Il existe un hadith qui dit que si on accomplit le pèlerinage correctement, on en sort débarrassé des péchés comme au jour de sa naissance. Allah soit loué. Je viens d’accomplir le pèlerinage d’une manière correcte, s’il plait à Allah. Cependant, je me souviens d’un moment à l’autre des fautes que j’avais commises avant d’aller faire le pèlerinage, ce qui m’inspire la gêne et la peur et me pousse à solliciter le pardon d’Allah. Convient il que je subisse la remontrance de la conscience ou faut il plutôt que je reste optimiste et sûr qu’Allah me pardonnera et cesse de me souvenir de mes fautes?

Louanges à Allah

Premièrement, Abou Hourayra (P.A.a)a déclaré avoir entendu le
Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) dire:« Celui qui accomplit le
pèlerinage sans l’avoir entaché de propos et actes indécents et libertins en
sortira comme au jour où sa mère l’a mis au monde.» (Rapporté par al-Bokhari,1449 et par Mouslim,1350).

Nous attirons ici l’attention sur deux choses:

La première est que ce qui vient d’être dit est la
récompense du pèlerinage agréé. Celui qui accomplit le pèlerinage grâce à des
fonds illicites ou l’accomplit sans la sincérité requise envers le Très-haut ou
l’entache de propos ou d’actes indécents ou libertins, n’aura pas accompli un
pèlerinage agrée et n’en sortira pas comme au jour de sa naissance.

Ibn Abdoul Barr (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) dit:« S’agissant du pèlerinage agréé, on dit que c’est le
pèlerinage non entaché du désir de se faire voir ou entendre (d’hypocrisie) ou
de propos ou actes indécents ou libertins et surtout accompli grâce à des fonds
licites.» Voir at-Tamhid
limaa fil mouwatta min al-maani wal assaaniid (22/39).

D’autres ulémas ont défini le pèlerinage agrée comme
étant celui dont l’exaucement se traduit par le fait pour le pèlerin de ne
retomber dans la désobéissance envers son Maître Très-haut et par la
restitution des droits aux autres. Voir la réponse donnée à la question n°
26242.

La seconde chose est que le pèlerinage ne dispense pas le
pèlerin des droits obligatoires comme les actes expiatoires et les dettes comme
il a déjà été expliqué dans le cadre de la réponse donnée à la question n°
138630.

Deuxièmement, le musulman honoré par son Maître Très-haut
à travers l’accomplissement du pèlerinage doit éprouver en permanence la
crainte que son œuvre n’ait pas agréé. Cela ne vise pas à le plonger dans le
désespoir par rapport à la miséricorde de son Maître Très-haut mais c’est pour
lui éviter l’excès d’assurance et l’amener à s’orienter résolument vers son
Maître Puissant et Majestueux et Lui demandant sincèrement d’agréer ses œuvres
tout en continuant ses bonnes actions pour les faire peser lourd sur la balance
qui servira à mesurer ses actes au jour où il rencontrera son Maître Très-haut.
C’est dans ce sens qu’Allah le Transcendant et Très-haut dit dans Sa
description des croyants:« qui donnent ce qu’ils donnent, tandis que leurs cœurs
sont pleins de crainte (à la pensée) qu’ils doivent retourner à leur Seigneur.
Ceux-là se précipitent vers les bonnes actions et sont les premiers à les
accomplir. » (Coran,23:60-61).

Aicha , l’épouse
du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) a dit:« J’ai interrogé le
Messager d’Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) sur ce verset (23:60) pour savoir s’il renvoie à ceux qui boivent du vin et
ceux qui volent?- Ô fille du véridique! Non. Ce sont ceux qui jeûnent,
prient et font des aumônes tout en craignant qu’on les agrée pas de leur part.
ce sont ceux qui se livrent à une émulation dans les bons actes.» (Rapporté par
at-Tirmidhi,3175 et par Ibn Madja,4198 et jugé authentique par al-Albani
dans Sahih at-Trimidhi.

La peur qu’éprouvent ces croyants là ne les plonge pas
dans le désespoir par rapport à la miséricorde de leur Maître car ils
continuent à allier crainte et espérance en nourrissant une belle opinion de
leur Maître le Puissant et Majestueux en attendant qu’Il les récompense et les
honore. Deux facteurs les poussent à craindre que leurs œuvres ne soient pas
agréées: la mauvaise opinion qu’il nourrisse à l’égard d’eux mêmes du fait de
n’avoir pas bien agi et du fait du grand amour qu’ils vouent à leur Maître
Puissant et Majestueux.

Ibn al-Qayyim (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) a dit: «Quand le croyant éprouve la crainte, il doit
s’excuser pour deux considérations. La première réside dans sa conscience de son négligence et de son imperfection. La seconde réside
dans la sincérité de l’amour qu’il voue à son Maître. Celui qui aime vraiment
ne cesse de se rapprocher de son bien aimé dans la mesure du possible. Il
s’excuse auprès de lui et lui demande pardon de ne pas l’avoir pas traité comme
Il le mérite. Il voit que son amour est peu fort comparé au rang et à la
magnificence de son Maître. Cet état est constaté dans l’amour qui implique des
créatures.» Madaridj as-salikiine
(2/325).

En somme, votre devoir est de réunir deux choses sans en
laisser aucune: la première est de ne pas exagérer l’importance de vos péchés
comparés au pardon et à la miséricorde divins. Le croyant doit craindre en
particulier  la négligence du repentir et
des actes d’obéissance qui expient les péchés. Utilisez votre sentiment de
crainte comme un moteur qui vous pousse à accomplir davantage de bons actes et
pour demander sincèrement à Allah le Puissant et Majestueux d’agréer vos
actions et de vous insérer parmi les rapprochés. Méfiez vous autant que faire
se peut de désespérer de la miséricorde de votre  Maître Puissant et Majestueux.

La deuxième est de nourrir une bonne opinion à l’égard
d’Allah le Majestueux, de désirer Son pardon, Sa grâce, Ses honneurs et Sa
miséricorde qui s’étend à tout. Aussi long temps que vous resterez droite donc
soumise aux ordres de votre Maître , respectueuse de Sa loi et prompte à lui
obéir, vous serez en droit de vous faire une bonne opinion de votre Maître et
de vous attendre qu’Il agrée vos œuvres et vous en récompense.

Al-Hafedh Ibn Hadjar dit dans son commentaire de ce hadith saint (cité
dans les deux recueils d’al-Bokhari et Mouslim) dans lequel Allah Très-haut dit:« Je suis là où
mon fidèle serviteur  croit Me trouver.»
Dans al-moufhim, al-Qourtoubi
dit: :« Je suis là où mon fidèle serviteur 
croit me trouver.» renvoie à la 
croyance portant sur l’exaucement des invocations, l’agrément du
repentir, l’octroi du pardon, l’obtention de la récompense des actes cultuels
accomplis dans le respect de leurs conditions tout en étant sûr de Sa promesse.
Al-Qourtoubi poursuit:« Ceci est corroboré par ces
propos cités dans un autre hadith: «Invoquez Allah tout en étant sûr de
l’exaucement.» Il poursuit encore: voilà pourquoi on doit faire de son mieux
tout en étant sûr qu’Allah agréera son œuvre et lui pardonnera car il en a
donné le promesse, lui qui ne manque pas à Ses promesses. S’il croit fermement
ou fortement qu’Allah n’agréera pas son œuvre et qu’elle ne lui sera pas utile,
voilà l’état de désespérance de la miséricorde 
divine, qui relève des péchés majeurs. Celui qui meurt dans cet état
sera traité conformément à ce qu’il croyait. C’est ce qui se dégage de l’une
des versions du hadith dans laquelle on lit: «Que Mon fidèle serviteur croit à
Mon égard ce qui lui plaît.» Ibn Hadjar dit encore:«
Quant au fait de croire qu’on va être pardonné tout en persistant (dans le
péché), il relève de la pure ignorance et de la naïveté, attitude qui fait
glisser dans la doctrine murdjite.» Voir Fateh
al-Bari
(13/386).

Nous demandons à Allah d’agréer vos bonnes œuvres,
notamment votre pèlerinage et de vous réserver la meilleure et la  plus abondante récompense.

Allah le sait
mieux.