peut d’une sincère intention envers Allah le Puissant et Majestueux. Satan, à son tour, fait tout pour altérer mon intention et l’entacher du désir de me faire voir et entendre, entre autres..Que faire? J’espère recevoir vos conseils.
Louanges à Allah
Nous
demandons à Allah pour vous et pour nous-mêmes de nous raffermir
dans sa religion et de nous mettre à l’abri des ruses de Satan car il
est pour l’homme un brouilleur déterminé. Sachez qu’ordonner le
bien et interdire le condamnable font partie des qualités des croyants.
A ce propos Allah Très haut dit: «Les croyants et les croyantes
sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent
le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et
obéissent à Allah et à Son messager. Voilà ceux
auxquels Allah fera miséricorde, car Allah est Puissant et Sage.»
(Coran,9:71).
Cependant
celui qui ordonne le bien et interdit le mal ne doit pas se contredire
puisqu’il doit faire ce qu’il ordonne
et s’abstient de ce qu’il interdit. A ce propos le Très haut dit:
«Ô vous qui avez cru! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites
pas? C’est une grande abomination auprès d’Allah que de dire ce que vous
ne faites pas.» (Coran,61:2-3). Chouayb dit: «Ô mon peuple,
voyez-vous si je me base sur une preuve évidente émanant de mon
Seigneur, et s’Il m’attribue de Sa part une excellente donation? Je ne veux
nullement faire ce que je vous interdis. Je ne veux que la réforme,
autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que d’Allah. En
Lui je place ma confiance, et c’est vers Lui que je reviens repentant. »
(Coran,11:88).
Oussamah ibn Zayd
déclare avoir entendu le Messager d’Allah (bénédiction et
salut soient sur lui) dire: au jour de la Résurrection on amènera
un homme et le jettera en enfer de
manière que ses entrailles se déversent dans le feu. Il y tournera tel un âne
autour de l’axe (du moulin). Les pensionnaires de l’enfer s’attrouperont autour
de lui et lui diront: ô Untel! Qu’est-ce qui t’est arrivé? N’avais
pas tu l’habitude de nos ordonner le bien et de nous interdire le mal?- Si,
mais je vous ordonnais le bien sans le faire et vous interdisais le mal tout en
le faisant.» (rapporté par al-Bokhari,2367 et par Mouslim,2989).
Cheikh Ibn Baz (puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) dit: «Figure parmi les mœurs et
qualités qui conviennent au prédicateur ou plutôt qu’il
doit acquérir l’application de ce qu’il prêche et le fait d’être
un bon modèle afin de ne pas être quelqu’un qui prêche une
chose tout en s’en abstenant ou qui interdit une chose tout en le commettant.
C’est le cas des perdants- puisse Allah nous en préserver. S’agissant
des croyants gagnants, ils sont les vrais prédicateurs qui appliquent
ardemment et promptement ce qu’ils prêchent et s’éloignent de ce
qu’ils interdisent.» Extrait du Madjmou’ fatwa d’Ibn Baz (1/346).
Ibn Outhaymine (puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) dit: «Figure parmi les règles
qui régissent l’action de celui qui ordonne le bien et interdit le mal
le fait pour le prédicateur d’être le premier à faire ce
qu’il prêche et le premier à s’abstenir de ce qu’il
interdit.» Extrait de Char Riadh as-salihine (p.202).
Sermonner quelqu’un à
propos d’un péché qu’on commet soi-même est une attitude
qui ne convient pas à un musulman. Mais cela ne relève pas de
l’hypocrisie ni de l’ostentation.
La commission Permanente a été interrogée en
ces termes: «Serais-je hypocrite quand je sermonne mes frères et
les mets en garde contre certains péchés tout en les commettant
moi-même?»
Voici sa
réponse: «Vous devez vous repentir pour les péchés
et sermonnez vos frères à leur propos. Il ne vous est pas permis
de continuer de les commettre et de vous abstenir de donner des conseils
à vos frères car dans ce cas vous commettez deux
péchés. Repentez vous devant Allah pour en avoir commis et
continuez en même temps de donner des conseils à vos
frères. Vous n’êtes pas un hypocrites mais vous vous êtes
mise dans une situation qu’Allah a
désapprouvée et stigmatisée le comportement de celui qui
la perpétue.
C’est ce
qui se dégage de la parole du Transcendant: «Ô vous qui avez
cru! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas? C’est une grande
abomination auprès d’Allah que de dire ce que vous ne faites
pas.(Coran,61:1) et «Commanderez-vous aux gens de faire le bien , et vous
oubliez vous-mêmes de le faire, alors que vous récitez le Livre?
Êtes-vous donc dépourvus de raison?» (Coran,2:44) Extrait
des fatwa de la Commission Permanente (12/268).
Cela étant, il convient
que vous continuez d’ordonner le bien et d’interdire le mal et d’éviter
que le fait de commettre des péchés vous en détourne. Vous
devez encore faire des efforts pour échapper totalement aux
péchés car celui qui désobéit à Allah et
à son Messager en subira les
conséquences ici bas et dans l’au-delà. Soyez consciente que
chacun a le devoir d’abandonner les péchés qu’il commet.
Ceci incombe
particulièrement à celui qui donne aux gens des ordres qu’il
n’applique pas et leur interdit des choses qu’il n’abandonne pas car une telle
attitude est jugée détestable et basse auprès d’Allah,
comme il est déjà dit.
Nul doute que le fait pour
vous de vous reprocher votre propre conduite est une attitude
appréciable de votre part. Investissez cela et ayez une bonne opinion
d’Allah et ne désespérez pas de Sa miséricorde et efforcez
vous d’imposer à votre âme l’abandon des péchés.
Sachez que l’effort qu’on déploie pour se libérer de
l’ostentation et dédier ses bonnes œuvres à Allah ]fait partie du
combat à livrer contre Satan[.
Cependant il n’est pas bon de
s’imaginer baigner dans l’ostentation au point de devoir combattre Satan qui en
serait à l’origine car une des méthodes utilisées par
Satan consiste justement à faire croire à l’humain qu’il baigne
dans l’ostentation. Aussi ne faut il ne lui prêter attention.
Ibn al-Moubarak rapporte
qu’al-Harith ibn Qays a dit:
«si tu veux faire une bonne action ne la reporte pas à demain. Si
tu t’occupes d’une affaire concernant l’au-delà, continue de t’en occuper
aussi long temps que possible. Si tu es en prière et que Satan vienne te
dire que tu fais de l’ostentation, prolonge ta prière.» Az-Zouhd (p.12).
Ibn al-Mouflih (puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) dit: «il arrive que quand un homme
veut faire du bien, quelque chose s’y oppose en lui inspirant la crainte que
l’acte serait ostentatoire. Il ne faut pas tenir compte de cela car l’homme
doit faire ce qu’Allah le Puissant et Majestueux lui ordonne de faire et le lui
fait désirer. Qu’il demande pour cela l’assistance d’Allah Très
haut et se confie à Lui pour la réalisation de l’action d’une
manière conforme à la loi religieuse.
Cheikh Mouhyiddine an-Nawawi
(puisse Allah lui accorder sa miséricorde) dit: «il ne convient
pas d’abandonner le dhikr accompli à l’aide de la langue
accompagnée par le cœur
de peur qu’on vous croie
agir pour être apprécié. Il faut pratiquer un dhikr
qui associe les deux organes dans le dessein de complaire à Allah le
Puissant et Majestueux.» Extrait d’al-Adaab ach-chariyya (1/333).
Œuvrez modérément et ne tenez pas
compte des intrigues sataniques. Chaque fois que Satan viendra tenter de vous faire croire que vous ne faites ce
que vous faites que pour être vu et apprécié, poursuivez
votre œuvre en l’accélérant. Si vous ne reculez pas ,vous
serez débarrassé des intrigues, s’il plait à Allah car
quand Satan se rendra compte que chaque fois qu’il tente de faire croire au
fidèle qu’il verse dans le m’as-tu vu, le fidèle devient plus
actif et ne lui prête pas attention, Satan finit par désespérer
de lui et cesser de lui inspirer des intrigues contreproductives. Si, en
revanche, on se laisse entraîner
par Satan, il se sent encouragé et ne quittera pas l’homme avant
de le détourner de sa bonne œuvre. Allah le sait mieux. Revoir la
réponse donnée à la question
n° 22293.
