Pourquoi les musulmans tendent-ils à abandonner la retraite pieuse, bien qu’elle soit une pratique prophétique ? Quel en est l’objectif ?

Louanges à Allah

La retraite fait partie des pratiques prophétiques
fortement recommandées parce que maintenue par le Prophète (bénédiction et
salut soient sur lui) sa vie durant. Voir les arguments religieux de la retraite
dans le cadre de la réponse donnée à la question n° 48999.

Cette pratique est quasiment disparue de la vie
des musulmans à l’instar de beaucoup d’autres pratiques prophétiques tombées
en désuétude ou largement abandonnées. Cela est dû à plusieurs raisons. En
voici quelques unes :

1/ La faiblesse de la foi chez bon nombre de
gens.

2/ La ruée vers les plaisirs de la vie mondaine
et ses délices accompagnée d’une accoutumance et une dépendance déterminantes.

3/ Le peu d’importance
accordée au paradis par beaucoup  de gens et leur désir du confort et de la
facilité. Ce qui fait qu’ils ne veulent pas se donner la peine d’observer
cette retraite, même si celle-ci était le passage qui permet d’atteindre l’agrément
d’Allah le Transcendant et Très Haut. Quand on connaît l’importance du paradis
et ses délices, on sacrifie tout pour en jouir. À ce propos le Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) dit : « Il est vrai que la
marchandise d’Allah est chère. Il est vrai que c’est le paradis qui est la
marchandise d’Allah » (rapporté par at-Tirmidhi et déclaré authentique
par al-Albani (2450).

4/ La tendance de beaucoup de gens à limiter
leur amour pour le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) à son aspect
théorique au détriment de son expression pratique. Celle-ci consiste à perpétuer
les multiples traditions muhammaddiennes parmi lesquelles figure la retraite
pieuse. À ce propos, Allah Très Haut dit : «En effet, vous avez
dans le Messager d’ Allah un excellent modèle (à suivre), pour quiconque espère
en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment. » (Coran, 33 :
21).

Ibn Kathir (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde)
dit : « ce verset constitue un grand principe à appliquer pour se
conformer à la pratique du Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur
lui), à ses actes, paroles et comportements. (Ibn Kathir, 3/756).

Certains ancêtres pieux s’étonnaient de l’abandon
par les gens de cette retraite malgré son maintien par le Messager d’Allah
(bénédiction et salut soient sur lui). À ce propos, Ibn Shihab az-Zuhri
dit : «Que les musulmans sont étonnants ! Ils ont abandonné la retraite
pieuse en dépit du fait que le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui)
l’observait dès son arrivée à Médine jusqu’à sa mort. »

Deuxièmement, la retraite pratiquée par le Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) vers la fin de sa vie concernait les
dix dernières nuits du Ramadan. Or, ces nuits méritent vraiment d’être considérés
comme le temps d’un entraînement intensifié pouvant avoir des résultats positifs
immédiats dans la vie humaine pendant cette période, voire pendant le temps
qui nous sépare du prochain Ramadan.

Combien est grand le besoin des musulmans de
faire revivre cette pratique prophétique de la même manière que le Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) et ses compagnons l’observaient.

Combien sont heureux ceux qui la perpétuent fermement
à un moment, où les gens ont tendance à l’abandonner !

Troisièmement, le principal objectif de l’observance
de la retraite par le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) consistait
dans la recherche de la nuit du Destin. À ce propos, Mouslim (1167)
a rapporté qu’Abou Said al-Khoudri (P.A.a) a dit : « Certes, le
Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) se retira d’abord au
cours des dix premières nuits du Ramadan. Puis il se retira au cours de la
deuxième décade du mois et s’installa dans une petite tente au sein de la
mosquée et monta sur la porte de la tente une natte qui tenait lieu d’un rideau.
Ensuite, il sortit sa tête, demanda aux gens de s’approcher et leur dit :
« Je m’étais retiré d’abord au cours des dix premières nuits pour tomber
sur cette nuit. Puis je m’étais retiré pendant la deuxième décade du mois
pour le même motif. Par la suite, on me dit que la nuit recherchée se trouvait
dans les dix dernières nuits. Qu’y observe la retraite pieuse quiconque d’entre
vous voudrait le faire. À partir de ce moment, les gens se mirent à
l’observer. On peut déduire de ce hadith les connaissances suffisantes :

1/ Le principal objectif de sa retraite était
la recherche de la nuit du Destin et la préparation de son animation par des
actes cultuels par conscience pour le grand mérite de cette nuit … À
ce propos, le Très Haut : «La nuit d’ Al-Qadr est meilleure que mille
mois. » (Coran, 97: 3).

2/ L’effort soutenu déployé par le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) pour situer la nuit du Destin a commencé par sa recherche
dans les dix premières nuits puis dans les dix nuits suivantes avant de la
découvrir dans les dix dernières nuits. Voilà l’aboutissement d’une recherche
poussée au maximum.

3/ Les Compagnons ont immédiatement suivi son
exemple puisqu’ils se mirent à observer la retraite jusqu’à la fin du mois
par souci de se conformer à la pratique du Prophète (bénédiction et salut
soient sur lui).

4/ La compassion que le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) éprouvait à l’endroit de ses compagnons se manifeste
à travers son souci de ne pas leur imposer une pratique pouvant leur être
pénible. D’où le choix qu’il leur offrit d’observer la retraite ou de s’en
abstenir.

Cette retraite a d’autres objectifs dont nous
citons les suivants

1/ S’isoler des gens dans la mesure du possible
pour se sentir plus proche d’Allah le Puissant, le Majestueux.

2/ Améliorer l’état de son cœur en s’orientant
résolument vers Allah Très Haut, le Béni.

3/ Se consacrer exclusivement aux actes cultuels
purs comme la prière, l’invocation, le rappel d’Allah et la récitation du
Coran.

4/ Préserver le jeûne de ce qui peut l’influencer
négativement en fait d’intérêts égoïstes et de plaisirs charnels.

5/ Réduire la jouissance des choses mondaines
licites et se passer d’une grande partie d’entre elles, même quand on les
possède.. Voir al-i’itikaf nadhra tarbawiyya par Dr Abd Latif Balto