Mon frère a déposé une demande d’asile à un pays étranger mais pour faire accepter sa demande il devait se convertir au christianisme. Ce qui lui a créé des problèmes avec sa femme et sa belle famille. Celle-ci a refusé de lui parler et considéré son mariage caduc à cause de son changement de religion.

Quant à lui, il persiste encore à dire qu’il est toujours musulman et que sa conversion n’avait pour but que de lui permettre de leur apporter une assistance financière. Il a en charge une famille composée de sa femme et de sa fille de cinq ans. Il veut les faire venir à ses côtés pour jouir d’une vie stable. Toutefois, il n’a pas pu convaincre sa femme et ses père et mère à elle quant à la justesse de sa décision et de son avis selon lequel le mariage était encore valide. Quel conseil pourriez vous donner à la lumière du livre et de la Sunna? Puisse Allah vous récompenser par le bien.

Louanges
à Allah

Allah
Très-haut dit:« Quiconque a renié Allah après avoir cru… –
sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité
de la foi – mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance ceux-là
ont sur eux une colère d’Allah et ils ont un châtiment terrible.» (Coran,16:106)

Cheikh al-Islam,
Ibn Taymiya (Puisse Allah Très-haut lui accorder Sa
miséricorde) a dit :«Ce verset indique la fausseté des
propos de Djahm et ses partisans car il déclare
mécréant donc concerné par la menace proférée à l’endroit de tout auteur de
propos de mécréance à moins qu’il ne s’agisse de quelqu’un qui s’exprime sous
la contrainte alors que son cœur baigne dans la foi. Si on rétorque que le
Très-haut a dit «mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance»
on répond  que cette partie du verset
concorde avec le début car celui qui mécroit sans contrainte a ouvert son cœur
à la mécréance; autrement le début du verset aurait contredit la fin. Si, par
celui qui mécroit on entendait parler de celui qui s’y livre à cœur joie et
agit donc sans contrainte, l’exception ne concernerait pas uniquement le
contraint. Bien au contraire, il faut étendre l’exception au contraint comme au
non contraint qui ne s’y trouve à l’aise. Si on prononce un mot impliquant la
mécréance on le fait à cœur joie, ce qui fait verser dans la mécréance.

Ceci s’atteste dans la parole
du Très-haut:« Les hypocrites craignent que l’on fasse descendre sur eux une
Sourate leur dévoilant ce qu’il y a dans leurs cœurs. Dis: « Moquez-vous!
Allah fera surgir ce que vous prenez la précaution (de cacher) ». Et si tu
les interrogeais, ils diraient très certainement: « Vraiment, nous ne
faisions que bavarder et jouer. » Dis: « Est-ce d’Allah, de Ses versets
(le Coran) et de Son messager que vous vous moquiez? » Ne vous excusez pas:
vous avez bel et bien rejeté la foi après avoir cru. Si Nous pardonnons à une
partie des vôtres, Nous en châtierons une autre pour avoir été des
criminels.»(Coran,9:64-66).

Il nous informe qu’ils ont
mécru après avoir cru. Pourtant ils avaient exprimé la mécréance sans
conviction mais par simple plaisanterie. Le Coran explique que le fait de se
moquer des versets d’Allah constitue une mécréance qui ne provient que de
quelqu’un qui parle de propos délibéré. Si la foi animait son cœur, il se
serait abstenu de proférer de tels propos.» Extrait de Madjmou
al-fatawa
(7/220). Voir encore As-sarim al-masloul
(524).

Toute personne qui avoue
volontiers sa mécréance est prise pour telle, même si elle agissait pour
réaliser un intérêt mondain, comme le font la plupart des mécréants. La seule
exception à la règle concerne celui qui agit sous contrainte, pourvu que celle-ci
remplisse ses conditions.

Al-Qourtoubi
(Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «Les ulémas sont tous d’avis
que toute personne contrainte à mécroire au point de craindre sur sa vie n’aura
commis aucun péché si elle mécroyait (verbalement) alors que son cœur baigne
dans la foi.» Extrait de al-Djaami liahkam al-Qour’an (12/435).

Mais comment définir la
contrainte?

Les ulémas en ont donné
diverses définitions qui ont pour dénominateur commun une menace réelle de mort
ou de faire perdre l’un des organes de la personne visée ou de violer une femme
ou un homme ,etc.

On lit dans l’encyclopédie
koweitienne (6/101-102) à propos des conditions de la contrainte: «que le
contenu de la menace consiste dans l’exécution ou l’atteinte à un organe, s’il
s’agit de lui ôter sa force tout en le laissant intacte, comme l’enlèvement de
la vue  ou la privation de la capacité de
frapper ou de marcher avec le maintien des pieds et des mains, ou d’autres
préjudices troublants qui aboutissent à l’insatisfaction comme la menace de
violer une femme ou un homme. La menace qui consiste dans la privation de
nourriture  occupe une place entre la
plus grave et la moins grave. Aussi ne justifie -t- elle la mécréance que quand on est exposé à une
fin mortelle.» La proclamation de la mécréance en vue d’améliorer son état
financier n’a rien à voir avec la contrainte en question.

Cheikh al-islam,
Ibn Taymiya (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) a dit:«J’ai bien réfléchi sur l’enseignement (officiel) de l’école
(hanbalite) et j’ai trouvé que la contrainte varie selon (l’état du) contraint.
La contrainte consistant à faire prononcer un mot exprimant la mécréance n’est pas
comme celle qui consiste à obliger quelqu’un à donner quelque
choses, etc. Ahmad (ibn Hanbal) a précisé à
plusieurs endroits que la seule contrainte qui vaille est celle qui
résulte  de la torture assortie de
frappes ou de la mise au fer. La contrainte qui n’est que verbale ne compte
pas.» Extrait d’al-Moustadrak alaa madjmou al-fatwa
(5/8). Voir Madjmou’al-fatwa (1/372-373).

Fait partie des conditions de
la vraie contrainte le fait pour le contraint d’être incapable de s’échapper de
l’auteur de la contrainte qui menace de le châtier ou de le punir. S’il a la
possibilité de se sauver mais ne le fait pas et demeure sur place jusqu’au
moment où l’on viendra l’éprouver dans sa foi, il n’est pas (réellement
) contraint. Que dire alors de celui qui se rend volontiers à l’endroit
où l’on va lui infliger une épreuve à cause de sa foi? Allah Très-haut dit:«
Ceux qui ont fait du tort à eux-mêmes, les Anges enlèveront leurs âmes en
disant: « Où en étiez-vous? » (à propos de
votre religion) – « Nous étions impuissants sur terre », dirent-ils.
Alors les Anges diront: « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste
pour vous permettre d’émigrer? » Voilà bien ceux dont le refuge est
l’Enfer. Et quelle mauvaise destination! A l’exception des impuissants: hommes,
femmes et enfants, incapables de se débrouiller, et qui ne trouvent aucune
voie: A ceux-là, il se peut qu’Allah donne le pardon. Allah est Clément et Pardonneur.» (Coran,4:97-99).

Chaikh
as-Sadi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde)
dit dans son Tafsir (195):«Voilà une grave
menace qui pèse sur celui qui refuse d’émigrer tout en étant capable et reste
sur place jusqu’à sa mort. Les anges qui viendront cueillir son âme le
blâmeront sévèrement en lui disant : « Où en étiez-vous? » c’est-à-dire
dans quelle situation vous trouviez-vous? Qui est-ce qui vous distinguait des
polythéistes? Vous augmentiez leur nombre et leur apportiez votre soutien
contre les croyants. Vous aviez ainsi raté un grand bien, notamment la
participation au djihad aux côtés du Messager d’Allah et la présence au sein
des musulmans pour les aider contre leurs ennemis. « Nous étions
impuissants sur terre », dirent-ils. C’est-à-dire faibles, opprimés et
victimes de l’injustice au point d’être incapable d’émigrer. Ils ne disaient
pas la vérité puisqu’Allah les a blâmé et menacé. Or
Allah n’impose à personne ce qui dépasse ses capacités. L’exception qu’Il a
accordée ne s’applique qu’aux victimes d’une réelle oppression. Voilà pourquoi
les anges leur dirent: « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour
vous permettre d’émigrer? » Il y a là une interrogation affirmative qui
veut dire qu’il est bien connu à tous que la terre d’Allah est vaste et chaque
fois qu’un fidèle serviteur d’Allah se retrouve dans un endroit où il n’est pas
en mesure de manifester sa foi, il peut trouver un autre vaste espace où il
aura la possibilité de pratiquer son culte.»

Cette personne doit se repentir
devant Allah Très-haut pour ce crime abominable et cesse ses comportements.
Vous devez lui conseiller en lui expliquant que les bienfaits d’Allah Très-haut
ne s’acquirent pas grâce à la désobéissance à Ses ordres et à Sa mécréance.
Seule la piété nous les procurent. C’est dans ce sens qu’Allah Très-haut dit:«
Et quiconque craint Allah, Il Lui donnera une issue favorable, et lui accordera
Ses dons par (des moyens) sur lesquels il ne comptait pas. Et quiconque place
sa confiance en Allah, Il (Allah) lui suffit. Allah atteint ce qu’Il Se
propose, et Allah a assigné une mesure à chaque chose.» (Coran,65:2-3).

As-Saadi
(Puisse Allah Très-haut lui accorder Sa miséricorde) dit:« Quiconque craint
Allah Très-haut et cherche constamment à Lui complaire dans tous ses états,
Allah le récompensera ici-bas et dans l’au-delà. Cette récompense peut
consister à lui aménager une bonne issue de toute grande difficulté. De même
que celui qui craint Allah se voit aménager une heureuse issue, de même celui
qui ne craint pas Allah reste embourbé dans des difficultés et des entraves
dont il ne pourra pas sortir.» Taysir al-karim ar-rahman fii tafsiri
kalam al-mannan
(p.1026).

La vie heureuse ne s’obtient
pas par la seule accumulation des richesses mais plutôt par la piété , par la belle confiance en Allah Très-haut tout en
étant sûr que nul ne mourra sans avoir reçu la subsistance qui lui avait
prédestinée.

D’après Djaber
ibn Abdoullah le Messager d’Allah (Bénédiction et
salut soient sur lui) a dit: «Ô les gens! Craignez Allah et cherchez bien
ce que vous voulez car aucune âme ne mourra avant de recevoir toute sa
subsistance, même si elle tardait à venir. Craignez Allah et cherchez bien ce
que vous voulez. Prenez ce qui est licite et laissez ce qui ne l’est pas.»
(Rapporté par Ibn Madja,2144)
et jugé authentique par al-Albani dans Sahih Sunani Ibn Madja (2/207).

Deuxièmement, l’épouse de
l’apostat avec laquelle il a conclu un mariage consommé avant son apostasie
peut se trouver dans l’un des deux cas: le premier est que le mari se repent
avant la fin du délai de viduité. Dans ce cas, ils peuvent reprendre le mariage
suite au repentir du mari et sans établir un nouveau contrat de mariage d’près ce qu’un groupe 
d’ulémas jugent mieux argumenté.

Cheikh Abdoul Aziz ibn Baz (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit:
«insulter la religion revient à abjurer l’islam. Il en est de même de l’insulte
proféré à l’endroit du Coran et du Messager . C’est
retomber dans la mécréance après avoir été croyant. A Allah ne plaise! Mais
cela n’entraîne pas une répudiation de sa femme. On doit cependant les séparer
car elle lui devient interdite parce que musulmane tandis que lui il est devenu
mécréant. Elle lui restera interdite jusqu’à son repentir. Si celui-ci survient
avant le fin du délai de viduité de l’épouse , elle
renoue avec lui sans avoir besoin de faire établir un nouveau contrat de
mariage. En d’autres termes , si le mari renégat  revient à Allah en repenti, sa femme lui
revient.» Extrait de fatwa nouroune ala ad-darb par Cheikh ibn Baz (p.140, édition at-Tayyar)

Cheikh ibn Outhaymine
(Puisse Allah Très-haut lui accorder Sa miséricorde) a dit:« Quand un homme
s’apostasie- à Allah ne plaise!- on dissout son mariage. S’il se repent et
revient à l’islam avant l’expiration du délai de viduité, le mariage sera
maintenu.» Extrait de fatwa nouroune ala ad-darb par cheikh Ibn Outhaymine (19/2 selon la numérotation de la chamila)

Le deuxième cas: si le renégat
se repent après l’expiration du délai de viduité, la majorité des ulémas estime
que sa femme ne lui reviendra pas spontanément et qu’il faut conclure un
nouveau contrat de mariage.

Cheikh al-islam,
Ibn Taymiya (Puisse Allah Très-haut lui accorder Sa miséricorde ) dit :« Si quelqu’un s’apostasie et ne revient
pas à l’islam avant l’expiration du délai de viduité de sa femme, celle-ci est
définitivement séparée de lui selon l’avis des quatre imams.» Extrait de Madjmou al-fatwa
(32/190).

Cheikh Abdoul Aziz ibn Baz (Puisse Allah Très-haut lui accorder Sa miséricorde) a
dit:«S’il se repent après la fin du délai de viduité et veut reprendre sa
femme, il n’ y a aucun inconvénient. Il est toutefois plus prudent de le faire
à la faveur d’un nouveau contrat compte tenu de la divergence des ulémas sur la
question. Certains ulémas pensent qu’elle peut lui revenir légalement  sans un nouveau contrat, si elle le désire et
si elle ne s’est pas déjà mariée après l’expiration de son délai de viduité. Mais
il vaut mieux établir un nouveau contrat, compte tenu de la divergence de vues
au sein des ulémas sur la question.

En effet, la plupart d’entre
eux disent qu’une fois le délai de viduité expiré elle lui devient étrangère et
ne pourrait donc se remarier avec lui qu’à la faveur d’un nouveau contrat . Aussi est-il plus prudent  de procéder à l’établissement d’un nouveau
contrat de mariage. C’est le cas si elle termine l’observance du délai de
viduité avant le repentir du conjoint devenu renégat. Si son repentir survient
avant l’expiration du délai de viduité de sa femme ,
celle-ci reste son épouse. En effet, le Prophète (Bénédiction et salut soient
sur lui) confirma les liens conjugaux de ceux dont la conversion à l’islam
survint après celles de leurs épouses et avant l’expiration du délai de viduité
de ces dernières.» Extrait de fatwa nouroune
ala ad-darb
, édition at-Tayyar,p. 140)

En somme, celui qui proclame sa
mécréance clairement et délibérément devient mécréant contrairement à celui qui
le fait sous contrainte car lui il n’est pas mécréant. Celui qui agit dans ce
sens pour gagner plus d’argent n’est pas sous contrainte.

Le renégat, qui se repent alors
que son épouse à la quelle il est lié grâce à un mariage consommé observe
encore son délai de viduité, peut renouer 
avec sa femme. Si celle-ci a terminé son délai de viduité  avant le revirement du renégat, il est plus
prudent de procéder à un nouveau contrat de mariage avant la reprise de la
femme.

Allah le sait mieux.