Je me demande si tous les dix facteurs de rupture mentionnés par l’imam Muhammad ibn Abdoul Wahhab font ils l’objet d’un consensus.
Louanges à Allah
Les dix causes de nullité de l’islam mentionnées par
l’imam Muhammad ibn Abdoul Wahhab font l’objet d’un
consensus, à l’exception d’une seule qui est la magie. Celle-ci est l’objet
d’une explication détaillée. Certaines de ses formes sont considérées par tous
les ulémas comme des causes de nullité de l’adhésion à l’islam, comme nous le
verrons.
Voici une explication succincte des causes de nullité:
La première consiste dans le fait d’associer quelqu’un dans le culte
rendu à Allah Très-haut. A ce propos, Allah Très-haut dit:«
Allah ne pardonne point qu’on Lui associe d’autres divinités ; mais Il pardonne
à qui Il veut les autres péchés, car celui qui associe à Allah d’autres
divinités commet un forfait d’une exceptionnelle gravité !» (Coran,4:48). Le Très -haut dit encore:«
Quiconque donne des associés à Allah, Allah lui interdira l’entrée du Paradis
et lui réservera l’Enfer pour séjour ; les injustes ne bénéficieront d’aucun
secours.» (Coran,5:72). Relèvent de ce chapitre l’invocation
des morts, la sollicitation de leur secours, la formation de vœux à leur
profit, l’immolation de sacrifices pour eux. Les preuves de l’aptitude de cette
cause à annuler l’adhésion à l’islam sont trop nombreuses dans le Coran et la
Sunna pour être recensées. Le consensus qui s’est dégagé au sein des ulémas sur
la question est nécessairement connu.
Cheikh al-islam, Ibn Taymiya
(Puisse Allah lui accorder sa miséricorde) dit:« A
l’origine, l’association de quelqu’un au culte dû à Allah consiste à admettre
l’égalité entre Allah Très-haut et Ses créatures dans une partie de ce qui doit
lui être réservé. Nul n’a jugé Allah égal à Ses créatures dans toutes les
affaires. Quiconque adore un autre que Lui ou se confie à cet autre devient un associaniste vis à vis de Lui.» Extrait d’al-Istiqama (1/344).
Ibn Abdoul Hadi (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) dit: «Si quelqu’un s’adressait à un mort
placé dans un cercueil pour l’invoquer à la place d’Allah et solliciter son
secours, son acte relèverait de l’associanisme
interdit de l’avis unanime des musulmans.» Extrait d’as-Sarim
al-mounki, p.436).
La deuxième: quiconque installe entre Allah et lui des intermédiaires
qu’il invoque et demande leur intercession et se confie à eux, tombe dans la
mécréance de l’avis unanime de tous.
Ceci s’atteste dans cette parole du Très-haut:«
En dehors d’Allah, ils adorent des idoles qui ne peuvent ni les servir ni leur
nuire, en disant : «Voilà nos intercesseurs auprès d’Allah !» (Coran,10:18). Celui qui agit de la sorte ressemble aux adorateurs
des idoles. C’est ce qui fit dire à Ibn al-Mouflih
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dans al-fourou
(3/553):« C’est parce que c’est de cette manière
qu’agissent ceux qui disent: nous ne les adorons qu’afin qu’elles nous rapprochent
d’Allah.»
Cheikh al-islam, Ibn Taymiyah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit:« celui qui fait des anges et
prophètes des intermédiaires qu’il invoque et se confie à eux et leur demande
de lui apporter des profits et de le protéger des maux, à l’instar de celui qui
leur demande le pardon de ses péchés, la bonne orientation des cœurs et la
dissipation des soucis et la satisfaction des besoins, celui-là est un mécréant
de l’avis de tous les musulmans.»Extrait de Madjmou al-fatawa
(1/124).
Les ulémas ont accueilli favorablement ce consensus
révélé par Cheikh al-islam. Ils l’ont confirmé dans les chapitres de leurs
livres traitant du statut du renégat, d’après ce qui a été rapporté par al-Mourdawi dans al-Insaf
(10/327). Il ajoute: «Il en serait de même si
quelqu’un plaçait entre Allah et lui des intermédiaires auxquels ils se confie,
qu’il invoque et leur adresse des demandes. C’est admis par tous.» Voir Kashshaf al-Quinaa
par al-Bahouti (6/168); al-fourou par Ibn al-Mouflih
(3/553). Voir encore à toutes fins utiles la réponse donnée à la question n°
153666.
La troisième: quiconque ne juge pas les polythéistes mécréants ou
doute de leur mécréance ou estime leur doctrine juste, devient un mécréant.
La mécréance de celui qui commet cette cause de nullité
fait l’objet d’un consensus. Par polythéistes , on
désigne ici le mécréant d’origine. On leur assimile ceux qui sont
irrémédiablement tombés dans une apostasie reconnue comme telle par tous les
ulémas parce consistant à nier un élément connu comme nécessairement
partie intégrante de la religion. C’est le cas de celui qui nie la Résurrection,
la Ressuscitation ou remet en cause un verset du livre d’Allah ou commet
d’autres causes pareilles entraînant une apostasie claire et indiscutable.
Al-Qadi Iyadh (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a rapporté le consensus qui s’est dégagé au sein des
ulémas sur cette question. A ce propos, il dit: « un
consensus s’est dégagé à propos de la mécréance de celui qui refuse de juger
les Chrétiens et les Juifs mécréants ou hésite à cet égard ou doute de la
question.» Extrait de Chifaa (2/281). Voir la réponse
donnée à la question n° 210595.
La quatrième: quiconque croit que la voie tracée par un autre que le
Prophète (Bénédiction et celui soient sur lui) est plus parfaite que la sienne
et que son jugement est meilleur que le sien, comme le croient ceux qui
préfèrent le jugement des tyrans au sien, devient un mécréant.
Cheikh Abdoul Aziz
ibn Baz (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a
dit:« relève de cette section celui qui croit que les lois et règlements qu’il
adopte sont meilleurs ou aussi valables ceux de l’islam ou qu’il n’est plus
permis de se référer à ce dernier , même s’il croyait que l’application de la
charia est meilleure ou croit que le système de l’islam n’est plus applicable
au 20e siècle ou qu’il est la cause du retard des musulmans ou qu’il
se limite à la relation entre l’individu et son Maître et n’a rien à voir avec
les autres aspects de la vie.
Cette section englobe encore celui qui pense que l’exécution des sentences
divines consistant à couper la main du voleur ou à lapider l’adultérin ne
convient plus à l’époque moderne. La section englobe encore tous ceux qui
croient qu’il est permis de gouverner par des lois autres que la charia dans le
domaine des transactions, des peines et autres, même si on ne croit pas que les
lois appliquées l’emportent sur la charia. Car celui-là aura rendu licite ce
qu’Allah a interdit de l’avis de tous. Celui qui juge licite ce qu’Allah a
interdit parce qu’élément de la religion nécessairement connu de tous comme la
fornication, l’usure, le fait de gouverner par des lois autres que la charia,
celui-là est un mécréant de l’avis de tous les musulmans.» Extrait de madjmou fatawa
Cheikh Ibn Baz (1/132). Il est déjà dit dans la fatwa
n° 111923 que cette cause de la rupture de l’adhésion à l’islam est l’objet
d’un consensus.
La cinquième: quiconque déteste une partie de l’apport du Messager
(Bénédiction et salut soient sur lui) est mécréant, même s’il pratiquait ce
qu’il déteste, en vertu de la parole du Très-haut:« et c’est en punition de
l’aversion qu’ils éprouvent pour Ses révélations qu’Allah rendra vaines toutes
leurs actions.» (Coran,47:9).
Le consensus s’est dégagé sur la mécréance de celui qui
déteste une partie quelconque de l’apport du Messager (Bénédiction et salut
soient sur lui) d’après ce qu’al-Bahouti (Puisse
Allah lui accorder Sa miséricorde) a rapporté dans Kashshaf
al-quinaa (6/168). Voir pour davantage
d’informations la fatwa n° 148099.
La sixième: quiconque se moque d’une partie quelconque de la
religion du Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) ou de la
récompense ou du châtiment promis tombe dans la mécréance. Ceci s’atteste dans
cette parole du Très-haut:«Dis-leur:«Ainsi,
vous vous moquiez d’Allah, de Ses versets et de Son Prophète? [66] Ne vous excusez pas ! Vous avez bel
et bien renié la foi après avoir cru. Si Nous pardonnons à certains d’entre
vous, les autres seront châtiés en tant que criminels.» (Coran,9:65-66).
Cheikh Abdourrahmn ibn Saadi: «La religion est fondée sur la vénération d’Allah, le
respect de Sa religion, de Ses messagers. Tourner en dérision une partie
quelconque de cela est contraire au fondement de la religion et s’y oppose très
fortement.» Extrait de Tayssir al-Karim ar-Rahman,p.
342.
Cheikh ibn Baz (Puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) a dit: «Tous les ulémas
sont d’avis que le musulman qui insulte la religion ou l’abaisse ou insulte le
Messager (Bénédiction et salut soient sur lui) ou l’humilie ou se moque de lui
devient un apostat qui doit être exécuté et dont les biens doivent être
confisqués.» Extrait de fatwa nouroun alaa ad-darb (1/139). Pour en
savoir davantage, voir la réponse donnée à la question
n° 163627.
La septième: la magie qui consiste, entre autre, à détourner et à
attirer . Quiconque la pratique ou l’approuve devient un mécréant en vertu de
la parole du Très-haut:« ces deux anges n’apprenaient
rien à personne sans lui dire auparavant : «Nous ne sommes là que pour tenter
les hommes ! Prends donc garde de perdre ta foi !» (Coran,2:102).
Toutes les formes de cette cause de rupture de l’adhésion à l’islam ne sont pas
l’objet d’un consensus. Si le magicien commet un acte de mécréance comme la
profanation du Coran ou la prosternation pour les démons ou d’autres actes
pareils, il devient un mécréant de l’avis de tous. S’il ne commet aucun de ces
actes, la plupart des ulémas n’en soutiennent pas moins qu’il reste un mécréant
pour sa simple pratique de la magie. Ceci est déjà expliqué dans la fatwa n°
69914. On a déjà fait allusion à la divergence de vues au sein des ulémas
relative au contenu de la fatwa n° 13914. Voir pour davantage d’informations la
fatwa n° 148099.
La huitième: apporter appui et soutien aux polythéistes contre les
musulmans. Ceci s’atteste dans la parole du Très-haut:«
Quiconque parmi vous les prend pour alliés sera des leurs. Allah
ne guide pas les traîtres.» (Coran,5:51). On entend par là
le fait pour un musulman de se joindre aux mécréants pour les aider contre les
musulmans et pour favoriser leur parti au détriment des croyants.
At-Tabari (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit
dans son explication de la parole du Très-haut:« Que
les croyants ne prennent pas, à la place des fidèles, les négateurs pour alliés
! Quiconque le fera aura rompu toute alliance avec Allah.» (Coran,3:28) «Ô vous les croyants!
Ne prenez pas les mécréants pour des alliés religieux prêts à vous apporter
aide et assistance. Ne les soutenez pas au détriment des musulmans. Ne leur
révélez pas leurs points faibles car quiconque le fera aura rompu toute
alliance avec Allah. C’est-à-dire qu’il aura désavoué Allah et Allah l’aura
désavoué à cause de son apostasie et son adhésion à la mécréance.« à moins d’y être contraint par un péril à redouter»
autrement dit: à moins d’être sous leur juridiction et de craindre qu’ils ne
vous portent atteinte. Car, dans ce cas, vous pouvez afficher la loyauté en
leur égard tout en leur vouant la haine. Ne vous solidarisez pas avec eux dans
leur mécréance et ne leur apportez aucune aide contre un musulman.» Extrait du Tafsir de Tabari (3/140).
Les ulémas du Maghreb ont émis une fatwa pour excommunier
Muhammad ibn Abdoullah as-Saadi, l’un des rois de Marrakech, qui avait
sollicité et obtenu l’aide du roi du Portugal contre son oncle paternel. Voir al-istiqsaa li akhbaari douwali al-maghrib al-aqsaa (2/70).
Dans le livre al-qadaa,
un registre d’évènements sur lesquels l’imam al-Bourzouli
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) s’était prononcé, on lit que le
commandeur des musulmans, le Lemtouni, Youssouf ibn Tachefine (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde)
sollicita l’avis des ulémas de son temps (Puisse Allah les agréer) qui
souffraient déjà des conséquences de la demande d’aide rédigée par l’andalou
Ibn Abbad à l’attention des Européens contre les
musulmans. La plupart des ulémas (Puisse Allah les agréer)lui
ont répondu en confirmant l’apostasie et la mécréance d’Ibn Abbad.»
Voir al-istiqsaa li akhbaari
douwal al-maghreb al-aqsaa (5/75).
Cheikh al-islam, Ibn Taymiyah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) émit une fatwa dans le sens de
l’apostasie de ceux qui se rejoignirent aux Tartres pour combattre les
musulmans. Il y écrit:« Si les ancêtres pieux ont qualifié d’apostats ceux qui
avaient refusé de payer la zakat en
dépit du fait qu’ils continuaient d’observer le jeûne et la prière et ne
combattaient pas la communauté musulmane, que dire de celui qui s’est rejoint
aux ennemis d’Allah et de Son messager pour combattre les musulmans?» Extrait
de Madjmou fatawa
cheikh al-islam (28/530-531).
La neuvième: quiconque croit que certains hommes peuvent se
soustraire à la loi de Muhammad (Bénédiction et salut soient sur lui) devient
un mécréant en vertu de la parole du Très-haut:« Quiconque recherche en dehors
de l’islam une autre religion, celle-ci ne sera point acceptée de Lui ; et dans
l’autre monde, il sera du nombre des réprouvés.» (Coran,3:85).
Cheikh al-islam, Ibn Taymiyah
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) écrit: «Il
est nécessairement connu en religion musulmane de l’avis de tous que celui qui
autorise l’adoption d’une religion autre que l’islam ou l’application d’une
législation autre que celle de Muhammad (Bénédiction et salut soient sur
lui) devient un mécréant. Sa mécréance
s’assimile à celle de quelqu’un qui veut croire à une partie du livre et en
rejeter une partie.» Extrait d’al-fatawa al-koubraa (3/543).
La dixième consiste à se détourner de la religion d’Allah, à ne pas
l’apprendre et appliquer. Ceci s’atteste dans la parole du Très-haut:« Qui est plus injuste que celui qui se détourne des
signes de son Seigneur quand on les lui rappelle? Mais c’est avec rigueur que
Nous sévirons contre les criminels.» (Coran,32:22). La
mécréance par détournement renvoie au fait de se détourner de l’apport du
Messager, de lui rester indifférent, de n’en tenir aucun compte et de ne pas
‘en soucier.
Ibn al-Qayyim (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a dit:« S’agissant de la
mécréance par détournement, son auteur refuse soit d’écouter, soit d’admettre l’apport du Messager; il n’y adhère
ni ne le démentit, il n’est ni pour ni contre: il ne lui prête pas du tout
l’oreille…» Extrait de Madaridj as-saalikiine (1/347).
Cheikh Abdoul Latif ibn Abdourrahman ibn Hassan Aal
Cheikh (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) écrit dans une réponse
exhaustive sur la question:« Les conditions des gens
laissent apparaitre une grande diversité. Celle-ci varie selon les niveaux de
leur foi. Quand celle-ci est ancrée, la négligence et l’abandon portent sur ce qui en
découle en fait d’actes obligatoires et recommandés.
«A défaut de la base qui fonde l’adhésion à l’islam chez
l’individu puisque celui-ci se détourne complètement de l’islam, il baigne
alors dans la mécréance par détournement évoqué dans cette parole du Très-haut:« Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de
djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne
pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils
sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance !» (Coran,7:179) et dans Sa parole:« tandis que celui qui s’en
détournera mènera une vie pleine d’amertume et sera frappé de cécité, lorsque
Nous le ressusciterons, le Jour du Jugement dernier.» (Coran, 20:24).
Toutefois, vous devriez savoir que ce qui importe en définitive , c’est de savoir la base authentique, la vraie
règle au-delà de la diversité des expressions.» Voir Nawaqidoul
iman al-i’tiqadiyyah par Docteur Muhammad ibn
Abdoullah al-Wouhaybi (128-129).
Nous n’avons pas pu identifier celui qui a rapporté
l’existence d’un consensus concernant ce dernier type de mécréance. Voir à
toutes fins utiles la réponse donnée à la question n°
142392.
Allah le sait mieux.
